Mort pour un os

Par David Sanon
Photos: Frédéric Ilboudo

Dans la nuit noire de Sabalibougou, charmant quartier populaire de la ville de Bamako, une longue file de personnes exténuées traverse les spectateurs pour rejoindre la scène, qui représente un camp de réfugiés. Tandis qu’ils s’installent, une ambiance festive s’empare du camp où une tente rapiécée sert à la fois d’école, d’église et de mosquée. Autour de la petite orpheline Doroto, une vendeuse de dolo, la communauté, traquée par la guerre, reprend goût à la vie.

Mise en scène par Issaka Sawadogo, la pièce est l’adaptation du conte L’os de Mor Lam, du Sénégalais Birago Diop. Ce récit dénonce des tares telles que l’égoïsme et le nombrilisme entre deux personnes tenues par des engagements sociaux antagonistes. La fraternité de case, encore appelée “bokk nbar”, est plus forte que la fraternité de sang. Circoncis sur le même mortier, les deux personnages sont obligés de se soutenir et de se rendre mutuellement secours.

Élu meilleur acteur au Fespaco 1991, pour sa prestation dans le film Wendemi, et meilleur second rôle africain en 1998 pour Silmandé, Abdoulaye Komboudry revient au théâtre après dix-sept années d’absence. Il tient dans cette pièce le rôle d’“International”, celui vers qui tout le monde se tourne en cas de problème. Issaka Sawadogo, qui signe l’adaptation, l’a placé dans un camp de réfugiés où la solidarité est la règle. “International”, Hilaire le boxeur, Boussanga le lépreux, Dicko le musicien, Ousmane l’artiste, Wembley le cordonnier et Doroto la dolotière qui rêve de faire du hip-hop y vivent en bonne intelligence. Ils tournent toutes les situations difficiles en dérision pour tenir le coup, même si Boussanga souhaite aux autres d’être lépreux et que Dicko le Peul se fait enquiquiner de temps à autre du fait de ses origines.

Le son chaloupé de la guitare de David Zoungrana (Dicko) et la flûte traversière de Wabinelé Nabie (Wembley) impriment au camp une ambiance apaisante. C’est cette vie-là que reniera Mor Lam, qui remettra en cause les fondements mêmes de sa société. Pour lui, la solidarité ne fait pas le poids devant la gloutonnerie.Un jouir, les jeunes du camp partent chercher le taureau pour le “tong tong”, qui consiste à tuer un animal pour le partager entre tous les membres de la communauté. Awa, l’épouse de Mor Lam, et son amie Oumou, la vendeuse de galettes qui a été violée par des soldats, n’ont pas mangé de viande rouge depuis plus de vingt ans. Elles attendent avec impatience l’arrivée du taureau. Leur causerie prend fin avec l’arrivée de Mor Lam, qui chasse Oumou, espérant ainsi déguster seul l’os du jarret qu’il a reçu en partage après avoir passé des nuits et des nuits à l’imaginer dans ses rêves.

Il n’aura pas l’occasion de savourer ce festin solitaire car son frère de sang, Moussa M’Baye, lui rend une visite inattendue. Malgré ses efforts, Moussa ne parviendra pas à établir le dialogue avec son “plus que frère”, qui mettra tout en œuvre pour le chasser. Mor Lam esquive toutes ses questions et feint l’amnésie quand Moussa lui rappelle les plus beaux moments de leur passé de talibés. Fâché par l’attitude de son frère, Moussa décide alors de s’installer chez lui pour de bon. La bêtise humaine entre en jeu et, inexorablement, précipite Mor Lam vers la tombe.

Awa tentera bien de sauver son mari mais ce dernier, aveuglé par l’égoïsme, demeure indifférent. Il paiera de sa vie d’avoir ainsi enfreint les règles sociales. Autour de sa dépouille, les prières prononcées pour le repos de son âme manqueront de dégénérer en conflit de religion. Comme quoi les humains auront toujours du mal à s’entendre sur l’essentiel.

Cette pièce très comique, où l’on rit jusqu’aux larmes de situations pourtant graves, transmet aussi un message d’espoir à travers le personnage de Doroto, cette orpheline qui s’accroche à son rêve: apprendre pour s’améliorer. Au sortir de L’os de Mor Lam on aura retenu que, comme l’écrit Birago Diop, “quand ramasser devient facile, se courber devient difficile”.

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2 commentaires to Mort pour un os

  1. L´Afrique doit enfin ouvrir les et prendre en main son destin.
    L evolution n´est une question de race. C´est une volonte qui se trouve simplement dans la vie de chacun sur cette terre.
    Car on dit que:Le cultivateur qui,en saison des pluies implore le ciel sans prendre la daba. Mourra de faim quand les autres manges a leur faim.Simplement par ce qu´ils ont joint a leur imploration vers les dieux la force de leurs bras sur le champs.Organisons nous. Africain.On Peux.

  2.    Issaka Sawadogo le 26/11/2009
  3. (ouvrir les yeux)

  4.    Issaka Sawadogo le 27/11/2009

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