EDITO: Théâtre et Musique, un mélange de genre dangereux ?

On savait déjà que le théâtre était le carrefour des arts en ce sens qu’il peut faire appel à la plupart de ceux-ci. Mais la 8è édition des Récréâtrales aura permis de constater la liberté que s’est donnée la majorité des metteurs en scène en ce qui concerne la musique.

Que ce soit dans « l’Odeur des arbres » d’Isabelle Pousseur ou « la Malice des hommes » de Paul Zoungranapour ne citer que ces spectacles, on s’interroge forcément sur la nécessité de cette présence systématique de la musique.

Pour la réussite du jeu ? De l’avis de certains, c’est une piste à explorer pour comprendre cette intrusion. La musique ferait partie intégrante de la mise en scène. Elle permettrait de rendre fluide le jeu et de faciliter ainsi la compréhension du spectacle. Elle révèlerait enfin la pluralité des talents de comédiens.

Mais l’utilisation abusive de la musique ne sert plus le théâtre. Comme ce fut le cas de certaines représentations lors de cette édition des Récréâtrales. On voit clairement que la musique sert surtout à cacher ou minimiser les tares de certains acteurs sur scène. Et c’est là qu’il revient à s’interroger sur l’innocence de la présence de la musique au théâtre. Est-ce finalement une échappatoire pour les metteurs en scène et comédiens en manque de créativité ?

Certes, l’absence de la musique dans certains spectacles laisserait ces derniers sans goût mais une présence trop accrue les desservirait tout autant. Le juste milieu devra être trouvé pour que la musique ne serve pas de béquille à des mises en scène claudicantes.

Eustache Agboton ( Bénin)

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Théâtre: La fièvre du coltan instable

Les comédiens sortant du container

Les comédiens sortant du container

Cette pièce de théâtre écrite à plusieurs mains et jouée par quatre comédiens africains et européens traduit l’urgence de réduire les conséquences liées au trafic du cobalt. Cependant la première de ce spectacle n’a pas été aussi retentissante comme on l’aurait voulu.

Lorsque quelques minutes avant l’entame de la représentation, Etienne Minoungou, directeur des Récréâtrales annonçait que cette pièce est une collaboration entre artistes africains et européens, le public, sûr d’assister dans l’heure qui suit à une œuvre majeure, ne se faisait pas prier pour éteindre ses portables et prêta toute son attention à la scène.

Container du récit

Si l’on s’en tient au titre La fièvre du coltan, cette pièce théâtrale présageait une tension, une montée de température. Tout d’abord, le sujet à lui seul suffit : le coltan, minerai noir ou brun-rouge indispensable composant de nos bijoux technologiques, dont le trafic en République démocratique du Congo alimente également des conflits armés dans la région des Grands Lacs depuis la fin des années 1990. Dans la pièce, métaphoriquement, l’histoire tragique de cette partie d’Afrique centrale est charriée par un container. Ce caisson métallique utilisé dans le transport maritime et terrestre traduit l’effort de proximité du collectif d’artistes. Cette caisse est destinée au transport du minerai, mais aussi des armes, et pourquoi pas des fameux portables ; elle est aussi à l’origine de l’exploitation des enfants dans les mines, des enfants-soldats, et de toutes les horreurs de la guerre dans les Grands Lacs.

Sur des vagues agitées

La marionnette du spectacle

La marionnette du spectacle

Cette résidence collective, encore inachevée, a produit un théâtre où se rencontrent la vidéo, la musique et la marionnette. La vidéo sur la superpuissance du coltan défilait sur une musique assez forte et faisait un fort effet. Cependant le jeu des comédiens tantôt avec le public, tantôt avec le texte donnait un rythme à la pièce où le spectateur ne se retrouvait pas toujours. Ce dernier est partagé entre le sentiment de suivre par moments un sketch de sensibilisation sur le fléau du coltan quand les comédiens reviennent pour expliquer dans un langage plus prosaïque une scène que le public était sensé comprendre. La curiosité, qui peut être aussi une force pour le spectacle, c’est qu’il commence par une invitation stridente d’un personnage et finit par un renvoi agacé du même individu. Est-ce un désir urgent d’évoquer le sujet du cobalt en proie au trafic d’enfants, à la violence et/ou un sujet frustrant qui suscite du rejet, du dégoût ? C’est ainsi que le public est reparti avec des points d’interrogation sautillant dans la tête.

Hortense Atifufu (Togo/Burkina)

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L’Odeur des arbres: Récit d’une portée universelle

Antole Koama (Naba); Halimat Nikiéma (Chaïne)

De G à dr: Antole Koama (Naba); Halimat Nikiéma (Chaïne)

Un père est assassiné par sa fille cadette au motif qu’il constituait un frein à la construction d’une route bitumée. C’est l’idée force de L’odeur des arbres, un texte dramatique de l’Ivoirien Koffi Kwahulé mis en scène par la Française Isabelle Pousseur. Ce drame familial est une photographie de notre société capitaliste.

Flash back. Shaïne, sœur aînée revient dans sa ville Loropéni après 20 ans. Son objectif : se recueillir sur la tombe de son père déclaré mort en son absence. Son ex petit ami agité ne trouve pas les mots pour lui répondre. Elle apprend finalement de leur frère SJ que leur sœur cadette a exécuté leur père en complicité avec Naba le bourgmestre, son amant.

Des personnages désintégrés

La pièce a été jouée par six personnages. Seulement deux se tiennent droit dans leurs bottes. Il s’agit du balayeur très occupé à sa tâche et Shaïna malgré sa démarche boiteuse (et son départ qu’on lui reproche) tient un discours plus moraliste. Les plus tordus sont trois et forment un triangle de criminels. Zineké, la sœur cadette dans ses tenues élégantes et derrière son air imperturbable, est une manipulatrice. Elle va de crime en crime. Elle séduit le petit ami de sa sœur puis l’implique dans l’assassinat de leur père. Ayant assisté au meurtre de ce dernier, le frère cadet a perdu la tête au point de vouloir devenir Miss Loropéni ! Le bourgmestre dans sa fonction de chef – Naba en référence au nom du chef dans l’ethnie Mossi – n’est qu’un pantin aux ordres de sa maîtresse Zineké. Quant à l’enfant né de l’union de Zineké et du Naba, sans identité, traverse la pièce en courant…

L’intérêt au dessus de la morale

Safoura Kaboré ( Zinké)

Safoura Kaboré ( Zineké)

L’héroïne de cette pièce affichée est Zineké, l’air suffisant, véritable personnage faustien prêt à tout pour arriver à ses fins. En réalité, elle se réjouit de la construction de la voie grâce à laquelle les conditions de vie de ses concitoyens se sont améliorées. C’est pour cela qu’elle a autorisé l’exploitation de l’espace d’un lac asséché. Elle n’a aucun remord. Au contraire, elle pense qu’elle fait beaucoup de bien à sa communauté. Donc elle ne tolèrerait pas un quelconque reproche. SJ, comptant sur la promesse de Zineké de remporter la couronne de Miss Loropéni, accepte de tuer Shaïne. C’en était fini des obstacles.

Une photocopie de la société capitaliste

Ce texte de Koffi Kwahulé est une représentation assez fidèle de l’état du monde. Avec la mondialisation, les multinationales ont des pratiques dénuées d’éthique. Pour la construction d’infrastructures, on déplace des populations parfois sans dédommagement. Pour alimenter l’industrie alimentaire et cosmétique d’huile de palme, on détruit l’environnement et des espèces animales. Pour fournir l’industrie de l’informatique et de la technologie en cobalt des milliers d’enfants meurent dans les mines d’exploitation au Congo Kinshasa. Toute cette activité humaine a abouti à des catastrophes naturelles qui ont fait d’importants dégâts et beaucoup de victimes. Dans un environnement micro, on entend parfois qu’un individu a dû sacrifier l’un de ses parents pour faire fortune. Au nom d’intérêt soi-disant général, on tord de plus en plus le cou à la morale et à l’éthique.

La pièce semble faire la part belle au triomphe du capitalisme, du matérialisme, de la cupidité en somme. En même temps, elle évoque cette Afrique oisive, pleine de potentialités mais incapable de les développer. Spectacle hautement politique, le metteur en scène nous fait découvrir un monde du désenchantement, de la désillusion, et l’abdication de l’esprit du bon sens devant l’extension effrénée du matérialisme. Ne peut-on rien faire pour cette société qui court à grandes foulées vers le chaos ?

Hortense Atifufu (Togo/Burkina Faso)

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L’Odeur des arbres: La succulente tragédie des Récréâtrales

Halimata Nikiéma (Chaïne), Urbain K. Guiguimdé (S.J)

Halimata Nikiéma (Chaïne), Urbain K. Guiguimdé (S.J)

Quelle pourrait-être « L’Odeur des arbres » ? Cette question taraude l’esprit quand on entre chez la famille Ouango où doit se tenir la représentation de cette pièce mise en scène par Isabelle Pousseur.

Ici, il y a quelques arbustes sur la cour. On ne sent forcement pas leurs odeurs. Mais lorsque la pièce commence avec l’arrivée de l’actrice Zinké sur scène, on comprend très vite les choses. « …Quand elle m’est apparue de l’autre côté du lac et qu’elle n’était alors qu’un point, je savais que c’était elle. Maintenant que la poussière s’est comme prosternée à ses pieds je la découvre. Une femme ». Shaine sa sœur est de retour à Lorépeni. L’histoire tourne en réalité autour du retour d’une sœur aînée partie des années plus tôt et qui vient enquêter sur la disparition suspecte de son père. Obtiendra-t-elle la vérité ? S’en sortira-t-elle vivante ?

