Rébellion théâtrale

 Un comédien qui prend le contrôle d’une pièce, initiant une fronde contre son metteur en scène. Cette parabole des relations parfois conflictuelles entre les acteurs et ceux qui les dirigent est au coeur d’« Al Mustafa », une pièce de Martin Ambara représentée dans la cour des familles Bationo et Nadembéga dans le cadre des Récréâtrales 2012.

Dans la concession des Bationo et des Nadembéga, deux comédiennes habillées en Nkam (des tuniques originaires du Cameroun) accueillent les spectateurs d’Al Mustapha en disant un texte en canon. Une dizaine de torches sont allumées autours de la scène, située au milieu de la cour. Des trampolines et des barres de fer sont disposée de part et d’autres. Tout est prêt pour l’interprétation du Prophète, d’après l’?uvre du poète libanais Khalil Gibran. Publié en anglais en 1923, l’ouvrage est devenu un immense succès international, traduit dans plus de quarante langues. L’ouvrage combine les sources orientales et occidentales du mysticisme et présente, sous une forme poétique, questions et réponses sur les thèmes les plus divers posées à un sage qui s’apprête à quitter la ville d’Orphalese, où il habitait.

Survient un coup de théâtre. François Ebouélé Ekwélé, l’un des six comédiens présents sur scène, fausse toutes les répliques pour se focaliser sur le personnage d’Al Mustapha, un personnage tiré de l’?uvre de Khalil Gibran. Il déstructure la mise en scène sans toutefois provoquer de réaction de la part du metteur en scène. Délaissant le texte initial, l’instigateur de cette rébellion théâtrale entraîne à sa suite certains de ses collègues. « Le metteur en scène s’est envolé. Notre cachet s’est transformé en per diem », lance Bécky Beh Mpala, l’une des deux comédiennes de la pièce. Une satire, en somme, des relations parfois tumultueuses entre comédiens et metteur en scène. Mais ici, ce sont avant tout les « agissements peu catholiques » des metteurs en scène qui sont mis en exergue.

Le public se prend au jeu de cette mise en abîme. S’agit-il d’une véritable mise en scène ou d’une improvisation ? Pourquoi le metteur en scène ne réagit-il pas ? Un comédien peut-il tout se permettre sur scène sans l’accord de son metteur en scène ?… «J’adore l’approche de ce metteur en scène qui nous a fait tourner en rond pendant tout le spectacle », commente Norbert, un spectateur burkinabè. Thomas, venu de Belgique, a apprécié tout à la fois le jeu des comédiens, très physique, la scénographie, les jeux de lumière et la mise en scène en général, qu’il qualifie de «surprenante». «J’ai comme l’impression que ce metteur en scène aime l’expérimentation», ajoute-t-il.

Martin Ambara

Martin Ambara

«On a tous vécu des difficultés avec un metteur en scène, justifie Martin Ambara, dramaturge et comédien camerounais, qui a mis en scène Al Mustafa. C’est pour soulever le problème que j’en parle, mais à ma manière.» Pour lui, Al Mustapha relève d’un théâtre expérimental. «C’est mon adaptation personnelle de l’oeuvre de Khalil Gibran sur les notes de sagesse», conclut-il.

Certains puristes prennent leurs distance avec cette approche qui déroge aux canons du théâtre. « Casser ainsi les codes » reviendrait à leurs yeux à ne plus pratiquer du théâtre véritable. D’autres observateurs, en revanche, estiment que Martin Ambara n’est ni le premier ni le dernier à s’affranchir des règles existantes dans le but de renouveler le genre, à l’instar de son acteur rebelle.

Hervé Hessou

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