récréatrales

Seydou Boro et Alain Hema ressuscitent «Sarzan»

Odile Sankara,Seydou Bourou, Alain Héma

De gauche à droite: Odile Sankara,Seydou Bourou, Alain Héma

Mise en scène par Amadou Achille Bourou, décédé le 8 janvier 2010, «Sarzan» est une représentation tirée d’une nouvelle de Birago Diop. En marge des Récréâtrales, les «fidèles lieutenants» de l’illustre disparu ont tenu à lui rendre hommage à travers la représentation de cette pièce. Entre expressions poétiques et gestuelles, Seydou Boro et Alain Hema, les comédiens qui l’ont portée à l’origine en 1994, tentent de ressusciter cette création.

20 ans après sa mise en scène, le temps n’a pas eu raison des comédiens de «Sarzan». En effet, Seydou Boro, beaucoup plus connu sous la casquette de danseur-chorégraphe et Alain Hema, comédien-metteur en scène, tiennent bien leur rôle dans cette pièce. Les deux acteurs dans cette représentation laissent libre cours à leur savoir-faire à travers expressions gestuelles et déclamation poétique.

D’entrée, le tango de Seydou Boro,le sergent Thiémoko Keita, annonce les couleurs. Il y aura bien quelques pas de danse par là. S’en suit, avec volubilité un long récit d’Alain Hema, le Commandant de cercle. Tel un griot, ce dernier redessine ce qu’avait été Dougouba, cette cité au cœur de l’Afrique occidentale française d’où est parti un jour un jeune soldat, Tiémoko Keita, pour servir sa métropole, la France. Dans ce spectacle, où, au rythme du tango ou du son des balafons ; la danse est effectivement bien présente, la symbolique de la gestuelle en dit long. Entre autres, de la danse classique occidentale à la cadence des tam-tams africains,le rapport conflictuel entre les deux cultures est posé. L’une très calme et froide dite moderne et l’autre très chaude, manifestée par des sonorités et moult pratiques, traitée de «manière de sauvages».

Une gestuelle qui efface la parole

Dans «Sarzan» on retrouve donc unjeu de corps et une gestuelle qui, par moment, efface la parole pour donner la place à la liberté d’interprétation. Si la symbolique du rythme et de la gestuelle ici se veut le fort de la civilisation noire, dans cette pièce, Sarzanqui les interprète est un inféodé de la culture occidentale. Cependant, on retrouvedes explications des croyances traditionnelles africaines à travers unenarration d’Alain Hema. «… Ceux qui sont morts ne sont pas jamais partis / Ils sont dans l’ombre qui s’éclaire / Et dans l’ombre qui s’épaissit. Les morts ne sont pas sous la terre / Ils sont dans l’arbre qui frémit / Ils sont dans le bois qui gémit / Ils sont dans l’eau qui coule…», peut-on entendre entre autres.

Même si, 20 ans après, le temps n’a pas réussi à user la prestation scénique des deux comédiens, il faut noter l’impression d’essoufflement qui se faisait ressentir par moment dans la voix d’Alain Hema.

Cette pièce qui dépeint les heurts entre civilisation occidentale et croyances africaines avec un impressionnant jeu d’acteur de Seydou Boro et d’Alain Hema méritent bien le détour.

Jérôme William Bationo

Burkina Faso

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“Ombre d’espoir”, une mise en scène du contraste

Dans une pièce théâtrale, l’usage du contraste évite de livrer des réponses toute faites au public. Dani Kouyaté, metteur en scène de la pièce Ombre d’espoir, présenté samedi 3 novembre à l’Atelier théâtre burkinabè (ATB), dans le cadre des 7e Récréâtrales, privilégie ce style.

Le metteur en scène Dani Kouyaté.

Ombre d’espoir. Le titre en lui-même est un paradoxe: une ombre peut-elle être porteuse d’espoir? La couleur de l’espoir n’est-elle pas, le plus souvent, le vert ou le blanc? L’ombre suggère le noir, qu’on n’associe pas à l’espoir. Dani Kouyaté, le metteur en scène de cette pièce écrite par le Congolais Wilfried N’Sondé, le sait du reste fort bien et semble vouloir choquer ou attirer l’attention du spectateur par sa prédilection pour le contraste. D’entrée de jeu, le décor laisse percevoir deux choses contraires: la lumière projetée dans un anneau et l’obscurité qui règne autour de cet anneau.

La première scène s’ouvre sur un couple mixte, celui de Moussa, ingénieur africain, et de Brigitte, l’Allemande, qui filent en Europe le parfait amour. Pas pour longtemps: le bonheur n’est jamais éternel. Le contraste apparaît avec l’arrivée de Fatou, la sœur de Moussa. Elle est tout le contraire de son grand frère: sans mari, sans domicile fixe, sans papiers, elle est loin d’être heureuse. Fatou a peur. Peur d’être chassée. “Si je retourne en l’état en Afrique, quelle honte pour moi! lance-t-elle à son frère. Mes amis, mes propres parents se moqueront de moi car je n’aurai rien à ramener au pays.” Il faut trouver une solution. Mais laquelle? Nouvel élément de contraste: devant son épouse allemande, effarée, Moussa envisage d’épouser sa sœur Fatou pour lui épargner un rapatriement.

Ce geste pourrait sauver Fatou. Mais Brigitte a des doutes. Le regard de Moussa lui semble de plus en plus fuyant. Elle s’efforce de lui remémorer le début de leur rencontre, lorsque tout était parfait. Pour cette scène, l’auteur accorde une place de choix à la musique. Baignés par la lumière d’un projecteur, les deux amoureux dansent. Ils se rappellent les moments de bonheur de leur relation. Pendant ce temps, tapie dans l’obscurité, Fatou observe la scène. Le metteur en scène joue sur l’opposition des sentiments, des lumières, des jeux. Lorsque Brigitte finit par accepter l’idée du mariage entre son mari et sa belle-sœur, elle demande à son amie Karin d’en être le témoin. Celle-ci accepte sans bien comprendre, mais découvre le subterfuge. Son enthousiasme initial se transforme en perplexité: comment peut-on être le témoin du mariage de la rivale de sa meilleure amie avec le mari de celle-ci?

L'auteur de la pièce, Wilfried N'Sondé.

Autre contraste: alors que la parfaite entente entre Fatou et Moussa devient permanente, l’ombre du désespoir plane dans la vie de Brigitte, qui trouve dans l’obscurité de l’anneau un refuge pour méditer sur son sort. La musique redouble d’intensité pour accompagner ces moments de tristesse. La pièce se termine par une scène où Brigitte est placée en hauteur, sur une des planches dont s’est servi le metteur en scène, tandis que son mari se tient juste derrière elle et Fatou, beaucoup plus en retrait, craintive, comme si elle redoutait que l’Allemande parvienne à dissuader Moussa de célébrer son mariage avec elle.

Comment envisager la vie à trois? interroge Brigitte, debout face au public. Qu’est-ce que je t’ai fait, Moussa, pour que tu penses à ce mariage ?” Questions sans réponses adressées à un mari prostré qui semble se retrouver face à un dilemme, écartelé entre deux logiques contradictoires: celle de l’Occident, qui lui demande de penser d’abord et avant tout à son foyer, et celle de l’Afrique traditionnelle, qui lui impose le devoir d’aider une sœur en difficulté. Y a-t-il un choix possible? Le metteur en scène se garde bien d’apporter des réponses. Il laisse au public, resté silencieux et attentif tout au long du spectacle, le soin d’y répondre.

Michaël Pacodi

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Inauguration en fanfare pour les Récréâtrales 2012

Le premier ministre burkinabè Luc Adolphe Tiao a fait le déplacement pour l’inauguration de la plateforme festival des 7e Récréâtrales.