L’exceptionnelle mise en scène d’Isabelle Pousseur, offre à voir un beau spectacle d’un texte né d’une commande passée à Koffi Kwahulé. Ce texte qui « conjugue avec brio poésie du quotidien et petite acidité ordinaire » est réellement «une œuvre inter artistique qui témoigne d’un processus de recherche riche et rigoureux». Ce qui fait en réalité le charme de ce spectacle présenté aux Recréâtrâtrales de Ouaga, c’est l’intrigue savamment managé par la mise en scène, et qui pousse le spectateur à rester jusqu’au bout de la représentation, pour surtout voir comment se terminera cette histoire tragique.

En effet, à chaque fin d’acte le suspense demeure. L’auteur du texte comme le metteur en scène ont tous deux su jouer sur le désir du public d’aller jusqu’au bout du récit ou de la représentation. L’on se demande, comment Shaïne réussira-t-elle à obtenir la vérité sur le décès de son géniteur ?

Et elle qui croyait pouvoir se recueillir sur la tombe de son père, est d’abord déchantée par l’attitude de son beau-frère, puis ensuite celle de son propre frère. Le premier, lui cache la vérité et se défausse sur son épouse, tandis que le second (son frère), un travesti qui bien que connaissant la vérité sur la mort de leur père, est plus préoccupé par sa probable élection à Miss monde. Il finira toutefois par avouer le meurtre commis par leur unique sœur, avec la complicité de son époux.

Safoura Kaboré (Zinké)

Safoura Kaboré (Zinké)

Révoltée, Shaïne décide d’en faire une affaire de justice. Elle n’y parviendra pas. Sa sœur Zinké, plus machiavélique, réussit à pousser son « attardé » de frère à mettre un terme à la vie de Shaïne. Elle meurt comme son père, étouffée, devant une sœur Zinké et son époux, devenus doublement meurtriers.

Même si l’on peut noter trop de vide entre les dialogues des acteurs, du fait de la longueur des textes, le spectateur suit avec plaisir à travers cette représentation, une poésie des mots qui s’enchaîne, dans un mouvement de création, dont seul a le secret, les grands dramaturges.

A la fin de la représentation, beaucoup de questions restent en suspens : Pourquoi jouer une musique triste pendant qu’un acteur joue du ballon et saute partout sur scène ? Pourquoi avoir pris le pari de bouger tous les spectateurs d’un décor vers un autre en plein spectacle ? C’est surement tout cela qui fait la beauté de la mise en scène qui a permis de renifler la bonne « odeur des arbres ».

Par Gilles Arsène TCHEDJI (Sénégal)

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Arrêt sur Image de Cedrix Brossard: Des clichés sur l’émigration

Lassine Touré

Lassine Touré

Le monologue du comédien Kader Lassina Touré dans la pièce Arrêt sur image, mise en scène par Cédric Brossard, colle bien avec l’actualité sur l’émigration clandestine en Afrique. Le sujet est posé sur plusieurs plans : économique, culturel et politique.

Sur scène un Dj devant sa table de mixage et un homme assis sur son tabouret et tournant le dos à un micro. La pièce Arrêt sur image de Cédric Brossard raconte l’histoire du jeune passeur qui a choisi ce métier par passion campé par Kader Lassina Touré. Il finira lui-même par devenir clandestin et s’attacher les services d’un autre passeur pour fuir aussi. Car pour lui, les frontières ne doivent pas exister et que les gens peuvent et doivent aller d’un endroit à un autre sans restriction. Dans sa «carrière » de passeur, il conseille les clandestins sur l’attitude à prendre, le bon comportement pour arriver à bord.

Si ce passeur parle plus qu’il ne joue, l’émotion dramatique de la pièce est surtout renforcée par ces lettres envoyées par des parents établis au pays des Blancs. Le soutien économique apporté à la famille qu’il soit le père, le frère ou la femme restée au village est mis en exergue par le metteur en scène. Cette précision dans la répartition du mandat envoyé est bien réaliste et prêt du vécu des migrants. Le destin de ces émigrés est à la fois tragique et parfois comique à la lecture de certains messages. Notamment, lorsqu’un mari dit à sa femme «je prépare les papiers pour un regroupement familial, tient bon, moi je suis là, je ne regarde pas les femmes même s’il en a, elles sont toutes mariées».

Mais le choix de cette musique techno qui domine la lecture des messages envoyés montre ce contraste entre le migrant qui se décarcasse et travaille dur pour envoyer l’argent et cette famille au village insouciante et faisant la fête.

Mais ce qui retient aussi l’attention dans ce texte de Gustave Akakpo, c’est cette relation heurtée entre le fils passeur et son père, car ils ont toujours des points de divergences. Ce dernier voulait que son enfant devienne un bon passeur mais sur le terrain de football et pas un passeur de clandestins.

Mais en dehors du texte, c’est cette présence intense de la musique électronique) qui va dans tous les sens, qui peut pousser à se demander si l’on est devant un spectacle de musique ou de théâtre ? Même si c’est un choix du metteur en scène d’effacer les frontières et de métisser les arts.

Fatou Kiné SENE

(Sénégal)

Théâtre : Wakeu Fogaing, le jeu au premier dégré

Waku Fogaing jooue Milo Kan

Waku Fogaing joue Milo Kan

Mots crus, scènes obscènes, gestes à la limite de la pornographie, violences. Dans e spectacle « Mémoire d’une peau » joué chez les Nombre et Zaré ce 27 octobre 2014, le comédien camerounais, WakeuFogaing a tout fait pour choquer. Et le moins qu’on puisse dire est qu’il a réussi.

Ç’aurait été une erreur de se fier à la sobriété de la scénographie du spectacle « Mémoire d’une peau » pour en déduire qu’il est conseillé à tout public. En fond sonore, on entend pianoter sur une machine à écrire. Le sol est décoré par des carreaux blancs et noirs en alternance et des petits tabourets étaient disposés de part et d’autre de la scène. WakeuFogaing, l’unique comédien est couché à même le sol.

Lumière. Pendant une heure, Milos Kan, le héros narrateur, racontera dans un rythme soutenu, sa journée de « lundi comme un autre ». On apprendra alors comment, albinos, il « naît à la porte des adultes d’une mère discontinue et d’un père volage ». On apprend également combien il aime l’alcool, les femmes et les plaisirs qui vont avec. Des meurtres qu’il commet par « vengeance ou par curiosité » à ses aventures extraconjugales, on apprend à accepter au fil du spectacle la particularité de cet être très étrange.

On savait très tôt que Milos Kan était un être auquel « la vie n’a pas fait de cadeau » parce qu’il est albinos. Mais on sera surpris de voir comment il répondait à la vie. Les mots qu’il utilise, les descriptions qu’il fait de ses scènes de « baise » avec des femmes rencontrées au hasard de soirées arrosées avec ses collègues de travail. Dans ce spectacle où le sexe est présenté avec banalité, le comédien ne porte pas de gant et choque volontairement comme s’il voulait se venger d’avoir été tant discriminé.

La relation tumultueuse qu’il entretient avec son épouse qui est la seule femme qu’il n’a pas « entièrement démonté » est aussi exposée sans artifice. On remarque dans les échanges de l’antipathie poussée dans ce couple marié depuis 20 ans, qui se supporte à peine mais qui à la fin se promettra encore de faire 20 ans ensemble. Ces meurtres aussi sont décrits avec une violence à faire froid au dos.

Au final, si l’objectif du personnage était de choquer autant que la vie l’a blessé, on ne devrait rien trouver à reprocher à la mise en scène du camerounais Kouam Tawa qui a adapté le livre posthume et presque autobiographique de l’écrivain guinéen, Williams Sassine. A part les trous de mémoire et le jeu approximatif à certains endroitsdu comédien qui tenait par ailleurs le rôle d’une quinzaine de personnages. D’ailleurs, à la fin, les très jeunes pensionnaires du Prytanée militaire du Kadiogo ayant massivement effectué le déplacement étaient partagés entre dégoût pour le personnage et le sentiment presque affiché de n’être pas à leur place.

Eustache Agboton (Benin)

Rue Princesse : Danse cathartique pour fêtards contrariés

Dans une perspective peut-être cathartique de devoir mémoriel, la compagnie ivoirienne N’Soleh a porté sur la scène de l’INAFAC ce 26 octobre, à travers une comédie musicale, Rue Princesse, la trépidante histoire d’une rue fêtarde.

Les Danseurs dans un affrontement chorégrahié

Une chorégraphie d'affrontement entre les noctambules

Les villes ont chacune un quartier ou une rue célèbre où se déclinent les histoires individuelles des noctambules. La rue Princesse est la rue réceptacle pendant longtemps de la fête nocturne abidjanaise avant d’être démolie tout récemment sur une décision politique.

Un espace public, un capharnaüm de bars, des casiers et des bouteilles de bières, une orgie de néons, une vidéo, des gens assis, laissent sans doute entrevoir l’imminence d’une vive animation. Le décor planté ne laisse planer aucun doute sur l’agitation que draine cet espace. Puis comme dans un bal masqué, des gens déferlant de toutes parts, submergent le lieu. En avant la musique et… la danse !

La musique et la danse sur une scène orgiaque, des corps pris de convulsions délirantes, des expressions corporelles saccadées sur des rythmes de coupé décalé, des formes et des expressions explosent pour recomposer le paysage de la nuit urbaine. Liberté des formes, violation des convenances.

La Rue Princesse c’est la musique urbaine, le coupé-décalé, une musique d’ambiance au rythme trépidant, des notes bruyantes voire assourdissantes mais qui musicalement ne veulent pas dire grand-chose. Du bruit qui symbolise quelque peu notre attachement au monde factice, au Blig-bling.. : La Rue Princesse ne fait pas que porter sur la scène le pandémonium de la nuit festive abidjanaise. Le spectacle fait ressortir également le dérèglement moral de la société urbaine ivoirienne qui fait écho à la société de consommation, au phénomène de la mondialisation, au capitalisme et au libéralisme tout simplement.

