Sarzan, une fièvre cathartique

Le public aimanté par le spectacle

Le public aimanté par le spectacle

Les feux ardents du soleil se sont éteints sur Ouagadougou. Des projecteurs ont pris le relais de l’éclairage dans une habitation de Gounghin, siège de la 8e édition des Récréâtrales. Sous leurs faisceaux, une représentation théâtrale : Sarzan. C’est dans un mouvement de recueillement que le public s’installe. Ce spectacle de la compagnie Feeren a été suivie religieusement en hommage à son metteur en scène Amadou Bourou.

Deux cultures en conflit

Sur la scène se tiennent deux personnages. Dos au public, ils attendent que les spectateurs trouvent leur sa place, taisent leurs chuchotements et éteignent leurs téléphones. La trame de cette pièce montée il y a maintenant 20 ans raconte l’histoire de Thiemoko Keita, un tirailleur sénégalais envoyé en mission dans son village pour le civiliser selon les codes occidentaux qu’il avait acquis. Son projet n’a pas abouti. Face à son mépris des pratiques traditionnelles, les esprits offensés se sont ligués contre lui et l’ont rendu fou. Le destin tragique du missionnaire exprime toute la contradiction et la violence des méthodes coloniales. Aspirer l’âme d’un peuple et lui en insuffler une autre. Pourtant ne dit-on pas que la raison est la chose la mieux partagée ? La dominance absurde d’une culture dite supérieure sur une autre a foutu une transe au personnage.

Un reflet dans la rue théâtrale

Sarzan rappelle la nécessité du thème de cette édition qui est  « Tenir la main au futur, qu’il ne tremble pas, qu’il sourie ». Les cris de Sarzan ont retenti dans le décor lumineux de la tente dressée sur la scène. Ces cris d’abus de nos traditions ont sonné au fond de cette courée, à l’intérieur des spectateurs et sont sortis de la maisonnée. Ces cris d’angoisse ont sillonné la rue des Récréâtrales. On a entendu ses échos dans ces gourdes d’espoir illuminées ; sur ces parchemins porteurs de messages d’abnégation ; dans les sous-entendus dissimilés derrière des voiles multiformes ; et sous l’imposante statue métallique au milieu de la rue du théâtre. Dans une symbiose, le public a tenu pendant le spectacle la main de Sarzan. Elle tremblait certes avec tout son corps mais sa parole était lucide. La répétition des phrases est une insistance et une persistance de cohabitation culturelle dans notre société contemporaine. L’alternance entre la résistance et la faiblesse de son corps de fou battait la mesure de nos forces insoupçonnées… Et ses frémissements qui laissaient couler des ruisseaux de sueur entonnaient un hymne à notre réussite.

Hortense Atifufu (Burkina/ Togo)

24/10/2014 Non classé

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