Un peu avant 20 heures, ce vendredi 2 novembre, les festivaliers se pressent dans les salles de spectacles installées dans la concession de quelques familles du quartier (Chez les Nikiema, Chez les Bationo et Nadembega…) pour suivre les premiers spectacles programmés dans le cadre de la soirée inaugurale des Récréatrâles 2012 : La Danseuse de l’eau, Songe d’une nuit d’été ou encore Al Mustapha. De leur côté, les organisateurs sont toujours dans l’attente de l’arrivée du premier ministre burkinabè, initialement prévue deux heures plus tôt. Alignées à l’entrée Sud du quartier Bougsemtenga, à Gounghin (Ouagadougou), elles sont une dizaine de personnes, autour d’Étienne Minoungou, le directeur du festival, à se tenir prêtes pour accueillir Luc Adolphe Tiao.

Le premier ministre Luc Adolphe Tiao et Étienne Minoungou au Cartel, le QG du festival.

Enfin, le cortège du chef du gouvernement vient s’immobiliser à l’entrée du quartier. Ses gardes du corps se précipitent pour lui ouvrir la portière. Après avoir sacrifié aux salutations d’usage, le premier ministre marque un arrêt devant le panneau géant où trône l’affiche de feu le Jean-Pierre Guigané, parrain à titre posthume de la 7e édition du festival. Il s’engage ensuite dans la rue en latérite, en direction de l’endroit retenu pour l’ouverture officielle de la cérémonie. Tout près de lui, journalistes et photographes se bousculent pour immortaliser l’événement.

La fanfare de l’armée exécute l’hymne national en l’honneur du chef du gouvernement. Puis Étienne Minoungou l’invite à écouter un poème récité par un enfant de 12 ans, qui met l’accent sur les maux de la société tels que la discrimination et la pauvreté. C’est ensuite au tour du directeur des Récréâtrales de prendre la parole. Après un mot de bienvenue à son hôte de marque, il exhorte les festivaliers à vivre pleinement cette semaine placée sous le signe du théâtre, saluant “le courage des acteurs et la beauté de leurs œuvres”. Alors qu’on s’attend à un discours officiel, Luc Adolphe Tiao reste muet. Le premier ministre est là comme témoin officiel mais il n’est pas un acteur venu dire des discours”, explique un membre du comité d’organisation du festival.

Vers 21 heures, les spectateurs commencent à sortir des premières représentations et à se répandre dans la foule. À l’espace Feeren, la pièce Et si je les tuais tous, Madame a été retardée à dessein. Luc Adolphe Tiao et ses collaborateurs prennent place. Le spectacle peut commencer. Une heure plus tard, le cortège officiel ressort. Face aux journalistes qui lui tendent leur micro, Luc Adolphe Tiao se montre laconique : Les acteurs que nous avons vus sur scène sont extraordinaires, on pourrait exporter cette pièce partout. Cette manifestation est unique au Burkina Faso. Cette année les Récréatrales sont dédiées à la mémoire de Jean-Pierre Guingané, qui était un très grand metteur en scène, un très grand homme de parole, et qui, malheureusement, nous a quittés brutalement. Aujourd’hui je suis heureux de voir que sa mémoire se perpétue à travers les Récréâtrales. Il restera dans l’histoire comme quelqu’un qui a apporté énormément au théâtre burkinabè.”

Tandis que le chef du gouvernement regagne son véhicule, la fièvre festivalière se répand dans Bougsemtenga.

Michaël Pacodi

Le reportage radio de Jim Moumouni Ouattara sur l’inauguration du festival.
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Une touche musicale rwandaise aux Récréâtrales

Dans le cadre de la journée “Focus” consacrée au Rwanda, la programmation musicale des Récréâtrales 2012 a fait appel au groupe Ikobe, venu de Kigali. Un alliage musical subtil entre traditions rwandaises et modernité qui a séduit les festivaliers…

Par Jim Moumouni Ouattara
(01’58”)

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“Et si je les tuais tous Madame”

À l’affiche de la soirée d’ouverture de la 7e édition des Récréâtrales, vendredi 2 novembre 2012, “Et si je les tuais tous, Madame”, du Burkinabè ARistide Tarnagda, est une peinture tragique des déboires vécus par les immigrés dans leur pays d’accueil.

Par Macodou Sarr
Montage et mixage: Mohamed Lamine Sawadogo
(02’57”)

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Pendant le festival, les affaires continuent

Outre leur dimension artistique, les Récréâtrales génèrent aussi des retombées financières appréciables. Pour cette septième édition, artistes et opérateurs économiques se frottent les mains.

Issa Nacanabo, le directeur général de l’hôtel Avenir, à Gounghin (Ouagadougou), ne cache pas sa joie. La tenue de la 7e édition des Récréâtrales constitue pour lui une véritable aubaine. Depuis la fin du mois d’octobre, les clients ne cessent d’affluer vers son hôtel, situé non loin du village du festival. “Les Récréâtrales nous apportent beaucoup de bonnes choses. L’hôtel a accueilli de nombreux clients. La restauration marche et le bar vend bien.”

D’autres hôtels et auberges de la capitale burkinabè ont assisté à une augmentation conséquente de leur fréquentation à la faveur de la tenue des Recréâtrales, mais aussi du Salon international de l’artisanat de Ouagadougou, qui a pris fin le 4 novembre. Selon Étienne Minoungou, le directeur du festival, la fréquentation quotidienne des Recréâtrales tourne autour de 2 000 à 3 000 festivaliers. Ce petit monde composé de nationaux, d’expatriés et de professionnels venus d’Afrique ou d’Europe constitue une source potentielle de recettes. “Un vivier économique” qui permet à la population, comme le résume Étienne Minoungou, de “capter des opportunités”.

Dans la restauration, le constat est identique. “On gagne un peu vraiment, témoigne Virginie Kaboré, qui gère un maquis dans le village du festival. Les gens viennent manger ici, c’est une bonne chose pour nous.” Selon elle, la 7e édition des Récréâtrales est plus intéressante que la précédente, en 2010. “On sent une nette amélioration sur le plan commercial”, constate-t-elle. Philibert Dayana, restaurateur spécialisé dans la vente de viande de porc, affirme réaliser 100% de bénéfice. Pendant le festival, il vend près d’une dizaine de porcs par jour, un rendement sans commune mesure avec le reste de l’année. Grâce aux bénéfices qu’il engrange chaque soir, il envisage même d’ouvrir une nouvelle boutique de grillade de poulets dans une autre partie de la ville. Étienne Kaboré, un jeune tailleur burkinabè, se montre lui aussi satisfait. “Ce festival est une bonne chose. Il nous permet de faire connaître nos produits par les étrangers de passage. Notre savoir-faire peut ainsi s’exporter.”

Financé grâce à divers partenaires, le budget des Récréâtrales tourne autour de 150 millions de FCFA, selon des sources proches du comité d’organisation. Selon Étienne Minoungou, tout le monde en sort gagnant : “Les compagnies repartent avec leurs spectacles en tournée, les populations locales font des recettes, les professionnels reçoivent salaire et per diem, les techniciens captent des opportunités professionnelles. Au total, nous avons signé près de 800 contrats avec divers opérateurs économiques. C’est de l’argent qui est versé sur-le-champ pour permettre à ces gens de vivre normalement.”

Mamadou Faye

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Au Carrefour du festival

Les Récréâtrales, ce n’est pas seulement les spectacles de théâtre et de musique. C’est aussi un espace de rencontre et d’échange entre professionnels. Le Cartel, quartier général du festival, est un lieu carrefour où s’élaborent les collaborations de demain.

Face à la scène musicale, coincé entre le maquis La Cour des miracles et la concession familiale des Nombré et Zaré, des festivaliers entrent et sortent du Cartel, le quartier général des Récréâtrales. À gauche en entrant, une modeste buvette autour de laquelle gravitent des professionnels venus de tous horizons. À droite, en plein air, une espace convivial faisant office de lieu de rencontre et d’échanges.

Le comédien et metteur en scène Athanase Kabré, chef du quartier, nous y accueille avant de nous désigner quelques-unes des figures marquantes du festival. “Vous connaissez Tim Winsey ? C’est un grand musicien Burkinabè. Avec lui, c’est Patrick Janvier, notre scénographe général…” Pendant le festival, le Cartel permet aux professionnels de faire connaissance et de discuter de leurs projets respectifs. “Beaucoup de professionnel passent ici, avec ou sans rendez-vous, poursuit Athanase Kabré. Ils se découvrent autour d’un verre pour parler de leurs oeuvres, de leurs projets et tisser des relations de partenariat.”