La Rue Princesse, c’est le registre de la consommation de ce que la Côte d’Ivoire ne produit pas, les grosses cylindrées, le gaspillage, les dépenses folles, les extravagances des nouveaux riches. C’est aussi l’univers sadien, la sexualité sous toutes ses coutures, la lubricité, une philosophie du corps, d’où la présence de gays et de travestis.

Ordre moral

Un "travesti" qui pose fièrement dans la Rue Princesse

Un "travesti" dans la Rue Princesse

La démolition de la rue sur décision politique ne constitue pas seulement une destruction d’un lieu de vie reconnu pour sa qualité, c’est aussi une abolition de certaines libertés, une intervention de la police de la morale dans un domaine public qui autorisait des comportements réservés à la sphère privée de la vie. Une police des mœurs.

Ce spectacle symbolise donc une tentative cathartique de guérison par l’art des vies sevrées du plaisir.

D’où peut-être cette ouverture entreprise par les chorégraphes Massidi Adiatou et Jenny Mezile par le dépassement de ces écueils réducteurs du coupé-décalé, par l’envie d’aller voir ailleurs. Ainsi convoquent-ils les musiques urbaines des cités noires de New-York ou de Chicago, le smurf, les battles, mais également les danses modernes à l’instar du “moon walk” de Michael Jackson, et e la danse à claquettes de Fred Astaire des années 50 à Hollywood.

Avec La rue Princesse, les chorégraphes Massidi Adiatou et Jenny Mezile renouvellent la comédie musicale et se démarquent nettement des productions actuelles en laissant libre cours à l’expression corporelle. Cette comédie musicale est promise à un bel avenir. Peut-être que la danse contemporaine africaine qui cherche désespérément un public, un public africain qui la boude à cause de l’hermétisme de ses codes, son inclination au tragique devrait s’inspirer de la fraîcheur et de la bonne humeur de ce type de spectacle ?

Tony FEDA (TOGO)

EDITO : La révolution par le théâtre ?

Le Burkina Faso se retrouve encore une fois en plein soubresauts démocratiques. Les Gavroches sont à nouveau dans les rues, prêts à en découdre pour une hypothétique révolution et les lendemains qui chantent.

Ces convulsions populaires se sont transportées sur les scènes des Récréâtrales. Nuit blanche à Ouaga et La malice des hommes résonnent des bruits et fureurs de l’actualité. Ces spectacles sont transparents et laissent entrevoir la révolte.

Se posent alors la question du rapport entre théâtre et politique et celle toute aussi légitime et récurrente de l’engagement d’une œuvre. Le théâtre est par essence politique, car de tous les genres artistiques, il est celui qui a directement prise avec la réalité dans sa banalité la plus crasse, la plus triviale.

Cette édition des Récréâtrales en portent d’ailleurs les stigmates en s’invitant chez l’habitant, violant son intimité, mettant les pieds dans la gadoue de la périphérie en l’éclaboussant sur la scène. Le rôle politique et social du théâtre est alors évident et noble quand il porte ainsi “le fardeau d’une conscience collective qui émerge à peine dans la conscience collective du monde“, selon l’expression de l’écrivain togolais Sami Tchak.

Mais n’est-ce pas là le danger qui guette une œuvre théâtrale quand elle s’ancre un peu trop dans la temporalité d’une cause, d’une fonctionnalité qui occulte l’exigence esthétique, celle indépassable qui donne à une œuvre son caractère intemporel pour témoigner de la condition humaine tout simplement ?
En se focalisant sur une réalité burkinabé plus que complexe, les metteurs en scène des spectacles ci-dessus cités ne prennent-ils pas le risque de voir la portée de leur œuvre se réduire au cadre étroit du seul Burkina ?

Tony FEDA (TOGO)

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Nuit Blanche à Ouaga: Entre art engagé et agit-prop

« Une nuit blanche à Ouagadougou » est une pièce chorégraphique de la compagnie Faso Danse Théâtre avec quatre danseurs, un musicien et le rappeur Smockey qui a été présentée le samedi 25 octobre 2014, à l’INAFAC (Institut National de Formation Artistique et Culturelle). C’est une œuvre très militante. Art engagé ou Agit-prop ?

Passer une nuit blanche imaginaire quelque part à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, c’est ce à quoi est invité le spectateur, par le danseur et chorégraphe burkinabè Serge Aimé Coulibaly.

Cette création s’est inspirée des mouvements sociaux qui ont eu lieu dans plusieurs pays sur le continent africain, au Burkina Faso notamment. Y est décrite, une nuit chimérique sur une place publique dont certains de ses visiteurs refusent de dormir, le désir ardent du changement a fini par prendre le dessus sur le sommeil.

A regarder cette pièce chorégraphique, le spectateur se rend très vite à l’évidence qu’il est en face d’une prise de position des créateurs, notamment du chorégraphe Serge A. Coulibaly à qui l’on attribue les propos suivants : «Quand on naît et grandit dans des pays où la situation politique a un impact énorme sur les gestes les plus simples de la vie quotidienne, créer devient un acte politique et il l’est incontestablement pour le danseur et chorégraphe que je suis.»

Il faut certes un art engagé pour sensibiliser, faire prendre conscience, mais encore devrions-nous nous interroger sur le rapport entre la politique et le théâtre. Qu’elle doit être la ligne de démarcation à ne pas franchir pour éviter le piège de la propagande ?

Selon l’historien Gérard Noiriel, la fonction d’un théâtre ou de tout art politique n’est pas de parler à la place des citoyens mais de leur fournir des armes pour mieux résister aux médias et au pouvoir d’Etat.

Le rappeur Smockey qui est l’auteur du texte et de la musique de ‘’ Nuit blanche à Ouagadougou ’’ et qui est connu pour son engagement ne va pas par quatre chemins pour appeler à la révolte populaire. Ainsi, pouvait-on entendre de lui : « (…) les peuples n’ont que leur instinct pour reprendre à la bête, le privilège du festin », « (…) la place de la Nation deviendra la place de la Révolution » ou encore « Passe à l’attaque ou passe à l’action ».

« Une nuit blanche à Ouagadougou » se coltine tellement à la réalité du Burkina à travers des repères connus comme les dates marquantes de l’histoire dont 1987-année d’assassinat de Thomas Sankara- les noms de lieux et des personnages connus de ce pays qu’il semble frayer avec l’agit-prop.

Serge Adam’s Diakité

(Côte d’Ivoire)

Nuit Blanche à Ouaga: Smockey slame la révolte aux Récréâtrales

Nuit Blanche à Ouaga. C’est le spectacle qu’il ne fallait pas rater à l’ouverture des Récréatrâles de Ouaga. Au menu : de la danse contemporaine avec avec une dose de rap et du théâtre. Cette représentation jouée par la compagnie Danse théâtre offrait à voir du rythme. Du bon rythme, aux odeurs et couleurs du hip-hop avec un personnage central : Le rappeur Smockey.

Pièce maitresse de ce spectacle, il a comme à son habitude fait la preuve de son lyrisme et de son verbe poétique pour au final inviter le peuple à «prendre son destin en main». On connaît ce rappeur burkinabé pour son engagement à vouloir « libérer le peuple .

Smockey, pour rien au monde n’a voulu rater cette scène des Récréâtrales de Ouaga, pour cracher des mots crus et dire une fois encore le fond de sa pensée. « On m’appelle Smockey… Mais je ne fume que du vieux tabac » crie-t-il en montant sur scène, comme pour assumer son discours contestataire et revendicatif. Il poursuit : « On dit que je suis fou et que j’aime les femmes. Alors que ce sont les femmes qui aiment les fous ». Le personnage central de Nuit Blanche à Ouaga sur une musique de slam et récitant son texte avec harmonie, tance ensuite « Blaise ». Cet «ami » qui, dès qu’il lui présente quelqu’un, fait aussitôt disparait cette personne le lendemain. L’acteur crie sa rage contre cette stratégie de Blaise et lui fait comprendre que « les blessures ne s’oublient pas. Les blessures ne se guérissent pas… les blessures font mal ». S’identifiant comme la voix du peuple, Smockey rappelle le mal-être des populations, qui malgré la douleur festoie. Pour lui, « il faut niquer le système ». « Ce système qui a un gros cul » caricature l’artiste-slameur qui invite la nation à prendre sa place et mener la révolte pour changer les choses. Surtout que «le tournant est décisif».

Le spectacle prend là, tout son sens. Il colle à l’actualité avec le changement de l’article 37 au Burkina Faso et l’invitation de l’opposition à la marche populaire dans les rues de Ouaga. Smockey en est conscient, mais il prévient le peuple que le combat ne sera pas facile. Car, « les cimetières ne sont pas encore pleins. Et, il y a de la place pour ceux qui veulent mourir » dit l’acteur-rappeur. Il termine son spectacle rappelant que «75 000 francs Cfa, c’est le prix d’une balle ». Ce qui fait la beauté du texte et de la poésie de Smockey dans cette représentation, ce n’est pas que les rimes, les sous-entendus et les stratégies de contournement ou de détournement des mots pour décrire une réalité sociale. Il y a aussi cette dose d’humour, qui pousse le spectateur à sourire en écoutant le mélange des mots qui se marient avec les gestuelles des corps en mouvement sur la scène. Pas surprenant. Serge Bambara dit « Smockey » a toujours été à la quête de la perfection, seul gage de son indépendance. Artiste- musicien, rappeur, slameur et aujourd’hui acteur s’essayant au quatrième art, il ne finira pas de surprendre son monde.

