Théâtre à l’imprimante 3D

La Compagnie (Cie)Feeren n’a pas essayé de démentir hier le dicton selon lequel on ne serait mieux servi que par soi-même. Dans la soirée des hommages à Amadou Bourou, son ex-directeur décédé en janvier 2010, la Cie Feeren a porté de nouveau sur la scène, Sarzan, une nouvelle de Birago Diop. Mise en scène par Amadou Bourou lui-même.

La pièce était jouée en 1994 par Amadou Bourou. Et elle fut encore portée sur la scène une décennie plus tard en 2004. Il s’agit de la dernière partie des Contes d’Amadou Koumbade l’écrivain sénégalais Birago Diop, mais contrairement au reste de l’oeuvre, ceci relève plutôt du genre de la nouvelle. Elle porte sur l’aliénation culturelle, les rapports à la tradition et les conflits entre modernité et tradition. De retour dans son village natal, le tirailleur Thiémoko Keïta, après avoir traîné sa bosse au Soudan français, au Sénégal, au Maroc, en France, au Liban et en Syrie, entreprend de civiliser le village de Dougouba par les réformes des croyances jugées désuètes. Sa mission civilisatrice échoue, le sergent Thiémoko sombre dans un délire sans fin et devient Sarzan-le-fou.

Le spectacle est plein de rythmes et d’une grande intensité ; la démence du sergent missionnaire joué par un Seydou Boro imposant sur scène, reste le clou de cette pièce avec cette déclamation captivante du poème “Les morts ne sont pas morts“.

L’objectif du spectacle de ce 23 octobre était de montrer au public le travail et, pourquoi pas, les qualités de metteur en scène d’Amadou Bourou en reproduisant sa mise en scène de l’époque, avec les mêmes acteurs (Alain Hema et Seydou Boro). Un espace presque dépouillé, une malle - qui servait de bagage charrie toute la truculente histoire aventurière de Thiémoko Keita et sa culture occidentale, et un escabeau mettaient en relief un environnement assez pauvre et la déchéance matérielle du sergent.

Néanmoins, la reproduction exacte, prétendument dans les mêmes formes, d’une mise en scène réalisée il y a 20 ans, laisse quelque peu dubitatif le spectateur. Si les acteurs ont pris vingt ans d’âge, on veut convaincre de la jeunesse de la mise en scène, que le même rythme, le même jeu d’acteur et la même esthétique, gouvernent encore cette disposition scénique.

Le théâtre n’est ni la télé, ni le cinéma ; et même si l’actualité du texte est indéniable, il n’en demeure pas moins que le regard du metteur en scène 20 ans plus tard, ne peut demeurer le même. Amadou Bourou aurait-il repris ce spectacle sans y apporter du nouveau ? Il est permis d’en douter.Il en est également du jeu des acteurs qui pourrait évoluer. Le théâtre se vit dans l’instantané des plaisirs des sens et se prolonge dans l’imaginaire du spectateur en dehors de la salle. On ne peut pas le refaire avec une imprimante 3D.

L’intérêt du spectacle Sarzan est donc vraisemblablement ailleurs que sur la scène de cette maison familiale. Il est à chercher dans la vanité des humains de restaurer la place d’un mort, de le faire revivre, dans l’illusion d’honorer sa mémoire. Les hommages ne sont en réalité que le fait des vivants ;ils concernent très peu les morts. Hier, la Cie Feeren aurait dû nous montrer une mise en scène qui nous prouve que les héritiers d’Amadou Bourou ont tout simplement dépassé le maître. Cela aurait été le plus bel hommage qu’ils lui eussent rendu.

Tony FEDA (TOGO)

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25/10/2014 Non classé

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