Le musicien Tim Winsey nous indique qu’il a rencontré jusque-là cinq professionnels ainsi qu’un promoteur intéressé par son projet de tournée africaine : “C’est Patrick Janvier, le scénographe général des Récréâtrales. Il me conseille de bien mûrir mon projet, qu’il est prêt à accompagner.” Ce multi-instrumentiste de talent, déjà reconnu au Burkina, aimerait en effet organiser une tournée africaine de son groupe, le Wassamana, afin de faire connaître hors de son pays ses deux albums, Zessa et Femme.

Un peu plus loin, le réalisateur Dani Kouyaté, qui a mis en scène la pièce Ombres d’espoir, de Wilfried N’Sonde, évoque son projet de coproduction avec le réalisateur du film Kinyarwanda, projeté dans le cadre de cette 7e édition. “C’est l’objet de notre discussion actuellement mais rien n’est encore ficelé. Nous devons nous revoir en présence de notre médiateur et conseiller, Étienne Minoungou.”

Ce lieu carrefour est à l’image du festival : convivial, intimiste et métissé. Selon le chef de quartier, pas moins de 150 professionnels se retrouvent chaque jour dans ce lieu. Venus des quatre coins du monde, représentant toutes les disciplines des arts de la scène, ils nouent de fructueuses relations qui initieront les collaborations et coproductions de demain.

Ousmane Mbengue

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Soulay Thiâ’nguel, le “tortionnaire” théâtral

Directeur de la compagnie Laborato’Arts, le metteur guinéen Souleymane Bah, alias Soulay Thiâ’nguel, a la réputation d’un metteur en scène exigeant, qui crée dans la douleur.

Accoudé à l’estrade de circonstance érigée dans la concession des Nombré et Zaré, Souleymane Bah suit avec une attention faussement distraite la première de sa pièce, Sur la pelouse, qui évoque avec dérision les événements tragiques survenus le 28 septembre 2009 au stade de Conakry, lors de laquelle des manifestants avaient trouvé la mort et des femmes avaient été violées par les forces de l’ordre. Coiffé d’un chapeau, le metteur en scène enchaîne fébrilement les aller-retours entre la cour et l’arrière-cour de la concession. “On a travaillé dur sur cette pièce et c’est notre première représentation. J’observe le jeu d’acteur et la réaction du public. J’attends le meilleur de mes comédiens.”

Le « meilleur ». C’est sans doute le mot de prédilection de Soulay Thiâ’nguel, adepte de l’excellence. Lui-même assume son approche sans le moindre complexe, se revendiquant ouvertement de cette famille de metteurs en scène qui “bousculent” les comédiens lors de création d’un spectacle. “Il m’arrive de me mettre en colère et je ne le cache pas à mes comédiens. Je le fais pour la réussite du projet théâtral.” Une méthode qui lui a plutôt réussi jusque-là, si l’on en juge par le succès rencontré par ses créations. En avril 2012, sa pièce Les Châteaux de la ruelle a recueilli des critiques positives lors du Festival International de Théâtre du Bénin (FITEB). Les réactions positives des professionnels du théâtre après la représentation de Sur la pelouse, lors des 7e Récréâtrales, à Ouagadougou, le confirment également. Pour Israël Tshipamba, directeur du Tarmac des auteurs, “c’est un travail remarquable de mettre en scène un événement aussi douloureux sans choquer ni attrister le spectateur.”

“On n’a d’autres limites que celles qu’on s’impose”

Hadja Djariou Bah.

Rigoureux et méthodique : tous les comédiens qui jouent dans la pièce Sur la pelouse s’accordent à attribuer ces qualificatifs à Soulay Thiâ’nguel. “Nous l’avons surnommé ‘le tortionnaire’, précise en souriant Hadja Djariou Bah, qui tient le rôle de la brigadière. Ce n’est pas méchant, c’est juste qu’on a parfois l’impression qu’il nous en demande trop. Vous savez, nous, les comédiens, on n’aime pas forcément être bousculés.” Fatoumata Kouyaté, musicienne dans le spectacle, s’en accommode : “Ce n’est pas une méthode qui nous déplaît, car le résultat est là.”

Israël Tshipamba.

Israël Tshipamba considère lui aussi que la rigueur est nécessaire pour la réussite d’une mise en scène : “Il arrive souvent que l’on se trouve face à des comédiens qui ont besoin de savoir que le metteur en scène sait clairement où il va. Et quand on sait où l’on va, il n’y a pas de place pour la légèreté.” C’est ce que confirme Souleymane Bah, qui explique que seule la rigueur lui permet de réussir dans ses différentes activités, qu’il s’agisse de son travail de metteur en scène ou de sa carrière parallèle en tant que journaliste et consultant en communication, notamment pour les agences de l’ONU en Guinée. “C’est cette rigueur que j’essaie de transmettre à mes comédiens pendant la création d’un spectacle. En définitive, on n’a d’autres limites que celles qu’on s’impose”, reconnaît-il.

“Soulay Thiâ’nguel est l’un des meilleurs metteurs en scène en Guinée, conclut Hadja Djariou Bah. La plupart des étudiants en art dramatique rêvent que de travailler avec lui, justement en raison de sa méthode et de cette exigence. Personnellement, je viens de réaliser mon rêve.”

Eustache Agboton

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Du théâtre dans le théâtre

Il arrive que le théâtre se mette lui-même en scène. Aux Récréâtrales 2012, deux pièces ont ainsi recours à la mise en abime.

Martin Ambara.

Martin Ambara.

Dans la pièce Al Moustapha, des comédiens montent sur scène dans l’intention d’interpréter Le Prophète, de Khalil Gibran. Mais le personnage principal abandonne le texte initialement prévu pour lui substituer une autre partition. Une parabole satirique qui permet d’évoquer les relations parfois tumultueuses entre comédiens et metteurs en scène. “J’aime casser les codes. C’est mon style, je n’y peux rien”, se justifie le metteur en scène Martin Ambara.

À l’Institut français de Ouagadougou, Dandin in Afrika offre une autre illustration de la mise en abime. Des comédiens africains attendent leur metteur en scène européen pour entamer la répétition de Georges Dandin, de Molière. Mais à l’heure de commencer la répétition, une grande discussion s’amorce. Entre les préjugés du Nord et les réalités du Sud, le cocktail s’avère plus épicé que du gingembre, ancré sur la relation ambivalente qui lie depuis les indépendances descendants de colonisateurs et de colonisés.

"Dandin in Afrika".

"Dandin in Afrika".

La mise en abime est un procédé consistant à représenter une oeuvre dans une oeuvre du même type. Au théâtre, elle peut fonctionner ainsi : à l’intérieur de la pièce de théâtre A est jouée une autre pièce de théâtre B, une sorte de fragment en miniature qui fonctionne comme un miroir : c’est du théâtre dans le théâtre. Selon Luca Fusi, metteur en scène et comédien italien qui vit au Burkina-Faso, la mise en scène du niveau 3 qu’est la mise en scène personnalisée permet cela. “C’est une option de mise en scène dans laquelle le metteur en scène investit dans son travail sa lecture personnelle de la pièce et de son activité d’homme de théâtre”, explique-t-il.

Dans un cours de mise en scène le professeur Prosper Kompaoré note que “la mise en scène personnalisée recherche des images métaphorique renfermant la portée essentielle de l’oeuvre. Ce travail de métaphorisation peut se faire à partir d’un ensemble de signes scéniques ou d’élément de détail : diction, lumières, couleurs, mouvement, attitudes ou gestuelles des acteurs, costumes, masques, décors, ou autres effets scéniques.”

Ildevrt Meda.

Ildevert Meda.

Pour Martin Ambara, qui assume pleinement son parti-pris artistique, “le théâtre peut tout intégrer aujourd’hui. Et moi je suis du genre à faire du théâtre de tout, donc j’explore toutes les possibilités qui me sont offertes. Cette méthode n’a pas commencé avec moi. Depuis l’époque antique, nombre d’auteurs et de metteurs en scène ont eu à expérimenter cette technique.” À l’inverse, le metteur en scène burkinabè Ildevert Méda se montre circonspect devant ce procédé. “Une pièce doit garder son originalité et sa texture première. Ce mélange des genres tue petit à petit le théâtre et cela ne me plaît pas trop.”