Lorsqu’on l’invite hors scène à analyser ce spectacle mise en scène par Serge- Aimé Coulibaly, et dont il est un personnage central, Smockey ne cache pas sa satisfaction. « Ce spectacle nous permet de dire encore une fois ce que nous avons toujours dénoncé : le respect de la constitution dans nos pays africains. Ce fut un plaisir d’être là, pour une fois encore inviter le peuple à travers ce spectacle à ne faut pas baisser les bras. Il faut que le peuple soit éclairé, illuminé…, prenne conscience. C’est là, le sens de mon combat, de notre combat » argumente-t-il. Pour une Nuit blanche à Ouga, c’en était vraiment une.

Par Gilles Arsène TCHEDi (Sénégal)

NUIT BLANCHE A OUAGADOUGOU: L’art de tomber les barricades

Les quatres danseurs réunis

Les danseurs du spectacle

La danse contemporaine gomme les frontières artistiques entre la danse, le théâtre et la musique. C’est la sensation au regard du spectacle Nuit blanche à Ouagadougou mis en scène par Serge-Aimé Coulibaly et interprétée par la compagnie «Faso danse théâtre».

Peu de paroles en dehors du texte dense déclamé par le rappeur Smockey, l’un des comédiens de la compagnie «Faso danse théâtre» dans Nuit blanche à Ouagadougou présenté le 25 octobre 2014 lors des Récréâtrales. Ici, l’expression corporelle a eu une place de choix. Avec quatre danseurs sur le plateau - Marion Alzeu, Serge-Aimé Coulibaly, Adama Nébié et Sayouba Sigué - le gestuel des différentes parties du corps envahit la scène.

«Une blanche, deux négros et un mulâtre», comme le souligne si bien le rappeur Smockey dans ses vers lyriques. Ce sont eux qui jouent la pièce. Ils se trainent par terre, se remettent debout pour retomber violemment sur le sol. Des corps qui ne finissent pas de transmettre les spasmes d’une réalité épileptique.

Sayouba Sigué et Marion ALzeu

Sayouba Sigué et Marion Alzeu

Des gestes répétés durant toute la durée de la pièce augurant une atmosphère de désespérance qui envahit ces personnages. Et le ton a été donné avec l’apparition d’un personnage dont la bouche est fermée par du papier, un personnage privé de parole. .

La musique et le slam traversent toute la pièce, du début à la fin. Une présence non négligeable au côté de la danse. Mais alors Nuit blanche à Ouagadougou est-il un spectacle chorégraphique ou une pièce théâtrale ? Le choix de la danse et du récit par le metteur en scène Serge-Aimé Coulibaly s’adapte plus au message du spectacle.

Peut- être que le rendu aurait été différent ou incompris si une autre écriture avait été proposée. Et cette intensité exprimée par la danse, une autre expression artistique aurait mal traduit.Depuis quelques années, les créateurs suppriment les frontières entre le théâtre, la danse contemporaine et la musique. Des expressions artistiques qui se complètent et installent un dialogue intense entre le public et les comédiens.

C’est une belle manière d’unir les créateurs et d’inviter plus à la solidarité comme l’esprit des Récréâtrales l’a déjà amorcée en regroupant cette année un nombre inestimable d’artistes venant de dix-sept pays du monde. Et en initiant un laboratoire d’échange artistique entre dix-huit comédiens, auteurs, metteurs en scène, chorégraphes et scénographes, etc.

Fatou Kiné SENE

(Sénégal)

« La malice des hommes” L’aura d’un comédien

Amado Komi en tenue de putshiste

Amado Komi en tenue de putshiste

A peine la représentation de La malice des hommes, une caricature des dictateurs africains du regretté Jean-Pierre Guingané mise en scène par Paul Zoungrana, avait-elle commencé dans la cour de la famille Bazié que les spectateurs se sont mis à pouffer de rire. La raison : un personnage a déjà eu la sympathie du public. Comment comprendre ce magnétisme ?

Une baguette de percussion tapote doucement sur une cymbale. Ensuite cinq personnages font leur entrée sur scène. Le premier a un pantalon trop tiré par des bretelles. Le deuxième porte une chemise à manches longues nouée au cou par une cravate et à la taille par une ceinture. Le troisième arbore une salopette barbouillée de peinture tandis qu’un ensemble moulait l’anatomie du quatrième. Et pour compléter la troupe de diseurs de mots, un petit personnage.

Le profil du personnage

La petite envergure de ce personnage est un parfait calque de présidents sur le continent à la même apparence physique fussent-ils morts ou vivants. La miniaturisation se perçoit également dans la petitesse de la réflexion de ces chefs autoritaires. Pendant le spectacle, le public a vite détecté l’ironie dessinée à travers un décalage important entre la fonction du chef, son comportement maladroit et son incompétence criarde. Plusieurs tableaux se sont succédé : un petit corps flottant dans un uniforme militaire grossièrement décoré ; un petit bout d’homme qui allonge sa taille par des estrades ; un minuscule physique qui ne remplit pas le fauteuil présidentiel ; un chef qui a une voix d’enfant, de castrat !

Amado Komi dans les bras d'Oliva Ouédraogo

Un rôle comme un gant

En plus de sa petite taille et de son physique filiforme, Amado Komi alias Vieux père incarnait et exprimait à la perfection le manque de personnalité de nos dirigeants ; son jeu d’acteur confirme la justesse et la perspicacité du casting. Tout comme le duo nigérian au cinéma Chinedu Ikedieze et Osita Iheme alias Aki et Paw Paw, comme Gohou Michel dans l’humour, Vieux père réussit depuis 2005 dans la comédie. Son visage d’enfant, son petit corps et son jeu d’acteur au théâtre sont des critères auxquels très peu de spectateurs restent insensibles. Dans ce spectacle, son petit poids a quelque peu aidé la mise en scène : marcher sur le dos de comédiens courbés et se faire porter dans les bras. Son interprétation courte a été renforcée par un autre personnage plus imposant. Et c’est là aussi l’intelligence de cette mise en situation qui a su exploiter les dispositions naturelles et artistiques du comédien. Amado Komi comme tous les autres artistes au physique ingrat suscitent d’emblée l’admiration. Sans doute à travers la maîtrise de leur métier, ils ne quémandent pas un regard de pitié mais attendent une considération méritée de la société.

Hortense Atifufu (Togo/Burkina Faso)

« La malice des hommes »: Brecht dans la mise en scène

 le Présiedent assis (M.Tindano) entouré de ses dévoués citoyens

le Présiedent assis (M.Tindano) entouré de ses dévoués citoyens

En soirée d’ouverture de la 8è édition des Récréâtrales, la cour des Bazié a accueilli le spectacle « La malice des hommes ». Un texte de Jean-Pierre Guingané mis en scène par Paul Zoungrana. Au-delà de la mise en scène retrouve dans la mise en scène plusieurs techniques inspirées de la distanciation brechtienne.

Si « La malice des hommes » a été programmé pour rendre hommage à Jean-Pierre Guingané (1947 – 2011), une figure emblématique du théâtre burkinabè, la mise en scène proposée par Paul Zoungrana n’est pas sans rappeler Bertolt Brecht (1898 – 1956), dramaturge, metteur en scène et critique théâtral allemand. En effet, plusieurs éléments de la théorie de la distanciation se retrouvent dans ce spectacle.

Selon Brecht, la distanciation au théâtre vise à empêcher le public de succomber à l’illusion inhérente dans la présentation d’une pièce, en distanciant le spectateur de ce qui arrive sur scène. Elle fait usage de divers procédés comme l’adresse au spectateur, le jeu des acteurs depuis le public, la fable épique, la référence directe à un problème social, les songes, les changements à vue, etc.

Oliva Ouédrao, M.Tindano( assis) et Amado Komi

De g.à dr: Oliva Ouédrao, M.Tindano( assis) et Amado Komi

« Ces procédés visent à perturber la perception passive du spectateur et à rompre le pacte tacite de croyance en ce qu’il voit. Le théâtre devient alors un outil d’expression et toutes ces techniques théâtrales sont utilisées pour que cette histoire provoque une prise de conscience du spectateur face au problème abordé », explique le dramaturge et metteur en scène béninois Hermas Gbaguidi.

Dans « La Malice des hommes », la mise en scène a tôt fait d’y avoir recours. Déjà la musique et les chants entrecoupent la narration. Installé sur la scène côté cour, un ensemble d’instruments de musique fait partie intégrante du jeu. Et entre diverses situations, des chants sont entonnés pour permettre au lecteur de faire le point. Ensuite, les comédiens, notamment Amado Komi dit « vieux père », s’adresseront à plusieurs reprises au public, rompant le 4 ème mur de la scène et donnant l’impression de ne plus appartenir au jeu. Un sentiment qui reviendra dans le public lorsque, à un moment du spectacle, deux comédiens s’échangeront leur rôle. A cet instant, le spectateur est empêché de suivre le comédien sur scène mais plutôt le rôle. De sorte qu’il dissocie le comédien et le rôle.

Et le sujet s’y prêtait. La démocratie dans le contexte africain ouu la dictature. Car « La Malice des hommes » retrace la vie d’un dictateur qui manipule l’histoire et tire les fils du pouvoir. Jouer dans le Burkina Faso d’aujourd’hui n’était pas évident.

Mais cette option de mise en scène a rendu plus acceptable ce sujet d’actualité. Les spectateurs présents cette nuit chez les Bazié sont repartis avec plein de questionnements. N’est-ce pas là tout l’intérêt de la distanciation brechtienne ?

Eustache Agboton (Bénin)

EDITO : Ces invisibles du théâtre

Tout le monde connaît Yves Saint-Laurent, le grand couturier français. Ainsi que son égérie Katoucha Niane qui mettait merveilleusement en valeur ses créations. Mais personne ne connaît toutes les petites mains qui, dans l’ombre coupent les tissus, cousent, brodent ces tenues de haute couture. Il en va ainsi du théâtre où les spectateurs ne sont pas les seuls à être dans l’ombre.

