Théâtre : Wakeu Fogaing, le jeu au premier dégré

Waku Fogaing jooue Milo Kan

Waku Fogaing joue Milo Kan

Mots crus, scènes obscènes, gestes à la limite de la pornographie, violences. Dans e spectacle « Mémoire d’une peau » joué chez les Nombre et Zaré ce 27 octobre 2014, le comédien camerounais, WakeuFogaing a tout fait pour choquer. Et le moins qu’on puisse dire est qu’il a réussi.

Ç’aurait été une erreur de se fier à la sobriété de la scénographie du spectacle « Mémoire d’une peau » pour en déduire qu’il est conseillé à tout public. En fond sonore, on entend pianoter sur une machine à écrire. Le sol est décoré par des carreaux blancs et noirs en alternance et des petits tabourets étaient disposés de part et d’autre de la scène. WakeuFogaing, l’unique comédien est couché à même le sol.

Lumière. Pendant une heure, Milos Kan, le héros narrateur, racontera dans un rythme soutenu, sa journée de « lundi comme un autre ». On apprendra alors comment, albinos, il « naît à la porte des adultes d’une mère discontinue et d’un père volage ». On apprend également combien il aime l’alcool, les femmes et les plaisirs qui vont avec. Des meurtres qu’il commet par « vengeance ou par curiosité » à ses aventures extraconjugales, on apprend à accepter au fil du spectacle la particularité de cet être très étrange.

On savait très tôt que Milos Kan était un être auquel « la vie n’a pas fait de cadeau » parce qu’il est albinos. Mais on sera surpris de voir comment il répondait à la vie. Les mots qu’il utilise, les descriptions qu’il fait de ses scènes de « baise » avec des femmes rencontrées au hasard de soirées arrosées avec ses collègues de travail. Dans ce spectacle où le sexe est présenté avec banalité, le comédien ne porte pas de gant et choque volontairement comme s’il voulait se venger d’avoir été tant discriminé.

La relation tumultueuse qu’il entretient avec son épouse qui est la seule femme qu’il n’a pas « entièrement démonté » est aussi exposée sans artifice. On remarque dans les échanges de l’antipathie poussée dans ce couple marié depuis 20 ans, qui se supporte à peine mais qui à la fin se promettra encore de faire 20 ans ensemble. Ces meurtres aussi sont décrits avec une violence à faire froid au dos.

Au final, si l’objectif du personnage était de choquer autant que la vie l’a blessé, on ne devrait rien trouver à reprocher à la mise en scène du camerounais Kouam Tawa qui a adapté le livre posthume et presque autobiographique de l’écrivain guinéen, Williams Sassine. A part les trous de mémoire et le jeu approximatif à certains endroitsdu comédien qui tenait par ailleurs le rôle d’une quinzaine de personnages. D’ailleurs, à la fin, les très jeunes pensionnaires du Prytanée militaire du Kadiogo ayant massivement effectué le déplacement étaient partagés entre dégoût pour le personnage et le sentiment presque affiché de n’être pas à leur place.

Eustache Agboton (Benin)

29/10/2014 Non classé

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