Hervé Hessou

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“Je ne m’embarrasse pas d’artifices dans mes créations”

Entretien avec Abidine Dioari

Metteur en scène de “La danseuse de l’eau”, sur un texte de Jean-Pierre Guingané, Abidine Dioari revient sur cet hommage à son défunt mentor.

Dans quel contexte a été créé ce spectacle?

Abidine Dioari.

Abidine Dioari.

Ce projet de création s’inscrit dans le cadre d’un hommage à Jean-Pierre Guingané, décédé en 2011, aux côtés de qui j’ai fait mes armes à travers le Théâtre de la fraternité. Au sein de cet ensemble, j’ai participé à plusieurs créations. C’est donc avec enthousiasme que j’ai adhéré à ce projet qui nous tenait à coeur, à Jean-Pierre Guingané et moi. Il est l’auteur de la pièce et il devait y jouer comme comédien, tandis que je devais en assurer la mise en scène. La pièce devait marquer son grand retour sur scène après des années d’absence. C’était l’occasion de revoir sur les planches cet homme qui a tant apporté au théâtre burkinabè et africain. Malheureusement, Jean-Pierre s’en est allé deux mois avant le début du projet, alors que je travaillais sur mon intention de mise en scène. J’ai donc décidé d’aller au bout afin de lui rendre hommage. Dans le même temps, les Récréâtrales avaient une ambition similaire, d’où la programmation de la pièce lors de cette 7e édition. Nous sommes satisfaits du résultat et nous entendons poursuivre le projet en allant à Bobo-Dioulasso, à Lomé et à Niamey.

En termes de moyens, vous semblez avoir opté pour la sobriété. Qu’est-ce qui justifie cette option?

Vous évoquez certainement le décor et les costumes. C’est un beau constat mais pour moi, un acteur est bon ou il ne l’est pas. On n’a pas besoin de porter un képi pour camper un policier. Je suis resté fidèle à cette option au niveau de toutes mes créations. Je ne m’embarrasse pas d’artifices de scène. C’est ainsi que je vois les choses, c’est ma démarche artistique.

Pour cette création, vous vous êtes faire assister d’une comédienne béninoise, Mariam Dara. Quel a été son apport ?

Mariam Dara.

Mariam Dara.

Mariam Dara a été appelée sur le spectacle pour m’assister dans la mise en scène compte tenu de sa démarche, de son cursus, du rapport artistique que nous entretenons. Pendant un mois et demi, elle s’est mise à la disposition de l’équipe. Elle a apporté une contribution précieuse à mon travail parce que le plus dur, dans une mise en scène, c’est trouver un bon assistant. Celui-ci doit en effet faire preuve de patience et être à l’écoute du metteur en scène. Mariam a ces qualités, ce qui a facilité les choses. Son apport ne se limite pas au projet de mise en scène ; elle a porté un regard global sur l’ensemble de mes activités artistiques.

Kokouvi Eklou

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Le regard du patriarche

Sourire en coin, lunettes pendantes sur le nez, Jean-Pierre Guingané le patriarche, parrain à titre posthume de l’édition 2012 des Récréâtrales, regarde. Il regarde Étienne Minoungou aller et venir, attendant avec impatience l’arrivée du premier ministre ou agitant sa serviette au cou.

Du haut des panneaux d’affichage géants posés ici et là, il s’amuse du bas de pantalon troué de Luca Fusi, de la barbichette d’Ildevert Meda, de l’air empressé d’Alain Hema – qui s’imagine porter le monde sur ses épaules –, des cheveux hirsutes d’Étienne Minoungou, de la dégaine méphistophélique de Patrick Janvier, des comédiens de Naak Naak, qui parlent une langue comprise du pape seul, et même de moi, oui, de moi, votre serviteur, qui fête en ce jour mémorable la naissance de mon petit mousquetaire culturel !

Aïe! J.-P., comme ton regard est doux et piquant ! Du haut du ciel, continue à prier pour nous, pauvres comédiens, maintenant et même après la fin des Récréâtrales. Amen.

Mamadou Faye

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Tim Winsey, le génie créateur du Wassamana Groove

 Créateur du Wassana groove, Tim Winsey est un musicien “tradi-moderne”. Ce multi-instrumentiste, qui manie en virtuose l’arc-à-bouche comme la kora, a su puiser dans le vaste répertoire de son terroir afin de créer sa propre identité musicale. Un mélange de sonorités traditionnelles samo et de rock, aux sonorités envoutantes, qu’il a offertes au public des Récréâtrales 2012.

Ce samedi 3 novembre, des sonorités atypiques s’échappent de l’espace Feeren, l’une des salles de spectacle des Récréâtrales. L’homme qui en est à l’origine est assis sur une chaise, le micro ajusté à sa position. Tim Winsey manie de main de maître son arc-à-bouche face à une centaine de spectateurs béats. Ses doigts manipulent avec dextérité les bouts de bois qui composent l’instrument, tandis que ses pieds battent la mesure. L’homme semble faire corps avec son outil, dont il caresse la corde de manière amoureuse. Les projecteurs braqués sur lui font perler quelques gouttes de sueur qu’il n’essaye même pas d’essuyer, de peur d’interrompre le rêve dans lequel il a plongé ses spectateurs.

Âgé de 39 ans, Tim Winsey pratique l’arc-à-bouche depuis sa plus tendre enfance. Musicien virtuose, il entraîne les spectateurs dans un voyage à travers les richesses musicales africaines, combinant harmonieusement rythmes lents et d’autres plus soutenus. Les intonations de sa voix, tantôt aiguë, tantôt aussi faible que le murmure du vent, ajoutent à la magie sonore. Ce n’est pas pour rien qu’Étienne Minoungou, acteur, metteur en scène, directeur des productions Falinga et des Résidences panafricaines d’écriture, de création et de diffusion théâtrale, l’a reconnu comme “le virtuose incontesté de cet instrument immémorial, aux vibrations envoûtantes”.

Le public est sous son emprise. À sa demande, il bat des mains ou reprend les refrains, avant de replonger dans le silence lorsque Tim Winsey reprend le rythme ensorceleur de cet instrument de musique typique du peuple samo, dont l’origine, relève d’un mythe. La légende prétend que c’est pour mettre un terme à un conflit entre chasseurs et animaux qu’un chasseur samo a un jour décidé de transformer son arc et de briser sa flèche pour en faire un instrument de musique. Outre l’arc-à-bouche, l’artiste s’est aussi approprié la kora, dont il a appris les bases auprès du grand maître malien Toumani Diabaté. “La kora était en train de disparaître petit à petit et j’ai voulu la rencontrer et la ramener dans notre patrimoine culturel”, explique-t-il.

À ses yeux, les instruments de musique offrent une opportunité formidable aux artistes. Lui-même fait bénéficier de son talent différents spectacles de danse ou de théâtre. Il a notamment collaboré dès 1997 avec quelques grands noms de la danse, comme les chorégraphes burkinabè Salia Sanou et Seydou Boro. Cette étape marque un tournant décisif dans sa carrière. L’année suivante, il reçoit le 2e prix du concours chorégraphique interafricain à Luanda (Angola) pour la musique de la pièce Figninto, de la compagnie de danse contemporaine française de Mathilde Monnier, qui sera présentée sur de nombreuses scènes en Afrique, en Europe, aux États-Unis et en Asie. En 2001, la pièce Vin Nem, dont il a composé la musique, gagne à son tour un prix au Concours chorégraphique interafricain de Tananarive (Madagascar).