Avec eux, beaucoup d’autres acteurs majeurs de la scène théâtrale que sont les accessoiristes, éclairagistes, décorateurs, costumiers; tous ces corps de métier de l’autre côté du théâtre, Ceux qu’il convient de nommer ‘‘ hommes de l’ombre ’’ donc hommes invisibles, font un travail oh combien déterminant pour la pièce. Une seule hirondelle ne fait pas le printemps, dit-on. Un homme, fût-il metteur en scène de génie ou immense comédien ne réussit pas tout seul un spectacle de théâtre.

Pourquoi faut-il toujours qu’une poignée d’individus confisque la reconnaissance pour une œuvre collective ? Il est donc temps que les médias braquent leurs projecteurs sur la partie cachée de l’iceberg théâtral pour montrer au public ces hommes incontournables dans la représentation théâtrale. .

Que vaut une scène mal éclairée, à la sono défaillante et avec un mauvais décor ?

Indéniablement, RIEN.

Serge Adam’s Diakité (Côte d’Ivoire)

Sam Bapès, l’ombre qui éclaire les scènes

Sam Bapès, éclairagiste et conseiller lumière des Récréâtrales

Pour beaucoup de spectateurs, le théâtre se résume à un auteur, un metteur en scène et un comédien. Pour ceux-là, l’éclairage est présent juste pour permettre de voir jouer le comédien. Mais “c’est bien plus que cela”, selon le Camerounais Sam Bapès, conseiller lumière et régisseur invité à ces Récréâtrales 2014.

« L’éclairagiste est un artiste » affirme Sam Bapèssur qui il suffit deposer les yeux pour s’en rendre compte. Son travail s’intègre dans celui de l’équipe de création. Objectif, transformer des intensités lumineuses, des angles d’éclairage, des couleurs, en langage directement relié et en parfaite corrélation avec les intentions de l’auteur et les partis pris du metteur en scène.Vu sous cet angle, le spectacle prend une dimension de plus et la vraie beauté de la lumière est dans cet équilibre, “voir et dire”.

Le vrai travail de l’éclairagiste n’est donc pas de faire joujou avec des projecteurs mais de faire exister sur le plateau, un monde dont la lumière sera aussi essentielle au comédien que le soleil l’est à l’homme dans la vie de tous les jours.La lumière, à travers le créateur lumière, ne doit jamais être sous-évaluée. Car elle contribue, comme le jeu du comédien, comme le choix des décors et/ou des costumes, à la qualité finale du spectacle.Ainsi Sam Bapès, concepteur d’éclairage utilise savamment toute la puissance et la subtilité de cet extraordinaire médium qu’est la lumière.

Réglage de lumière sur la petite scène de l'Inafac

“Si à la base, l’éclairage au théâtre avait pour fonction de rendre les acteurs et le décor visibles aux yeux du public, il peut aussi servir à créer des atmosphères, indiquer le lieu et l’heure, déplacer l’intérêt d’un lieu à l’autre sur la scène, donner à la production son style, faire paraître les objets plats ou tridimensionnels, fondre tous les éléments visuels en un tout unifié » explique-t-il.

Pour réaliser ses innombrables effets, l’éclairagiste jouesur les quatre propriétés de la lumière que sont l’intensité, la couleur, la distribution et le mouvement. De fait, l’éclairage de scène peut varier en intensité d’une lueur quasi imperceptible à une luminosité aveuglante. Une simple lampe de poche allumée sur une scène obscure semblera très claire, tandis qu’un projecteur ultra-puissant qui s’allume sur une scène déjà fortement éclairée semblera n’avoir que peu d’intensité.

Pour ce qui est de la couleur d’un objet sur scène, elle est déterminée tant par sa couleur réelle que par la couleur de la lumière qui l’éclaire. « En appliquant des filtres ou gélatines devant les projecteurs, il devient possible d’appliquer aux comédiens des couleurs plus flatteuses, de baigner tout un décor dans une chaude lumière ou de faire mieux ressortir les couleurs du décor et des costumes ».

Il y a plusieurs façons de distribuer la lumière sur une scène. On peut en faire varier la forme depuis une lueur douce, sans définition particulière, jusqu’à un rayon aux contours nets qui produira des ombres. On peut aussi faire passer le rayon lumineux à travers une plaque de métal trouée et créer ainsi des formes et des intermittences, un peu comme si la lumière traversait un feuillage.

Avec le mouvement, la dernière propriété, l’intensité, la couleur et la distribution de la lumière peuvent être modifiées aussi vite ou aussi lentement que le concepteur et le metteur en scène le désirent. , “une scène qui débute dans la lumière rose de l’aurore peut se terminer dans la lumière dorée d’un soleil déjà haut dans le ciel”, conclut cet homme de l’ombre qui, joignant l’acte à la parole poussa les curseurs de sa console et… fiat lux sur la petite scène de l’INAFAC.

Sandrine Sawadogo (Burkina Faso) / Eustache Agbotgon (Bénin)

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Scénographie de rue: lumière sur un nouvel urbanisme

Le jardin créé par Augustin Yoni avec des matérieux de récup

Le jardin créé par Augustin Yoni avec des matérieux de récup

Aux Récréâtrales de Ouagadougou, sur une thématique spécifique, des créations intègrent l’espace public le temps du festival. Et cette année encore, les artistes venus de divers horizons ont transfiguré le quartier Gounghin pour le bonheur des festivaliers et des habitants.

L’aménagement des espaces publics lors de manifestations d’arts de la rue par des scénographes est une démarche que bon nombre de festivals commencent à prendre en compte. Les Récréâtrales n’en font pas exception. Le seuil du village du festival franchi, le visiteur est agréablement surpris par une magnifique représentation scénographique. « Tenir la main au futur, qu’il ne tremble pas qu’il sourit ». C’est cette interpellataion du dramaturge congolais Dieudonné Niangouna qui a guidé tout le travail des artistes. Une équipe d’une quarantaine de scénographes qui s’est mobilisée pendant plusieurs semaines pour transformer et suspendre divers éléments de récupération, créant un véritable village « lumière du futur ». Dans leur démarche, on note d’abord une originalité caractérisée par l’approche de proximité entre le théâtre et son public et voulue par le Cartel. Les cours et les espaces de cette rue de Gounghin ont été réquisitionnés avec la complicité des habitants. D’ailleurs, ceux-ci, enfants, jeunes comme adultes semblent tous contaminés par le virus de l’art. Aux côtés de leurs hôtes, ils ont participé à la mise en place de cette scénographie. Certains enfants du quartier, rencontrés à la veille de l’ouverture officielle des Récréâtrales, s’activaient encore à accrocher avec passion, des produits artistiques fabriqués sur place à partir d’objets rudimentaires.

Sahab Konda, l’artiste visionnaire

sculpture géante de Sahab Konda trônant dans la rue

sculpture géante de Sahab Konda trônant dans la rue

En réalité, pour traduire la vision du Cartel dans l’architecture de la rue mais aussi dans la configuration scénique en accord avec les metteurs en scène et dans l’esprit des textes, les artistes ont travaillé en équipe. Résultats, on note la présence de tubes de fer ronds couverts de tissus de différentes couleurs qui s’élancent vers le ciel. Tantôt, ils donnent l’aspect de fleurs artificielles, tantôt se sont des formes d’outils du quotidien. Des lampes préfabriquées à l’aide de bidon, de calebasses, d’objets divers traduisent le message de la lumière pour un avenir radieux. « S’unir entre artistes pour un monde meilleur », disait Etienne Minoungou, le Directeur général des Récréâtrales. Au beau milieu de ces champs artistiques se dresse une œuvre d’art. Une sorte d’homme robot réalisé avec un amas de ferraille. C’est l’œuvre de Sahab Konda, sculpteur. Cet artiste est un créateur de rêve. Son œuvre attire tout visiteur. Certains s’arrêtent pour prendre des poses photos et immortaliser ce travail. Sûrement une façon aussi de magnifier la créativité de cet artiste, qui, en plus de réussir à créer ce monument, y a intégré une approche technologique.

En réalité, à la nuit tombée, les festivaliers peuvent se réunir autour de cette création de Sahab et regarder la télévision. Le sculpteur-récupérateur burkinabé, grâce à des antennes dressées au sommet de l’œuvre, fait suivre plusieurs chaines, nationales comme internationales aux passants. Mais ces écrans de télévisions posés au cœur de la ferraille sont tous posés de façon à interpeller la curiosité du visiteur. Pourquoi mettre ces écrans à la renverse ou en diagonales ? Comment a-t-il pu mettre diverses antennes et obtenir ce produit fini ? Où sont les générateurs de courant électrique ? Qui est cet artiste si doué ?… De la même manière dont la création de Sahab Kondé s’illumine le soir et fait l’objet de débat ou d’interprétations diverses, à la nuit tombée, tout le village du festivalse métamorphose. Le dispositif scénographique, dans la pénombre, laisse apparaître différents jeux de lumières. Presque toutes les créations du site s’illuminent comme pour éclairer le futur. Ce futur qui ne doit pas « trembler ».

Par Gilles Arsène TCHEDJI (Sénégal)

EDITO:Quelle critique pour un théâtre en crise ?

Disons-nous la vérité tout de suite : le théâtre en Afrique est mal barré ! Tout d’abord, le public désaffecte les salles de spectacle et un genre embrigadé par une forme appelée abusivement théâtre contemporain, trop éthéré, manquant de liant avec les préoccupations des couches populaires, confisqué pour les classes dominantes. Snobisme.

