Noirs et Blanc

Par Tony Kwami Feda
Photos: Compagnie Deux Temps Trois Mouvements

Le metteur en scène burkinabè Hassane Kassi Kouyaté remet au goût du jour la question des divisions raciales et de l’amitié entre les peuples à l’occasion d’une présentée jeudi soir 4 décembre aux Quartiers d’Orange de Bamako: “Maître Harold”.

Port Elizabeth. L’Afrique du Sud des années dures de l’apartheid. La scène se passe au salon de thé “Le Parc Saint-George”, entre le blanc Harold, dont les parents sont propriétaires du lieu, et les deux domestiques noirs de la famille: Sam et Willie. En fond sonore, une musique d’inspiration noire: le be-bop, le jazz de Louis Armstrong, Coltrane, Duke Ellington, et le blues. Joie, gaieté, spleen et mélancolie.

Les parents d’Harold sont souvent absents. Sa mère passe son temps à courir derrière un mari qui termine ses journées dans la bouteille. Le petit Harold – “Harry” pour les domestiques – grandit à l’ombre de ces derniers, qui lui enseignent la culture et la musique noires. En contrepartie, Harry les instruit sur ce qu’il apprend à l’école. Un grand amour, une parfaite osmose, unissent les trois personnages. Mais les relations humaines évoluent et laissent parfois apparaître, derrière une apparente harmonie, un rapport de dominant à dominé. Au cours d’une altercation, Harry flanque une gifle à Sam, lequel lui rappelle qu’il a comblé l’absence d’un père irresponsable, contribuant à l’élever.

Inspiré de l’enfance de l’écrivain sud-africain Harold Athol Fugard, qui réside aujourd’hui aux États-Unis, la pièce Me Harold (Maître Harold) aborde la question du racisme: un thème tellement ressassé que le risque est grand de le banaliser. En filigrane, la pièce nous fait percevoir toutes les injustices qui se dressent dans les relations humaines: l’altérité, la mondialisation, les inégalités économiques ou politique, les relations Nord-Sud…

Avec une scénographie réaliste, simple, aux lignes claires, que la musique noire et les danses font ressortir, la mise en scène repose essentiellement sur le jeu des acteurs. Ces comédiens de grand talent, dont le jeu prend aux tripes, savent à merveille communiquer toute la joie et la tristesse de cette pièce. Qu’il s’agisse du Français Julien Favart, dans le rôle d’Harold, ou encore du Togolais Beno Sanvee et de Hassane Kassi Kouyaté, dont les valses et les swings évoquent la joie de vivre des noirs dans les townships, malgré les lois sauvages de l’apartheid.

L’apartheid est mort il y a à peine deux décennies. Il semble pourtant si lointain au regard des réalités africaines. En cela, Maître Harold semble un pari risqué de la part du metteur en scène burkinabè. Monter une pièce dont la toile de fond paraît si datée n’est-elle pas une gageure? Par le miracle de la mise en scène et le talent des comédiens, cet écueil est évité. L’enthousiasme des spectateurs est au rendez-vous, alors que, de l’aveu même de Hassane Kouyaté, on lui avait prédit en France que ce n’était pas un spectacle pour le public africain.

Existerait-il un théâtre qui ne serait valable que pour un public spécifique, qu’il soit européen ou africain?

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