L’année 2004 voit la naissance de son premier album, Zessa. Deux ans plus tard, il rejoint le chorégraphe Serge Aimé Coulibaly pour travailler sur diverses créations. Riche de toutes ces expériences, Tim Winsey développe sa propre recherche vocale et musicale, inspirée de qui existe dans sa région natale. Il crée alors un style qui lui est propre, le Wassamana Groove, une fusion de rythmes samo et de sonorités rock caractérisée par des rythmes lents, d’autres plus saccadés, des pas de danses endiablés, un mélange d’instruments modernes et traditionnels. Tim Winsey s’entoure des meilleurs instrumentistes de Ouagadougou: Alain Nyame (basse), Ablo Zon (batterie), Seydou Sangare (guitares), Ben Kporha (claviers) et Simon Winsé (percussions).

Aujourd’hui, il est vénéré par la jeune génération d’artistes burkinabè. En témoigne le musicien Bonsa, qui voit en lui un exemple à suivre. “Il a choisi la route la plus difficile pour faire de la musique, à travers les instruments traditionnels, mais c’est la meilleure qui soit et c’est pour cela que j’ai beaucoup de respect envers lui”.

Elza Sandrine Sawadogo

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05/11/2012 Musique traditionnelle, récréatrales Comments Off

Shakespeare à la sauce africaine

“Le Songe d’une nuit d’été”, de Shakespeare, interprété par des comédiens burkinabè et nigérien: c’est le pari audacieux qu’a tenté la metteur en scène belge Isabelle Pousseur.

Le roi des fées, Oberon, en pleine concertation avec son acolyte Puck.

Le roi des fées, Oberon, en pleine concertation avec son acolyte Puck.

Bagarre entre prétendants rivaux. Dans la peau de Lysandre et Démétrius, les comédiens burkinabè Gérard Ouédraogo et Hyacinthe Kabré se battent pour demander la main de la belle Hermia (Safourata Kaboré). Egée, le père de Hermia (joué par le comédien Serge Henri) prend à témoin le duc d’Athènes, Thésée (interprété par Sidiki Yougbaré). Egée explique au duc que sa fille refuse d’épouser Démétrius, qu’il a pourtant choisi pour elle, car elle est amoureuse de Lysandre. Egée demande au duc qu’on applique à sa fille, si elle persiste dans son refus, l’ancien privilège d’Athènes : “C’est ou de subir la mort, ou d’abjurer pour toujours la société des hommes”. Devant un tel dilemme, les amants décident de s’enfuir dans la forêt.

Survient alors Héléna (Aminata Abdoulaye), amoureuse de Démétrius. Ayant entendu le projet des amoureux, elle le raconte à son tour à Démétrius, qui décide aussitôt de rejoindre la belle Hermia dans la forêt. Dans l’impossibilité de vivre sans Démétrius, Héléna s’enfonce à leur suite, suivie peu à près d’une troupe de comédiens amateurs préparant une pièce pour le mariage du duc Thésée. S’en suit un chassé-croisé où le roi des Elfes, Oberon (Sidiki Yougbaré) et Puck (Anatole Koama), un esprit malicieux et coquin à sa solde, prennent tour à tour en main la destinée des différents protagonistes. Telle est l’histoire, relativement complexe, de cette pièce jouée en français par des comédiens qui n’hésitent pas, parfois, à lancer des interjections et des mots en mooré, l’une des langues nationales du Burkina.

Lysandre, l’amant d'Hermia, déclare sa flamme à la belle Héléna...

Lysandre, l’amant Hermia, déclare sa flamme à la belle Héléna.

Cette adaptation à l’africaine de la pièce de William Shakespeare, la metteur en scène belge la doit aux artistes majoritairement burkinabè. Elle a laissé à ces comédiens la liberté de faire redécouvrir ce classique à travers leur culture et leur réalité : “J’aimerais, à travers ces acteurs, grâce à eux, rendre à ce texte de Shakespeare ce mélange d’étrangeté et de ‘pas inconnu’ Ils nous font entrevoir qu’une autre réalité existe, fuyante, mystérieuse et pourtant bien présente en nous. Comme si l’on sentait confusément la présence en nous – je le dis malgré le cliché – de l’Afrique, qui est le berceau du monde.”

Tout au long de la pièce, cette touche africaine est présente. Les comédiens arborent parfois des vêtements à base de feuilles. Ils chantent en langues nationales (en bissa et en san), exécutant des pas de danse au rythme d’un tam-tam africain… La forêt est constituée d’arbustes choisis parmi les espèces les plus répandues dans le pays (manguiers, neem, faux sapin, eucalyptus). On s’éclaire à la lampe torche ou avec la lumière d’un téléphone portable On est bien loin de l’univers originel de Shakespeare!

Servies par un jeu de lumières mélangeant pénombre, lumières tamisées et lumières vives, les différentes scènes de cette pièce à rebondissements sont autant de péripéties qui s’achèvent par trois mariages heureux. Une fin en douceur qui pousse le lutin Puck à s’adresser aux spectateurs par ces mots: “Ombres que nous sommes, si nous avons déplu, figurez-vous seulement que vous n’avez fait qu’un mauvais somme.”

Elza Sandrine Sawadogo

 

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“Un homme de culture ne peut pas mourir”

Parrain à titre posthume de la 7e édition des Récréâtrales , Jean-Pierre Guingané, le baobab de la culture burkinabè, se dresse au milieu du festival.

À l’état-civil, il est décédé en 2011. Mais dans le coeur des gens de théâtre, il est toujours vivant. Dans le cadre des 7e Récréâtrales, son ombre plane à chaque coin de rue. Son visage apparaît sur l’affiche officielle. Une journée spéciale lui est dédiée. Et l’une de ses pièces, La Danseuse de l’eau, est représentée. “Jean Pierre Guingané est encore parmi nous, car un homme de culture ne peut pas mourir”, témoigne le Burkinabè Issa Sinaré, de la compagnie Marbayassa. Assis à la buvette du Cartel, le siège du Festival, M. Sinar, chargé des relations avec le quartier, est lui aussi convaincu qu’un homme de culture est immortel. “ Durant ce festival, le nom, l’image et les écrits de Jean-Pierre Guingané circulent, témoignant de sa présence. ”

Ce professeur d’art dramatique a formé la plupart des responsables du Cartel, la structure organisatrice du festival. Il a créé la troupe du Théâtre de la Fraternité, ainsi que le Centre de formation et de recherche en arts vivants (Cefrav). Il est encore l’initiateur du Festival international de théâtre et de marionnettes de Ouagadougou (Fitmo). Son curriculum vitæ résonne comme une ode aux arts de la scène.

Sur l’affiche placardée à l’entrée comme à la sortie du village, son regard oblique et serein semble veiller sur le festival. Pour le metteur en scène et comédien Athanase Kabré, par ailleurs chef du quartier où se tient le festival, le professeur Guingané, chantre de la culture burkinabé et pionnier du renouveau théâtral au Pays des hommes intègres, est bel et bien présent lors de cette manifestation culturelle. “Il est encore là. Il nous accompagne, il nous parle et nous guide toujours”, confie cet homme de culture, lui-même formé à son l’école.

Du point de vue de la programmation, la présentation de sa pièce La Danseuse de l’eau, chez les Nikiéma, perpétue son oeuvre. Sur le plan de la réflexion, la journée d’hommage qui lui est dédiée est l’occasion d’un colloque intitulé “État des lieux du théâtre au Burkina”, qui se tiendra mardi 6 novembre à l’Espace culturel Gambidi, qu’il avait créé. Par ses oeuvres, ses créations, ses initiatives ou ses enseignements, l’éclaireur Jean-Pierre Guingané a balisé le chemin du développement de la culture au Burkina. Pour le metteur en scène Dani Kouyaté, “Guingané a su se battre à mort pour rester en vie dans cet immense champ de bataille que sont l’art et la culture, où il a fertilisé les chantiers futurs”.

Ousmane Mbengue

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Un festival dans les nuages

C’est par une parade que l’édition 2012 des Récréâtrales a été lancée officiellement vendredi 2 novembre à Ouagadougou, la capitale burkinabè. À l’occasion de cette 7e édition, le quartier Gounghin Nord, où est érigé le village du festival, a vibré aux rythmes des fanfares qui ont accompagné la procession inaugurale d’un évènement riche en couleurs, où un travail scénographique original suggère l’envol des éléments terrestres vers les cieux.