Ensuite, le développement de la science, de la technique et de la technologie, jette le dévolu des populations sur d’autres sources de loisirs dynamiques mais combien très peu instructifs. La télé, la vidéo, les téléphones portables et Internet détournent le public du chemin des salles de spectacle.

Enfin, le déficit de médiatisation de l’information prescriptive concernant les spectacles de théâtre, chronique une mort annoncée du théâtre, sans compter que les journalistes ont tendance à verser dans la flatterie au lieu de juger de la pertinence d’une représentation théâtrale.

Or, contrairement à la lecture, exercice solitaire et un tantinet rébarbatif, et au cinéma trop cher à réaliser, le théâtre est le genre culturel par excellence pour convoquer les maux de la société, susciter les conflits et panser les blessures. Face à une société en perdition, sous l’emprise des puissances ploutocrates qui satisfont leur égoïsme sur la misère collective, il importe que le théâtre ait un rôle à jouer.

D’où l’importance de sa médiatisation et de la critique. Si jusqu’à présent, la critique, journalistique, se complait dans sa fonction incitative et dissuasive de suivre l’actualité et de signaler quels spectacles on peut/devrait aller voir, elle se doit d’aller un peu plus loin en portant un regard sans concession sur l’art théâtral.

Dans un monde meublé de TIC, où le coût de l’édition est presque nul avec les blogs et les journaux en ligne, la critique, affranchie de tout intérêt financier, devrait garantir la prise de risque et l’expression libre et vraie de l’opinion. Le public pourra alors se fier à la critique parce qu’il sait qu’elle n’a pas intérêt à lui raconter d’histoires.

Tony FEDA (Togo)

Amadou BOUROU n’est pas mort

Faire un pas, peu importe lequel a été l’un des crédos de Achile Amadou Bourou. Décédé en janvier 2010, ce grand homme du théâtre et du cinéma burkinabé reste encore présent sur scène, à travers ce spectacle et ceux qu’il a formés.

La pièce théâtrale ‘’ Sarzan ‘’ est l’adaptation d’une nouvelle de Birago Diop, auteur sénégalais. Présentée à un public de tout âge, par la compagnie Feeren, jeudi 23 octobre 2014, en hommage à Amadou BOUROU, fondateur de ladite compagnie, par ailleurs metteur en scène de cette pièce. Cadre de la représentation : la compagnie Feeren qu’il a crée en 1990, alors de retour de France où il s’était rendu pour des études. La pièce théâtrale ‘’ Sarzan ‘’ qui du reste garde le nom du personnage principal, dans le texte original de Birago Diop, a été crée en 1994 ; elle a été jouée cette même année, puis en 2004. Aussi, a-t-elle été jouée, hier, par les mêmes acteurs d’il y a vingt (20) ans.

Dans ‘’ Sarzan ‘’, le metteur en scène nous plonge dans la vie du sergent Thiémoko Kéïta, tirailleur sénégalais enrôlé dans l’armée coloniale, revenu dans son pays et devant faire face au changement opérée dans son Sénégal natal dans la période d’après les indépendances.

Deux acteurs, formés par l’illustre disparu, Seydou Boro et Alain Héma, ont campé les rôles respectifs de Thiémoko Kéïta (ancien combattant démobilisé) et le triple rôle de commandant de cercle dans l’administration coloniale, de conteur et d’ami du sergent Kéïta.

La citation de Amadou Bourou à l'entrée de son théâtre

A cette représentation, il a été donné entre autres au public, de se rendre compte de la présence de Achille Amadou Bourou. Cette présence est marquée par la dextérité avec laquelle s’expriment sur scène et même en dehors de celle-ci, ceux qu’il a formés au sein de la compagnie Feeren ; ces acteurs et disciples pluridisciplinaires qui ont su garder les consignes du Maître et mettre en application ses enseignements.

Il reste vivant parmi les siens et parmi ses pairs, tous ceux qui l’ont côtoyé, de longues années durant et qui ne manquent pas d’éloges à son égard. Amadou Bourou le battant, le rigoureux, le rassembleur, l’humain, le patient, peut-on attendre témoigner, ceux qui l’ont connu et fréquenté.

Transmettre son savoir et son savoir-faire aux autres, en leur tenant la main ; c’est ce qu’a fait le metteur en scène Achile Amadou Bourou à qui l’on rend un hommage mérité au cours de la 8ème édition des Récréâtrales. Amadou Bourou a fait un pas, un pas pour la postérité. Et c’est bien un pas de Maître. C’est bien lui qui disait à juste titre : « Un pas reste un pas. Ni de fourmi, ni d’éléphant. Mais un pas d’homme engagé dans le monde ». Il s’est engagé pour révolutionner le théâtre au Burkina Faso et il a mené le bon combat, cela se justifie par le travail de ses disciples que l’on peut retrouver dans bien de régions du monde, par les acclamations interminables des spectateurs à la fin de cette représentation, mais aussi et surtout par ces applaudissements nourris à sa dépouille mortelle au cimetière, à l’occasion de son inhumation en 2010.

La représentation de ‘’ Sarzan ‘’ a vu la participation de ses anciens étudiants et disciples, certains venus des États-Unis d’Amérique et d’Europe notamment, lui dire leur reconnaissance et revivre en sa présence. Une façon pour eux de lui dire « Bravo Maître Amadou Bourou, merci pour ton œuvre ! »

Serge Adam’s Diakité

(Côte d’Ivoire)

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Théâtre à l’imprimante 3D

La Compagnie (Cie)Feeren n’a pas essayé de démentir hier le dicton selon lequel on ne serait mieux servi que par soi-même. Dans la soirée des hommages à Amadou Bourou, son ex-directeur décédé en janvier 2010, la Cie Feeren a porté de nouveau sur la scène, Sarzan, une nouvelle de Birago Diop. Mise en scène par Amadou Bourou lui-même.

La pièce était jouée en 1994 par Amadou Bourou. Et elle fut encore portée sur la scène une décennie plus tard en 2004. Il s’agit de la dernière partie des Contes d’Amadou Koumbade l’écrivain sénégalais Birago Diop, mais contrairement au reste de l’oeuvre, ceci relève plutôt du genre de la nouvelle. Elle porte sur l’aliénation culturelle, les rapports à la tradition et les conflits entre modernité et tradition. De retour dans son village natal, le tirailleur Thiémoko Keïta, après avoir traîné sa bosse au Soudan français, au Sénégal, au Maroc, en France, au Liban et en Syrie, entreprend de civiliser le village de Dougouba par les réformes des croyances jugées désuètes. Sa mission civilisatrice échoue, le sergent Thiémoko sombre dans un délire sans fin et devient Sarzan-le-fou.

Le spectacle est plein de rythmes et d’une grande intensité ; la démence du sergent missionnaire joué par un Seydou Boro imposant sur scène, reste le clou de cette pièce avec cette déclamation captivante du poème “Les morts ne sont pas morts“.

L’objectif du spectacle de ce 23 octobre était de montrer au public le travail et, pourquoi pas, les qualités de metteur en scène d’Amadou Bourou en reproduisant sa mise en scène de l’époque, avec les mêmes acteurs (Alain Hema et Seydou Boro). Un espace presque dépouillé, une malle - qui servait de bagage charrie toute la truculente histoire aventurière de Thiémoko Keita et sa culture occidentale, et un escabeau mettaient en relief un environnement assez pauvre et la déchéance matérielle du sergent.

Néanmoins, la reproduction exacte, prétendument dans les mêmes formes, d’une mise en scène réalisée il y a 20 ans, laisse quelque peu dubitatif le spectateur. Si les acteurs ont pris vingt ans d’âge, on veut convaincre de la jeunesse de la mise en scène, que le même rythme, le même jeu d’acteur et la même esthétique, gouvernent encore cette disposition scénique.

Le théâtre n’est ni la télé, ni le cinéma ; et même si l’actualité du texte est indéniable, il n’en demeure pas moins que le regard du metteur en scène 20 ans plus tard, ne peut demeurer le même. Amadou Bourou aurait-il repris ce spectacle sans y apporter du nouveau ? Il est permis d’en douter.Il en est également du jeu des acteurs qui pourrait évoluer. Le théâtre se vit dans l’instantané des plaisirs des sens et se prolonge dans l’imaginaire du spectateur en dehors de la salle. On ne peut pas le refaire avec une imprimante 3D.

L’intérêt du spectacle Sarzan est donc vraisemblablement ailleurs que sur la scène de cette maison familiale. Il est à chercher dans la vanité des humains de restaurer la place d’un mort, de le faire revivre, dans l’illusion d’honorer sa mémoire. Les hommages ne sont en réalité que le fait des vivants ;ils concernent très peu les morts. Hier, la Cie Feeren aurait dû nous montrer une mise en scène qui nous prouve que les héritiers d’Amadou Bourou ont tout simplement dépassé le maître. Cela aurait été le plus bel hommage qu’ils lui eussent rendu.

Tony FEDA (TOGO)

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Bourou, un maître de la mise en scéno !

Odile Sankar, Seydou Bourou et Alain Héma

De gauche à droite: Odile Sankara, Seydou Boro et Alain Héma

Le défunt metteur en scène burkinabé Amadou Bourou était exigent pour que l’acteur fasse « entendre et vivre le texte le plus concrètement possible » aux spectateurs. Pour lui rendre hommage quatre ans après son décès, ces poulains ont (re) joué hier à l’espace Fereen sa pièce « Sarzan ». Une représentation qui remet au goût du jour le talent de ce génie du quatrième art africain.

