Désir d’ailleurs

Par Frédéric Ilboudo (texte et photos)

À Bamako, le Festival “Théâtre des Réalités” a choisi pour thème central de sa neuvième édition: “Migrations et migritudes”. Une problématique qui est aussi au cœur du programme d’action de l’Association des expulsés du Mali (AEM). Jeudi 4 décembre, le professeur Harouna Barry, sociologue et conseiller à la présidence de la République du Mali, animait aux Quartiers d’Orange, l’un des centres névralgique du Festival, une conférence intitulée: “Diversité culturelle et migration”. Une occasion de démystifier, à l’intention de la jeune génération, l’illusoire désir d’ailleurs qui lui tient lieu d’horizon.

L'entrée des Quartiers d'Orange, à Bamako

L’Afrique se vide. Chaque jour que Dieu fait, sur leurs pirogues de fortune, ils sont des milliers à se fracasser le nez et à se déchiqueter la peau sur les murs et les barbelés de Ceuta et Melilla. Un phénomène qui, en Afrique de l’Ouest, inquiète.

Que peut-on faire pour interrompre l’hémorragie humaine qui voit le continent africain se vider de ses forces vives, tel un corps de son sang? Et pour ceux qui sont partis, comment vivre en symbiose dans leur pays d’accueil? Est-il possible, là-bas, de ne renier ni ses racines ni sa culture? Prévue comme une conférence, l’intervention d’Harouna Barry a surtout donné lieu à un partage d’expériences, à un échange à bâtons rompus. Durant cette discussion animée, les plus jeunes ont regardé leurs aînés droit dans les yeux. Ces derniers, forts de leur expérience et de leur vécu, leur ont transmis leur savoir. Les échanges ont interrogé le passé, balayé le présent, avant de se projeter dans l’avenir.

Le professeur Harouna Barry

On a ainsi appris que les fils d’Afrique n’ont pas toujours émigré vers l’Occident. “La Première République malienne avait interdit les migrations, parce que le pays avait besoin de ses fils, rappelle Harouna Barry. Quand, le 22 septembre 1960, Bazoumana Sissoko déclame, dans une centaine de chansons, pour demander aux Maliens de rester pour construire le pays, cela correspond à l’idéologie politique de l’époque.” En ce temps-là, des efforts visaient à fournir du travail aux populations; des plans quinquennaux soutenaient cette politique. Ce qui n’empêche pas que certains peuples africains, par tradition, sont migrants.

Accepter l’autre tel qu’il est
L’ampleur prise par le phénomène migratoire pose aujourd’hui la question de la diversité culturelle. “Si un Sénoufo part vivre dans une société bambara et qu’il mange de la viande de chien, on dira qu’il n’est pas normal. Parce qu’en pays bambara, la viande de chien est impropre à la consommation.” Une situation qui est susceptible, comme on le voit, de se poser non seulement entre l’Afrique et l’Occident, mais aussi au sein du continent: entre deux pays, voire entre deux villages d’un même pays. Un proverbe mossi dit que “si tu va dans un pays et que tu trouves que les habitants marchent sur la tête, il te revient de t’y adapter”. Ce qui fera dire au conférencier: “Il faut que chacun accepte l’autre tel qu’il est, avec toutes ses différences.” Harouna Barry fera toutefois remarquer que, s’il est important d’encourager le droit à la différence, il faut dans le même temps travailler à la convergence. Il considère en tout cas qu’il est possible d’émigrer sans se renier, ni renier ses racines.

Alassane Dicko, de l'Association des expulsés du Mali

Des membres de l’Association des expulsés du Mali feront des intervention très remarquées. Il y a en moyenne cinquante expulsions par mois de l’Occident vers le Mali. Refoulé de Belgique en 2006, Alassane Dicko se consacre, depuis son retour, à la défense de ces Maliens privés de tout droit parce que sans papiers. Un programme de sensibilisation est élaboré par son association pour démystifier l’illusion du “mieux-être ailleurs”. À travers l’échange de témoignages, les sketchs ou encore des projections des films, l’AEM s’efforce de valoriser l’individu au plan local pour dissuader les jeunes d’émigrer. Alassane Dicko estime “pouvoir appuyer les autorités afin de permettre à la jeunesse malienne de prendre conscience des réalités de terrain”.

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Un commentaire to Désir d’ailleurs

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