Vendredi 2 novembre 2012 en fin d’après-midi, la chaleur suffocante qui enveloppe Ouaga commence à s’estomper. Une parade marque l’ouverture officielle de la plateforme festival de la 7e édition des Récréâtrales. Une folle ambiance, rythmée par le vrombissement des vélomoteurs, règne à Bougsemtenga, le fief de la fédération du Cartel, organisatrice de l’événement.

À peine franchi le seuil du village du festival, une représentation scénographique étonnante, concoctée abattue par l’équipe de Patrick Janvier, de l’Académie régionale des arts scénographiques, nous plonge dans un univers céleste. Une équipe d’une quarantaine de scénographes a travaillé d’arrache-pied pendant plusieurs semaines pour suspendre divers éléments terrestres au-dessus des têtes des festivaliers.

Sur la route poussiéreuse en latérite qui dessert les différents lieux de représentations, des tubes de fer ronds couverts de tissus de différentes couleurs s’élancent vers le ciel. Ils abritent des lampes qui diffuseront une lumière soigneusement tamisée à la tombée de la nuit. À l’une des deux entrée du village, près du complexe scolaire Saint-Pierre de Kouka, des fenêtres en bois sont suspendues en l’air, accrochées à des cordes qui traversent la rue déjà en parade. Ce sont les répliques des vraies fenêtres de l’établissement. Un collège d’étude et de recherche a longuement concocté ce théâtre en mouvement, voué à « occuper l’espace» et à « dessiner des circulations ».

Un peu plus loin, avant d’arriver au premier carrefour à l’intérieur du village, des poissons, des oiseaux et des papillons en carton, mais aussi des pendrions, des perches ou des gradins sont suspendus à d’autres cordes. Au carrefour, une réplique de bateau fabriqué avec des tôles et une carcasse de voiture vient compléter le dispositif scénographique.

Au loin, sur la terre ferme, le son des fanfares se fait entendre. Les enfants trépignent et sautent de joie. Deux fanfares, l’une civile, l’autre militaire, rythment la procession des « Grands Hommes » de Boromo (une ville située à près de 200 km de Ougadougou). Il s’agit d’imposantes marionnettes habillées en vieillots, habitées par des manipulateurs qui éprouvent quelques difficultés à se mouvoir dans le fatras de cordes suspendues au-dessus de la rue. Des enfants cavaliers les suivent, ainsi que des motocyclistes qui soulèvent sur leur passage un épais nuage de poussière.

Le public exulte. La nuit commence tombe brutalement, et avec elle le village semble se métamorphoser. Le dispositif scénographique, dans la pénombre, se renouvelle et laisse apparaître différents jeux de lumières. L’ambiance est conviviale et festive. Venus de tous horizons, les festivaliers sirotent sodas et bières autour d’une assiette de brochettes. Entre deux espaces de représentation, les maquis débordent de monde. À La Cour des Miracles, à la Cave Couraogo, Chez Nabiga, passionnés de théâtre et habitants du quartier partagent boissons et « mangement » en attendant l’heure du concert inaugural, où le rappeur Smokey doit enflammer la rue.

Le village du festival est comme suspendu entre ciel et terre et dans l’air, dans une ambiance riche en sons, en lumières et en couleurs.

Mamadou FAYE

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Rébellion théâtrale

 Un comédien qui prend le contrôle d’une pièce, initiant une fronde contre son metteur en scène. Cette parabole des relations parfois conflictuelles entre les acteurs et ceux qui les dirigent est au coeur d’« Al Mustafa », une pièce de Martin Ambara représentée dans la cour des familles Bationo et Nadembéga dans le cadre des Récréâtrales 2012.

Dans la concession des Bationo et des Nadembéga, deux comédiennes habillées en Nkam (des tuniques originaires du Cameroun) accueillent les spectateurs d’Al Mustapha en disant un texte en canon. Une dizaine de torches sont allumées autours de la scène, située au milieu de la cour. Des trampolines et des barres de fer sont disposée de part et d’autres. Tout est prêt pour l’interprétation du Prophète, d’après l’?uvre du poète libanais Khalil Gibran. Publié en anglais en 1923, l’ouvrage est devenu un immense succès international, traduit dans plus de quarante langues. L’ouvrage combine les sources orientales et occidentales du mysticisme et présente, sous une forme poétique, questions et réponses sur les thèmes les plus divers posées à un sage qui s’apprête à quitter la ville d’Orphalese, où il habitait.

Survient un coup de théâtre. François Ebouélé Ekwélé, l’un des six comédiens présents sur scène, fausse toutes les répliques pour se focaliser sur le personnage d’Al Mustapha, un personnage tiré de l’?uvre de Khalil Gibran. Il déstructure la mise en scène sans toutefois provoquer de réaction de la part du metteur en scène. Délaissant le texte initial, l’instigateur de cette rébellion théâtrale entraîne à sa suite certains de ses collègues. « Le metteur en scène s’est envolé. Notre cachet s’est transformé en per diem », lance Bécky Beh Mpala, l’une des deux comédiennes de la pièce. Une satire, en somme, des relations parfois tumultueuses entre comédiens et metteur en scène. Mais ici, ce sont avant tout les « agissements peu catholiques » des metteurs en scène qui sont mis en exergue.

Le public se prend au jeu de cette mise en abîme. S’agit-il d’une véritable mise en scène ou d’une improvisation ? Pourquoi le metteur en scène ne réagit-il pas ? Un comédien peut-il tout se permettre sur scène sans l’accord de son metteur en scène ?… «J’adore l’approche de ce metteur en scène qui nous a fait tourner en rond pendant tout le spectacle », commente Norbert, un spectateur burkinabè. Thomas, venu de Belgique, a apprécié tout à la fois le jeu des comédiens, très physique, la scénographie, les jeux de lumière et la mise en scène en général, qu’il qualifie de «surprenante». «J’ai comme l’impression que ce metteur en scène aime l’expérimentation», ajoute-t-il.

Martin Ambara

Martin Ambara

«On a tous vécu des difficultés avec un metteur en scène, justifie Martin Ambara, dramaturge et comédien camerounais, qui a mis en scène Al Mustafa. C’est pour soulever le problème que j’en parle, mais à ma manière.» Pour lui, Al Mustapha relève d’un théâtre expérimental. «C’est mon adaptation personnelle de l’oeuvre de Khalil Gibran sur les notes de sagesse», conclut-il.

Certains puristes prennent leurs distance avec cette approche qui déroge aux canons du théâtre. « Casser ainsi les codes » reviendrait à leurs yeux à ne plus pratiquer du théâtre véritable. D’autres observateurs, en revanche, estiment que Martin Ambara n’est ni le premier ni le dernier à s’affranchir des règles existantes dans le but de renouveler le genre, à l’instar de son acteur rebelle.

Hervé Hessou

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Récréâtrales 2012: ramener le théâtre à sa base

Événement artistique d’envergure internationale, les Récréâtrales ont démarré ce vendredi 2 novembre 2012 dans une rue du quartier Gounghin Nord, à Ouagadougou. Pour ses organisateurs, cette manifestation innovante est porteuse d’une vision : ramener le théâtre à sa base, à sa dimension originelle d’espace de discussion sociale. C’est ainsi que cinq cours familiales accueillent les spectacles programmés…

Une scène des Récréâtrales 2012, installée dans une concession familiale...

Une scène des Récréâtrales 2012, installée dans une concession familiale…

L’édition 2012 des Récréâtrales investit les familles. Dans le quartier Gounghin, les espaces de vie des familles Bazié, Nadembéga, Nombré et Zaré, Bationo et Nikiéma se transforment en lieu de représentation des spectacles programmés. Dans la rue où est basée la fédération du Cartel, à l’origine des Récréâtrales, les cours des concessions occupées par ces familles ont été aménagées en salles de théâtre pouvant accueillir entre 150 et 300 spectateurs.

