Rue Princesse : Danse cathartique pour fêtards contrariés

Dans une perspective peut-être cathartique de devoir mémoriel, la compagnie ivoirienne N’Soleh a porté sur la scène de l’INAFAC ce 26 octobre, à travers une comédie musicale, Rue Princesse, la trépidante histoire d’une rue fêtarde.

Les Danseurs dans un affrontement chorégrahié

Une chorégraphie d'affrontement entre les noctambules

Les villes ont chacune un quartier ou une rue célèbre où se déclinent les histoires individuelles des noctambules. La rue Princesse est la rue réceptacle pendant longtemps de la fête nocturne abidjanaise avant d’être démolie tout récemment sur une décision politique.

Un espace public, un capharnaüm de bars, des casiers et des bouteilles de bières, une orgie de néons, une vidéo, des gens assis, laissent sans doute entrevoir l’imminence d’une vive animation. Le décor planté ne laisse planer aucun doute sur l’agitation que draine cet espace. Puis comme dans un bal masqué, des gens déferlant de toutes parts, submergent le lieu. En avant la musique et… la danse !

La musique et la danse sur une scène orgiaque, des corps pris de convulsions délirantes, des expressions corporelles saccadées sur des rythmes de coupé décalé, des formes et des expressions explosent pour recomposer le paysage de la nuit urbaine. Liberté des formes, violation des convenances.

La Rue Princesse c’est la musique urbaine, le coupé-décalé, une musique d’ambiance au rythme trépidant, des notes bruyantes voire assourdissantes mais qui musicalement ne veulent pas dire grand-chose. Du bruit qui symbolise quelque peu notre attachement au monde factice, au Blig-bling.. : La Rue Princesse ne fait pas que porter sur la scène le pandémonium de la nuit festive abidjanaise. Le spectacle fait ressortir également le dérèglement moral de la société urbaine ivoirienne qui fait écho à la société de consommation, au phénomène de la mondialisation, au capitalisme et au libéralisme tout simplement.

La Rue Princesse, c’est le registre de la consommation de ce que la Côte d’Ivoire ne produit pas, les grosses cylindrées, le gaspillage, les dépenses folles, les extravagances des nouveaux riches. C’est aussi l’univers sadien, la sexualité sous toutes ses coutures, la lubricité, une philosophie du corps, d’où la présence de gays et de travestis.

Ordre moral

Un "travesti" qui pose fièrement dans la Rue Princesse

Un "travesti" dans la Rue Princesse

La démolition de la rue sur décision politique ne constitue pas seulement une destruction d’un lieu de vie reconnu pour sa qualité, c’est aussi une abolition de certaines libertés, une intervention de la police de la morale dans un domaine public qui autorisait des comportements réservés à la sphère privée de la vie. Une police des mœurs.

Ce spectacle symbolise donc une tentative cathartique de guérison par l’art des vies sevrées du plaisir.

D’où peut-être cette ouverture entreprise par les chorégraphes Massidi Adiatou et Jenny Mezile par le dépassement de ces écueils réducteurs du coupé-décalé, par l’envie d’aller voir ailleurs. Ainsi convoquent-ils les musiques urbaines des cités noires de New-York ou de Chicago, le smurf, les battles, mais également les danses modernes à l’instar du “moon walk” de Michael Jackson, et e la danse à claquettes de Fred Astaire des années 50 à Hollywood.

Avec La rue Princesse, les chorégraphes Massidi Adiatou et Jenny Mezile renouvellent la comédie musicale et se démarquent nettement des productions actuelles en laissant libre cours à l’expression corporelle. Cette comédie musicale est promise à un bel avenir. Peut-être que la danse contemporaine africaine qui cherche désespérément un public, un public africain qui la boude à cause de l’hermétisme de ses codes, son inclination au tragique devrait s’inspirer de la fraîcheur et de la bonne humeur de ce type de spectacle ?

Tony FEDA (TOGO)

29/10/2014 Non classé

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