Goughin, rue de l’INAFAC( institut national de formation artistique et culturelle). Il est 21 heures passées. Une foule s’amasse devant une demeure devenue par la force des choses mythique. Ici, l’on annonce la représentation de Sarzan. Une œuvre de Birago Diop mise en scène par le défunt homme de culture Amadou Bourou. C’est justement pour lui rendre hommage que ces « poulains » ont choisi de (re)servir cette représentation théâtrale au public. A l’intérieur de la cour aménagée pour la circonstance, une tente et des banquettes qui accueillent déjà du monde. Puis, une scène assez sobre. Dans la pénombre, deux silhouettes. L’une debout, tient en main un carnet et l’autre assise sur une malle. Ces silhouettes, a priori deux hommes (au regard de leur accoutrement) sont statiques.

Le public est prêt. La régie aussi. Une petite musique lance le spectacle. Puis, une lumière éclaire la scène. Tout est désormais visible. C’est bien deux hommes qui sont sur les planches pour jouer Sarzan. Cette œuvre retrace les déboires d’un ancien combattant entré en conflit avec la tradition de son terroir. Revenu d’une guerre, et animé d’une fougue à faire évoluer sa société vers la modernité, cet ancien soldat, Sarzan Kéita, a entrepris de détruire les fétiches et autres mânes de ses ancêtres. Se heurtant à la tradition, il devint fou et fut banni, jusqu’à sa mort. La mise en scène de Amadou Bourou propose un univers à la fois théâtrale et cinématographique.

Un espace multiple dans un même décor

En tout les cas, pour réussir la mise en scène de cette pièce de théâtre Amadou Bourou a fait dérouler les actions dans un espace multiple : en calèche, sur la route, sur une place publique… Et, ce metteur en scène par l’excellent jeu des acteurs réussit à susciter l’imaginaire du public qui tout en étant sur place se replace rapidement dans le contexte de l’action mimée. Cette mise en scène pousse donc le spectateur à créer son propre rêve autour de ce qu’il voit et entend. N’est-ce pas d’ailleurs cette volonté de titiller le regard de son public qui pousse Amadou Bourou, sur la séquence de la malle ouverte servant de boîte à images, à offrir une belle rétrospective d’images de guerre, histoire de rappeler l’odyssée de nos anciens soldats? Tout semble le faire croire. Dans cette représentation, il faut le noter également, les unités de lieu se sont résumées à la scène. Car cette scène a pu être modulable en fonction des actions. Tantôt la malle est déplacée sans gène, tantôt elle sert de refuge, se transformant pour laisser voir les diverses faces manœuvrées par les comédiens.

Aussi remarque-t-on sur toute la durée de la représentation que jamais, l’un des acteurs n’a poursuivi son jeu hors du décor. Ceci a rendu le jeu des comédiens dynamique. Bien que l’on peut regretter quelque part qu’Alain Hema (qui jouait le rôle de narrateur de l’histoire mimée), s’est un peu trop concentré sur la récitation de son texte. Et que dire de la lumière? Elle fut colorée et assez légère, sans jamais rendre pénible la vue ou la visibilité du public. En somme, presque rien de trop et rien de moins dans cette scénographie de Amadou Bourou. 20 ans après la première représentation (1994), la version Sarzan de ce célèbre metteur en scène ne souffre d’aucune ride. Ne dit-on pas qu’une belle scénographie, c’est celle qui favorise « l’écoute par les yeux »? S’il est vrai, alors Amadou Bourou a bel et bien réussi la scénographie de cette pièce théâtrale. Et Odile Sankara, son poulain a bien raison de dire que Sarzan est un « spectacle de destiné » et qu’il sera joué dix années encore avant d’être rangées au placard. Mais n’est-il pas mieux que cette remarquable scénographie théâtrale soit enregistrée de bout en bout pour devenir une belle captation? Ceci est d’autant plus plausible que la disposition de la scène, de la régie et des lumières du spectacle offre bien la possibilité à un réalisateur d’intégrer des effets de « cadrage » de manière à zoomer sur les comédiens, sur le décor… afin d’obtenir au final un théâtre filmé.

Gilles Arsène TCHEDJI (Sénégal)

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Entre scène et écran: Deux approches narratives différentes

De gauche à droite Odile Sankara, Seydou Boro et Alain Héma

De gauche à droite Odile Sankara, Seydou Boro et Alain Héma

La nouvelle de l’écrivain sénégalais Birago Diop Sarzan inspire plus d’un créateur africain. Après l’œuvre cinématographique de feu El Hadji Momar Thiam réalisée en 1963, le metteur en scène Burkinabé Amadou Achille Bourou disparu en 2010 a lui aussi proposé une lecture beaucoup plus libre par rapport au texte en 1994.

La pièce Sarzan mise en scène par Amadou Achille Bourou et - représentée jeudi 23 octobre 2014 dans le cadre des Récréâtrales en hommage à l’auteur sur la scène de la compagnie Feeren à Gounghin - revient sur cette confrontation entre le moderne et le traditionnel en Afrique. A travers le personnage du tirailleur Thiémoko Keita, qui de retour de la Grande guerre rentre dans son village avec l’ambition de bouleverser les choses établies par la tradition.

Cette nouvelle de l’écrivain sénégalais Birago Diop adaptée aussi au cinéma par son compatriote El Hadji Momar Thiam, diffère dans le traitement artistique au théâtre et à l’écran. Les deux créateurs Bourou et Thiam ont eu chacun une manière particulière de mettre en scène ce texte qui reflète aussi une part de leur vécu. Amadou Bourou a choisi de raconter l’histoire sur une scène épurée où il y a simplement la vieille malle en fer blanc très symbolique dans nos villages africains qui sert aussi d’écran pour projeter les temps forts de la participation du sergent Keita dans ce conflit mondial. Le tabouret et le porte-manteau complètent le décor. Thiam a, lui, carrément fait jouer l’action dans le milieu naturel du village. Les deux approches aboutissent à camper le sujet dans son contexte.

De la scène à l’écran, la nouvelle de Birago Diop subit forcément des altérations et des accommodements mais il semble que le théâtre ait la possibilité de prendre plus de libertés par rapport au texte que le cinéma qui lui ne peut s’affranchir du réalisme du récit.

Car si Bourou a choisi deux personnages pour raconter toute l’histoire, Thiam en a eu plusieurs. La pièce théâtrale explique la folie du sergent Keita après l’acte en donnant la parole au deuxième personnage qui revient sur les raisons de cette démence de Keita, Thiam a de façon linéaire déroulé le récit. Il montre la confrontation du tirailleur Keita avec son père et les vieux du village qui voulaient égorger un poulet blanc afin de remercier les esprits du retour de leur fils, le saccage de l’endroit sacré où se font les sacrifices à l’insu de tous, etc. Et ce, de manière successive avant d’aboutir à la folie, conséquence de
tous ces actes.

Portrait d'Amadou Bourou dans la rue des Récréâtrales

Les deux créations agrémentées par des actes et séquences d’humours et de drames, montrent si bien qu’il est difficile en Afrique de transformer les choses établies. Thiam et Bourou partagent une trajectoire semblable ; ils ont tous deux vécu en France pour les études et sont rentrés dans leur pays respectif pour mettre leur savoir à la disposition des leurs. Aujourd’hui, la mort les réunit à nouveau (Amadou Achille Bourou décédé le 8 janvier 2010 et El Hadji Momar Thiam le 19 août 2014) et comme il est dit dans la pièce et dans le film, «Ceux qui sont morts ne sont jamais partis/ Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire/ Et dans l’ombre qui s’épaissit. Les Morts ne sont pas sous la Terre/ Ils sont dans l’Arbre qui frémit/ Ils sont dans le Bois qui gémit/ Ils sont dans l’Eau qui coule/ Ils sont dans l’Eau qui dort/ Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule/ Les Morts ne sont pas morts… ». Eux aussi sont parmi les leurs à travers leur création respective.

Fatou Kiné SENE (Sénégal)

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Seydou Boro et Alain Hema ressuscitent «Sarzan»

Odile Sankara,Seydou Bourou, Alain Héma

De gauche à droite: Odile Sankara,Seydou Bourou, Alain Héma

Mise en scène par Amadou Achille Bourou, décédé le 8 janvier 2010, «Sarzan» est une représentation tirée d’une nouvelle de Birago Diop. En marge des Récréâtrales, les «fidèles lieutenants» de l’illustre disparu ont tenu à lui rendre hommage à travers la représentation de cette pièce. Entre expressions poétiques et gestuelles, Seydou Boro et Alain Hema, les comédiens qui l’ont portée à l’origine en 1994, tentent de ressusciter cette création.

20 ans après sa mise en scène, le temps n’a pas eu raison des comédiens de «Sarzan». En effet, Seydou Boro, beaucoup plus connu sous la casquette de danseur-chorégraphe et Alain Hema, comédien-metteur en scène, tiennent bien leur rôle dans cette pièce. Les deux acteurs dans cette représentation laissent libre cours à leur savoir-faire à travers expressions gestuelles et déclamation poétique.

D’entrée, le tango de Seydou Boro,le sergent Thiémoko Keita, annonce les couleurs. Il y aura bien quelques pas de danse par là. S’en suit, avec volubilité un long récit d’Alain Hema, le Commandant de cercle. Tel un griot, ce dernier redessine ce qu’avait été Dougouba, cette cité au cœur de l’Afrique occidentale française d’où est parti un jour un jeune soldat, Tiémoko Keita, pour servir sa métropole, la France. Dans ce spectacle, où, au rythme du tango ou du son des balafons ; la danse est effectivement bien présente, la symbolique de la gestuelle en dit long. Entre autres, de la danse classique occidentale à la cadence des tam-tams africains,le rapport conflictuel entre les deux cultures est posé. L’une très calme et froide dite moderne et l’autre très chaude, manifestée par des sonorités et moult pratiques, traitée de «manière de sauvages».