« La motivation première c’est que nous avons besoin de ce peuple là pour consommer ce que nous produisons, afin que nous puissions en vivre, précise le metteur en scène Ildevert Méda, l’un des initiateurs de cet événement. Il s’agit de conquérir notre premier public : celui qui vit avec nous, qui nous connaît et que nous connaissons. Ensuite, le public du quartier, de la ville et du pays. » Pour formaliser ce dispositif, les organisateurs et les populations ont mis en place des comités de quartier. Bruno Bazié se réjouit d’apporter sa contribution à ce concept original : « Je fais partie de ceux qui ont été sollicités lors de l’édition précédente. Cela nous permet de participer et de nous impliquer activement ».

Cette participation des populations est-elle bénévole ou fait-elle l’objet de subsides ? « Nous nous familiarisons avec le théâtre à travers les échanges, le partage, la solidarité et la communion avec d’autres personnes, et je puis vous affirmer que nous n’avons rien demandé en contrepartie, assure le sergent-chef Bationo, dont la concession abrite la pièce Al Mustapha. Nous sommes tous dans une dynamique de promotion du théâtre au Burkina Faso ! » M. Nazé Nikéma, dont la famille héberge le spectacle La Danseuse de l’eau, abonde dans le même sens. « Nous n’avons rien demandé en contrepartie car nous estimons tous que nous avons un devoir citoyen. Si c’était à refaire, je n’hésiterais pas à mettre la cour de ma concession à la disposition des Récréâtrales. » Une adhésion partagée par les trois autres familles impliquées : « C’est une bonne chose que le festival vienne à nous. C’est une démarche originale. »

Cette approche, si elle se généralisait, serait-elle susceptible de contribuer à la promotion du théâtre à l’échelle sous-régionale ? Pour le comédien malien Lamine Diarra, c’est une évidence : « La question fondamentale du théâtre, c’est le public. Et dans nos pays, le théâtre est circonscrit aux Instituts français, avec des implications financières qui le tiennent à l’écart les populations. Celles-ci ont du mal à débourser le prix du billet dans une situation de crise récurrente. On ne peut pas continuer d’imiter le théâtre occidental. Nous nous devons d’exceller dans une forme de théâtre qui se monte et se démonte partout. Moi je suis convaincu de la portée positive de cette démarche en Afrique. »

Youssoufou Diallo

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« La Danseuse de l’eau »

Quand danse, musique et théâtre se conjuguent

Créée en hommage à Jean-Pierre Guingané par les Productions Falinga, « La danseuse de l’eau » a été joué vendredi 2 novembre chez les Nikiema, dans le cadre des Récréâtrales 2012. Mise en scène par Abidine Dioari, cette pièce hybride, intègre la danse et la musique…

Ce vendredi soir, la cour des Nikiema est le cadre d’une représentation théâtrale particulière. Partie intégrante de la scène, un orchestre de cinq musiciens, installé côté jardin, égrène ses notes de musique bien avant le début de la représentation. Lorsque Mahamoudou Tindano et Paul Zoungrana, les deux comédiens, font leur entrée, la musique s’interrompt. Elle reprendra quelques minutes plus tard, accompagnée cette fois des pas cadencés des comédiens. Musique, danse et théâtre alterneront ainsi pendant une heure. Les spectateurs semblent apprécier cette formule hybride, à l’instar d’Angela, uns spectatrice ouagalaise pour qui l’histoire du petit Kira est rendue plus accessible par cette combinaison des genres.

Préoccupé par le manque d’eau potable dans toutes les régions du monde alors que, d’après sa maîtresse, les 9/10e de la planète sont recouverts d’eau, le jeune garçon se tourne vers sa grand-mère, N’Gandou, pour comprendre. Cette dernière lui raconte alors son histoire. Jadis, dans sa jeunesse, elle était Kobrani, danseuse de l’eau et princesse des Mers. De sa vie de princesse en quête de couronnement jusqu’à sa déchéance puis à son éloignement du royaume des Mers, en passant par ses deux triomphes au concours de danse dans le village riverain, N’Gandou explique à son petit-fils, au travers de danses et de chants rituels, que le manque d’eau est dû à cet éloignement.

Mission accomplie mais…

« J’ai eu cette idée de combiner ces trois différents genres artistiques car selon moi, c’était la seule façon de capter l’attention des spectateurs. Surtout quand on sait la place qu’occupent la musique et la danse dans leur quotidien », explique Abidine Dioari. Pour le metteur en scène burkinabè, au-delà de leur caractère esthétique, les différentes séquences musicales sont porteuses d’une certaine pédagogie. Elles participent du déroulement de la scène théâtrale, d’autant que des messages sont adressés à travers ces inserts. « La musique et la danse intégrées au théâtre ne sont pas des séquences isolées », estime-t-il.

Il n’en demeure pas moins que l’intégration de plus en plus systématique de la musique dans les pièces de théâtre suscite quelque inquiétude parmi les acteurs culturels burkinabès, qui jugent ce processus excessif. Pour les détracteurs de cette tendance, le texte théâtral en lui-même, doté d’un rythme propre, constitue déjà une musique. Ce rythme, il revient au metteur en scène de le partager avec le public. « Intégrer de la musique dans le théâtre est une bonne idée si cela permet de rendre le texte accessible, estime un metteur en scène présent aux Récréâtrales. Mais il ne faudrait pas que ce recours devienne une solution de facilité pour les metteurs en scène en panne d’inspiration. Sinon, d’ici quelques années, on risque de ne plus avoir de mise en scène professionnelle ».

Eustache Agboton

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Théâtre chez l’habitant

Entretien avec Étienne Minoungou, directeur des Récréâtrales

C’est l’une des singularités notables des Récréâtrales, le festival de théâtre qui se tient tous les deux ans à Ouagadougou. La majeure partie des représentations artistiques s’y fait loin des salles de théâtre conventionnelles, chez les habitants du quartier Bougsemtenga, à Gounghin Nord. Dans le cadre de ce festival atypique, les familles Nikiéma, Nombré, Zaré, Bourou et Bationo accueillent les spectacles dans la cour de leur maison. Directeur général des Récréâtrales, Étienne Minoungou y voit « une manière de restituer le théâtre aux populations ».

Étienne Minoungou, comment en êtes-vous arrivé à donner certaines représentations chez les habitants du quartier de Bougsemtenga?

Le Festival s’est installé dans ce quartier en douceur, de manière progressive, dans la concertation et l’adhésion la plus totale. Nous avons trouvé des populations très ouvertes et très intéressées par la chose théâtrale. Pour autant, l’ancrage des Récréâtrales dans ce quartier s’est fait dans un cadre formel de dialogue et de concertation entre les promoteurs que nous sommes et les représentants des différentes composantes de la population. Ce cadre, c’est le comité de quartier, dont la mission est de décliner un certain nombre de propositions et d’orientations pour l’enracinement des activités à Bougsemtenga. Les responsabilités mutuelles sont définies de part et d’autre et nous entretenons des relations de confiance avec la population du quartier. Nous avons travaillé pendant plus de six ans pour y installer le festival et toutes les forces vives se sont impliquées activement à nos côtés. Il y a une véritable adhésion des populations à ce que nous faisons. On constate une belle symbiose, une parfaite communion entre la vie des habitants et le projet artistique, parce que c’est ça, la culture. Dans les maisons où se déroule le festival, les femmes, les enfants, les adultes, tous vaquent à leurs occupations. Certains sont tranquillement assis, d’autres poursuivent leurs activités domestiques sans aucune contrainte…

Pourquoi avoir choisi de transformer des espaces de vie en espaces de représentation plutôt que de jouer ces spectacles dans des salles traditionnelles ?

Le théâtre fait partie du débat social. Dès l’origine, il est constitutif de l’espace démocratique. Autrement dit, il appartient au peuple et il constitue un miroir de la société. C’est pourquoi nous devons ramener le théâtre à sa base et à son lieu originel. En tant qu’espace de discussion sociale, nous ne devons pas le confisquer pour l’enfermer dans une affaire réservée aux artistes, aux spécialistes et aux intellectuels. Dérouler les spectacles dans les espaces de vie est justement une manière pour nous de restituer le théâtre aux populations. En nous installant dans ce quartier de Ouaga, nous restons en contact avec les populations, investissant ces espaces intimes pour en faire des espaces publics, des espaces de discussion sociale.

