Violation de domicile

Par Frédéric Ilboudo (Texte et photos)

Bloody Niggers! est un coup de poing porté au visage de la bonne conscience occidentale, qui pourfend tour à tour les États-Unis d’Amérique, une nation née sur le génocide des Amérindiens et qui a, plus récemment, déclenché le feu atomique contre le Japon tout en déversant des tonnes de napalm sur le Vietnam; la Belgique et son cortège de massacres dans le Congo colonial; mais aussi la France des Lumières, berceau des droits de l’homme, dont on oublie trop souvent que nombre de ses intellectuels, présentés comme des modèles d’humanisme, exprimaient un racisme caricatural.

Dans ce contexte, plus d’un observateur pouvait s’exprimer surpris d’une prise à partie aussi violente dans l’enceinte… du Centre culturel français (CCF) de Bamako! “Une telle pièce ne passerait pas dans un pays africain si les acteurs faisaient montre d’une même virulence à l’endroit de ce pays-là”, estimait un spectateur à la sortie du spectacle.

Morceaux choisis: “La France de Sétif, de Thiaroye et de Bisesero. La France des massacreurs. La France des barbouzes et des réseaux mafieux. Un pays des droits de l’homme qui parraine des tyrans aux mains pleines de sang, aux poches remplies de rapines. La France de Foccart et d’Eyadema, de Giscard et de Bokassa, de Mitterrand et d’Habyarimana, de Bob Denard, Sassou, Bongo et confrères. La Françafrique. Notre ennemi le plus tenace!”

Représenter Bloody Niggers! dans un CCF, c’est en quelque sorte une violation de domicile. Ce geste, seuls les pays dits “à démocratie avancée” peuvent le tolérer, soit par cynisme (“Le chien aboie, la caravane passe”), soit pour faire véritablement la preuve de l’enracinement dans leurs mœurs d’une véritable liberté d’expression. En serait-il allé de même, à circonstances équivalentes, dans un Centre culturel malien, burkinabè ou togolais? Il est permis d’en douter.

La même interrogation vaut pour la Belgique, dont certaines institutions ont financé la création de la pièce. Ce pays, lui aussi, en prend pour son grade dans ce texte à la fois provocant, sinon injurieux par endroits, sans parler des offenses à la couronne qu’il recèle: “À moins que pour rendre justice aux Congolais, il suffise de raser la famille royale. Après tout, les pires atrocités ont été commises au temps du royaume du Congo, naguère propriété privée du Roi Léopold II. On pourrait, par exemple, faire planter du caoutchouc dans le parc de Laeken à Philippe, Albert et Laurent, sous la garde d’une bonne machette. On coupera tout de suite les mains de Fabiola dont le rendement, de toutes façons, ne satisferait personne. Paola sera placée dans un lupanar du port de Matadi pendant qu’Astrid et Mathilde combattront la solitude des guerriers Maï Maï dans le maquis de l’est.”

Sans commentaire!

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