Une gestuelle qui efface la parole

Dans «Sarzan» on retrouve donc unjeu de corps et une gestuelle qui, par moment, efface la parole pour donner la place à la liberté d’interprétation. Si la symbolique du rythme et de la gestuelle ici se veut le fort de la civilisation noire, dans cette pièce, Sarzanqui les interprète est un inféodé de la culture occidentale. Cependant, on retrouvedes explications des croyances traditionnelles africaines à travers unenarration d’Alain Hema. «… Ceux qui sont morts ne sont pas jamais partis / Ils sont dans l’ombre qui s’éclaire / Et dans l’ombre qui s’épaissit. Les morts ne sont pas sous la terre / Ils sont dans l’arbre qui frémit / Ils sont dans le bois qui gémit / Ils sont dans l’eau qui coule…», peut-on entendre entre autres.

Même si, 20 ans après, le temps n’a pas réussi à user la prestation scénique des deux comédiens, il faut noter l’impression d’essoufflement qui se faisait ressentir par moment dans la voix d’Alain Hema.

Cette pièce qui dépeint les heurts entre civilisation occidentale et croyances africaines avec un impressionnant jeu d’acteur de Seydou Boro et d’Alain Hema méritent bien le détour.

Jérôme William Bationo

Burkina Faso

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Amadou Bourou, la folie en héritage

Pendant la journée d’hommage à Amadou Bourou (14 novembre 1951 - 8 janvier 2010) ce 23 octobre 2014 à Ouagadougou, la compagnie Feeren a présenté le spectacle “Sarzan”, une mise en scène de l’illustre disparu.

On croyait presque voir jouer sur scène, la vie et les combats du comédien, cinéaste et metteur en scène burkinabé, Amadou Bourou. D’abord, la mise en scène. Même si le spectacle créé par Amadou Bourou en 1994 a été retouché par ses « héritiers », c’est bien l’illustre disparu qui signe la mise en scène.

Et certaines de ces instructions en ce qui concerne la direction d’acteurs sont restées. D’ailleurs, ce sont les acteurs originels, Seydou Boro et Alain Héma, mis en scène par Amadou Bourou qui ont acceptévolontiersde remonter sur les planches pour cet hommage.

Ensuite, le texte. Tiré d’une œuvre de Birago Diop, Sarzan raconte l’histoire et les déboires d’un tirailleur de retour dans son village natal. Sergent, Sarzan Kéita a fait le Soudan français, le Sénégal, le Maroc, la France, le Liban, la Syrie.

De retour à Dougouba, son village, et animé d’une fougue à faire évoluer sa société vers la modernité, il a entrepris de détruire les fétiches et autres mânes de ses ancêtres, se heurtant ainsi à la tradition. Il bascule dans un délire sans fin, et devient Sarzan-le-fou.

S’il n’était pas tirailleur, Amadou Bourou a bien été pris pour un fou ; lui qui, de retour en 1989 de la France où il avait étudié le Théâtre, décide de se consacrer entièrement à cette passion qui l’avait détourné de ses études de Lettres modernes à Paris VIII alors qu’il était en année de D.E.A.

« A mon retour de la France, j’ai retrouvé des amis, à plusieurs niveaux de l’administration, qui me demandent ce que je fais. Je leur réponds que je fais du théâtre. Et au fil de nos discussions, on me dit ceci : « Tu fais quoi d’autre ?». Je rétorque « toujours du théâtre » . Cela a duré des années. A peine, si ces gens ne veulent pas te prendre pour un fou. C’est au fil du temps que certains ont compris », confiait,en mars 2008, Amadou Bourou, « lors d’échanges fortuits » avec le journaliste et critique de cinéma Cyr Payim Ouédraogo.

Comme Sarzan qui ambitionnait changer l’ordre établi par la tradition, Amadou Bourourêvait de professionnaliser le théâtre burkinabé. Un choix qu’il assumera jusqu’au bout.Une folie que recevront en héritage ses disciples  qui perpétuent aujourd’hui son œuvre. C’est d’ailleurs tout le sens que revêt cet hommage initié par la compagnie Feeren qu’il a créé en 1990 pour matérialiser cet engagement en faveur du théâtre.

Unanime hommage donc pour Amadou Bourouqui, tout au long de sa carrière aura montré que le chemin du succès passe par un grain de folie. Odile Sankara, Seydou Boro, feu Bienvenu Bonkian ou encore HamadoTiemtoré, quelques-uns de ses anciens collaborateurs ne penseront certainement pas le contraire.

Eustache Agboton(Bénin)

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Sarzan, une fièvre cathartique

Le public aimanté par le spectacle

Le public aimanté par le spectacle

Les feux ardents du soleil se sont éteints sur Ouagadougou. Des projecteurs ont pris le relais de l’éclairage dans une habitation de Gounghin, siège de la 8e édition des Récréâtrales. Sous leurs faisceaux, une représentation théâtrale : Sarzan. C’est dans un mouvement de recueillement que le public s’installe. Ce spectacle de la compagnie Feeren a été suivie religieusement en hommage à son metteur en scène Amadou Bourou.

Deux cultures en conflit

Sur la scène se tiennent deux personnages. Dos au public, ils attendent que les spectateurs trouvent leur sa place, taisent leurs chuchotements et éteignent leurs téléphones. La trame de cette pièce montée il y a maintenant 20 ans raconte l’histoire de Thiemoko Keita, un tirailleur sénégalais envoyé en mission dans son village pour le civiliser selon les codes occidentaux qu’il avait acquis. Son projet n’a pas abouti. Face à son mépris des pratiques traditionnelles, les esprits offensés se sont ligués contre lui et l’ont rendu fou. Le destin tragique du missionnaire exprime toute la contradiction et la violence des méthodes coloniales. Aspirer l’âme d’un peuple et lui en insuffler une autre. Pourtant ne dit-on pas que la raison est la chose la mieux partagée ? La dominance absurde d’une culture dite supérieure sur une autre a foutu une transe au personnage.

Un reflet dans la rue théâtrale

Sarzan rappelle la nécessité du thème de cette édition qui est  « Tenir la main au futur, qu’il ne tremble pas, qu’il sourie ». Les cris de Sarzan ont retenti dans le décor lumineux de la tente dressée sur la scène. Ces cris d’abus de nos traditions ont sonné au fond de cette courée, à l’intérieur des spectateurs et sont sortis de la maisonnée. Ces cris d’angoisse ont sillonné la rue des Récréâtrales. On a entendu ses échos dans ces gourdes d’espoir illuminées ; sur ces parchemins porteurs de messages d’abnégation ; dans les sous-entendus dissimilés derrière des voiles multiformes ; et sous l’imposante statue métallique au milieu de la rue du théâtre. Dans une symbiose, le public a tenu pendant le spectacle la main de Sarzan. Elle tremblait certes avec tout son corps mais sa parole était lucide. La répétition des phrases est une insistance et une persistance de cohabitation culturelle dans notre société contemporaine. L’alternance entre la résistance et la faiblesse de son corps de fou battait la mesure de nos forces insoupçonnées… Et ses frémissements qui laissaient couler des ruisseaux de sueur entonnaient un hymne à notre réussite.

Hortense Atifufu (Burkina/ Togo)

Théâtre: La fièvre du coltan instable

Les comédiens débouchant du container

Les comédiens débouchant du container

Cette pièce de théâtre écrite à plusieurs mains et jouée par quatre comédiens africains et européens traduit l’urgence de réduire les conséquences liées au trafic du cobalt. Cependant la première de ce spectacle n’a pas été aussi retentissante comme on l’aurait voulu.

Lorsque quelques minutes avant l’entame de la représentation, Etienne Minoungou, directeur des Récréâtrales annonçait que cette pièce est une collaboration entre artistes africains et européens, le public, sûr d’assister dans l’heure qui suit à une œuvre majeure, ne se faisait pas prier pour éteindre ses portables et prêta toute son attention à la scène.

Container du récit

Si l’on s’en tient au titre La fièvre du coltan, cette pièce théâtrale présageait une tension, une montée de température. Tout d’abord, le sujet à lui seul suffit : le coltan, minerai noir ou brun-rouge indispensable composant de nos bijoux technologiques, dont le trafic en République démocratique du Congo alimente également des conflits armés dans la région des Grands Lacs depuis la fin des années 1990. Dans la pièce, métaphoriquement, l’histoire tragique de cette partie d’Afrique centrale est charriée par un container. Ce caisson métallique utilisé dans le transport maritime et terrestre traduit l’effort de proximité du collectif d’artistes. Cette caisse est destinée au transport du minerai, mais aussi des armes, et pourquoi pas des fameux portables ; elle est aussi à l’origine de l’exploitation des enfants dans les mines, des enfants-soldats, et de toutes les horreurs de la guerre dans les Grands Lacs.

Sur des vagues agitées

La marionnette du spectacle tenu par un comédien

La marionnette du spectacle tenu par un comédien

Cette résidence collective, encore inachevée, a produit un théâtre où se rencontrent la vidéo, la musique et la marionnette. La vidéo sur la superpuissance du coltan défilait sur une musique assez forte et faisait un fort effet. Cependant le jeu des comédiens tantôt avec le public, tantôt avec le texte donnait un rythme à la pièce où le spectateur ne se retrouvait pas toujours. Ce dernier est partagé entre le sentiment de suivre par moments un sketch de sensibilisation sur le fléau du coltan quand les comédiens reviennent pour expliquer dans un langage plus prosaïque une scène que le public était sensé comprendre. La curiosité, qui peut être aussi une force pour le spectacle, c’est qu’il commence par une invitation stridente d’un personnage et finit par un renvoi agacé du même individu. Est-ce un désir urgent d’évoquer le sujet du cobalt en proie au trafic d’enfants, à la violence et/ou un sujet frustrant qui suscite du rejet, du dégoût ? C’est ainsi que le public est reparti avec des points d’interrogation sautillant dans la tête.

Hortense Atifufu (Togo/Burkina)

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