Aujourd’hui, les populations du quartier adhèrent à notre démarche et s’approprient le festival. Elles nous ouvrent les portes de leur maison avec respect, disponibilité et confiance, acceptant de nous confier une grande partie de leur intimité. Vous pouvez constater par vous-même cette mobilisation exceptionnelle qui traduit leur adhésion.

Dans ces espaces de vie transformés en lieux de théâtre, est-ce que le spectacle ne prend pas le risque de perdre sa spécificité ?

Bien au contraire ! Ces spectacles y puisent une forme d’originalité. Les spectacles joués sur des scènes conventionnelles ont la même valeur que ceux qui sont joués là, dans ces espaces de vie. Le théâtre, c’est un public et des comédiens ; il peut se jouer partout. Comme vous allez le découvrir, nous avons aménagé ces maisons en y installant le matériel nécessaire, avec l’implication et le soutien effectif des populations.

Propos recueillis par Ousmane Mbengue

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Suivez les Récréâtrales avec l’équipe de CULTUR1.3

AFRICALIA Belgium & MEDIAFRICA.NET conduisent depuis début octobre 2012 une formation en “journalisme culturel / Thêâtre”, sous le nom CULTUR1.3.
Il s”agit de la troisième promotion de ce projet d”Africalia pour le renforcement de journalistes culturels d”Afrique de l”Ouest dans la spécialité théâtrale, après Bamako en 2008 et Ouagadougou en 2010.
La promotion CULTUR1.3 comporte 8 semaines de cours en ligne sur le théâtre et sur les fondamentaux du journalisme, et un atelier résidentiel de 5 jours dans le cadre de la Plateforme Festival des Récréâtrales à Ouagadougou.
La formation en ligne en est actuellement à sa 5ème semaine, consacrée à “la mise en scène”.
Du 2 au 6 novembre se tiendra l”atelier résidentiel de la formation.
12 journalistes culturels de l”Afrique de l”Ouest (3 journalistes du Bénin; 4 journalistes du Burkina Faso; 1 journaliste du Mali et 4 du Sénégal) participent à cet atelier. Ils seront encadrés par deux journalistes formateurs: Fernand Nouwligbèto du Bénin et Mehdi Ba du Sénégal; Ildevert Méda, homme de théâtre burkinabé, accompagnera aussi l”atelier comme personne ressource et expert du monde théâtral.
Suivez cette équipe CULTUR1.3 et suivez les Récréâtrales sur le blog Cultur”Afrique.
Toute radio et média qui souhaiterait des compte-rendus et des articles ou des clips audio sur cet évènement culturel exceptionnel de création théâtrale en Afrique que sont les Récréâtrales, peuvent prendre contact avec la coordination de la formation en écrivant à cultur13@gmail.com

Les Récréâtrales 2012 - C’est parti !

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“Fatma”, seule comme quinze

Par Médard Gandonou

Elle a beau avoir fait le tour de l’Afrique, la pièce théâtrale Fatma, tirée de l’œuvre du dramaturge M’Hamed Benguettaf, suscite toujours l’intérêt du public, comme on a pu le constater aux Récréâtrales 2010, à Ouagadougou. La qualité de la prestation de Diariétou Keïta, l’unique comédienne de ce monologue mis en scène par Christophe Merle, y est pour beaucoup…

Incarner, seule sur scène, une quinzaine de personnages, tel est le tour de force que réussit la comédienne sénégalaise Diariétou Keïta, dans Fatma. Ce vendredi 5 novembre, à l’Espace Feeren, à Ouagadougou, la standing-ovation du public ne laissait pas planer le moindre doute sur l’époustouflante prestation de Diariétou Keïta, qui est parvenue à établir une communication émotionnelle avec le public des Récréâtrales, qui s’est laissé totalement emporter par son récit.

Dans cette pièce, Fatma ressasse les souvenirs d’un rêve inassouvi. Sur sa terrasse, elle rompt la douleur, longtemps intériorisée, de son espoir déçu d’une vie meilleure. Tout en se remémorant ce souvenir mortifère, elle revisite les tares de la société africaine. La condition de la femme, le regard porté par la société sur le célibat, la précarité des conditions de travail, la supériorité sociale de la classe politique, la perte des valeurs sociales, la fratrie en déconfiture… › Lire la suite

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Ouematou, l’homme-théâtre de Ouaga

Par Gilles Arsène Tchedji

Son portrait est gravé sur l’affiche des Recréâtrales 2010. S’il ne se produit pas sur les planches du festival ouagalais, Ouematou Alamyona est en lui-même un personnage de théâtre…

Au Burkina Faso, la campagne électorale présidentielle bat son plein. Et pourtant, sur les murs de la capitale, Ouagadougou, les affiches assurant la promotion de la plateforme festival des Recreâtrales semblent avoir pris le pas sur celles des différents candidats en lice. Dessus, un personnage atypique aiguise la curiosité et capte l’attention. L’air farceur, équipé de lunettes noires, de larges bretelles et d’une cravate kilométrique qui lui descend jusqu’aux genoux, il tient une canne massive à la main gauche et semble entamer un étrange pas de danse.

Dans la rue du Cartel, au soir de l’ouverture des Recréâtrales, un homme qui lui ressemble étrangement est assis à une table du maquis La Cour des miracles. Coiffé cette fois d’un chapeau à rayures aussi original que le reste de son accoutrement, il tient à la main sa surprenante canne, ornée et colorée. Autour de son cou, nouée sans grand soin, sa cravate démesurée nous confirme qu’il s’agit bien du curieux personnage de l’affiche des Récréâtrales. › Lire la suite

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Récréâtrales 2010: des festivaliers conquis

Par Kpénahi Traoré

Transporter le théâtre au sein des familles, faire du village du festival un vaste chantier scénographique… Ce sont les deux principales innovations qui ont attiré l’attention des festivaliers à l’occasion des Récréâtrales 2010.

Dieudonné Niangouna, comédien et metteur en scène

J’ai trouvé l’organisation de ces Récréatrales très intéressante, avec une très forte administration. Au niveau du public, le résultat est incroyable. Et le fait qu’on ait localisé le festival dans un quartier populaire permet de rendre accessibles l’art, la culture, et notamment le théâtre et ses composants. On a l’habitude de dire que tout le monde à le droit à la culture, mais en réalité ce droit n’est jamais assez appliqué. Les Récréâtrales 2010 sont une belle illustration de cette devise. Par rapport à cela, je trouve que c’est une vraie réussite. Concernant les créations théâtrales, elles ont été d’une force assez intéressante dans leur majorité. Mais il y en a d’autres qu’il faut retravailler. N’oublions pas que c’est un festival de théâtre, donc la primeur sera d’abord faite aux œuvres d’excellence. › Lire la suite

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Patrick Joseph expérimente “Incessants”

Par Christian Koné

La compagnie haïtienne Theatron, invitée pour la première fois aux Récréâtrales 2010, présentait “Incessants”, une tragédie écrite par Guy-Junior Régis, mise en scène par Patrick Joseph et interprétée par Iramène Destin…

Le spectateur qui prend place à l’Inafac pour la représentation d’Incessant est tout de suite frappé par la scénographie. Surpris par le décor, fait de vieilles planches de bois disposées de manière désordonnée, comme les débris d’une maison en bois après un séisme. Au milieu, un “jeune homme” au regard vide. Pensif, souffrant, il est sur un lit d’hôpital et tient à dérouler le fil de sa vie, pour lui-même. Car dans son interprétation, Iramène Destin oublie le public. La comédienne installe ce qu’on appelle “le quatrième mur” entre la scène et le public, comme si elle était seule et que le public n’existait pas. Mais ses pensées sont extériorisées. On apprendra que le jeune homme est accusé de meurtre, qu’il tente de quitter son île (Haïti?) clandestinement par la mer, en direction des États-Unis voisins. Pas de chance: il sera pris puis incarcéré à Guantanamo. En tentant de s’enfuir, il se fait tirer dessus. Il finira par être extradé vers son pays. Malade, sur son lit d’hôpital, il fait le récit de sa triste vie dans cet univers de planches désordonnées, comme son parcours. › Lire la suite

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