« La malice des hommes” L’aura d’un comédien

Amado Komi en tenue de putshiste

Amado Komi en tenue de putshiste

A peine la représentation de La malice des hommes, une caricature des dictateurs africains du regretté Jean-Pierre Guingané mise en scène par Paul Zoungrana, avait-elle commencé dans la cour de la famille Bazié que les spectateurs se sont mis à pouffer de rire. La raison : un personnage a déjà eu la sympathie du public. Comment comprendre ce magnétisme ?

Une baguette de percussion tapote doucement sur une cymbale. Ensuite cinq personnages font leur entrée sur scène. Le premier a un pantalon trop tiré par des bretelles. Le deuxième porte une chemise à manches longues nouée au cou par une cravate et à la taille par une ceinture. Le troisième arbore une salopette barbouillée de peinture tandis qu’un ensemble moulait l’anatomie du quatrième. Et pour compléter la troupe de diseurs de mots, un petit personnage.

Le profil du personnage

La petite envergure de ce personnage est un parfait calque de présidents sur le continent à la même apparence physique fussent-ils morts ou vivants. La miniaturisation se perçoit également dans la petitesse de la réflexion de ces chefs autoritaires. Pendant le spectacle, le public a vite détecté l’ironie dessinée à travers un décalage important entre la fonction du chef, son comportement maladroit et son incompétence criarde. Plusieurs tableaux se sont succédé : un petit corps flottant dans un uniforme militaire grossièrement décoré ; un petit bout d’homme qui allonge sa taille par des estrades ; un minuscule physique qui ne remplit pas le fauteuil présidentiel ; un chef qui a une voix d’enfant, de castrat !

Amado Komi dans les bras d'Oliva Ouédraogo

Un rôle comme un gant

En plus de sa petite taille et de son physique filiforme, Amado Komi alias Vieux père incarnait et exprimait à la perfection le manque de personnalité de nos dirigeants ; son jeu d’acteur confirme la justesse et la perspicacité du casting. Tout comme le duo nigérian au cinéma Chinedu Ikedieze et Osita Iheme alias Aki et Paw Paw, comme Gohou Michel dans l’humour, Vieux père réussit depuis 2005 dans la comédie. Son visage d’enfant, son petit corps et son jeu d’acteur au théâtre sont des critères auxquels très peu de spectateurs restent insensibles. Dans ce spectacle, son petit poids a quelque peu aidé la mise en scène : marcher sur le dos de comédiens courbés et se faire porter dans les bras. Son interprétation courte a été renforcée par un autre personnage plus imposant. Et c’est là aussi l’intelligence de cette mise en situation qui a su exploiter les dispositions naturelles et artistiques du comédien. Amado Komi comme tous les autres artistes au physique ingrat suscitent d’emblée l’admiration. Sans doute à travers la maîtrise de leur métier, ils ne quémandent pas un regard de pitié mais attendent une considération méritée de la société.

Hortense Atifufu (Togo/Burkina Faso)

27/10/2014 Non classé

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