La mort dans Lam

Par Fatou Kiné Sène
Photos: Frédéric Ilboudo

Dans “L’os de Mor Lam”, dont une représentation s’est tenue jeudi 4 décembre au Centre culturel Karim Togola de Sabalibougou (Bamako), le metteur en scène burkinabè Issaka Sawadogo ne s’est pas contenté d’adapter pour le théâtre le conte du Sénégalais Birago Diop: il y a ajouté une dose de contemporanéité. Tout en restant fidèle à cette dénonciation de l’égoïsme humain, il en a actualisé le récit.

Fuyant les massacres, des villageois traversent le public pour rejoindre, sur la scène, un camp de réfugiés. Ils ont traversé les pires épreuves. Cela se lit dans leur regard, sur leurs visages recouverts de poussière ou encore sur leurs habits devenus haillons. Oumou, en commérage avec sa voisine Awa, l’épouse de Mor Lam, raconte ces horreurs. Elle parle de corps déchiquetés et compare ces massacres au partage d’un bœuf. Sur scène, une case faite de sacs de riz sert à la fois de mosquée, d’église, d’école et de maison. À côté, des huttes dressées pour délimiter l’espace, ainsi que des ustensiles de cuisine qui serviront à cuire l’os de Mor Lam.

Malgré cette toile de fond dramatique, la pièce sait distiller les touches comiques. Les personnages se regroupent souvent autour d’une bière locale, nous faisant partage leur vie en communauté. Nous faisons peu à peu connaissance avec “International”, le médiateur du groupe, Hilaire, le boxeur, Boussanga, le lépreux, Wembley, le cordonnier… Dicko, le musicien, et Doroto, l’orpheline qui veut à tout prix chanter du hip-hop, contribuent pour leur part à la musique de la pièce. Lors de leurs discussions fusent des phrases tantôt rigolotes, tantôt incendiaires. Et lorsque le lépreux Boussanga prie pour que tout le monde se retrouve affligé du mal qui le frappe, cela provoque l’ire d’un public venu nombreux. Le ménage linguistique entre des expressions en wolof, en mooré, en dioula ou en français ajoutent par ailleurs une richesse esthétique à la pièce. Mais L’os de Mor Lam est avant tout servi par la prestation des comédiens.

Quant à l’histoire, elle offre une parabole sur l’égoïsme. Après avoir reçu en partage un morceau de bœuf bien gras, Mor Lam demande à sa femme Awa de le cuire “doucement, lentement, jusqu’à ce qu’il soit bien ramolli”. Allongé sur une natte, au milieu de la cour, focalisé sur le festin à venir, il surveille de près la marmite sur le feu tout comme l’entrée de la maison, soucieux que personne ne s’approche de sa demeure. Mor ne répond même plus aux salutations des voisins.

C’est sans compter avec son “Bokk Mbar”, Moussa, qui choisit ce moment pour venir lui rendre visite. Dans son boubou en pagne traditionnel, Mor tente par tous les moyens de renvoyer Moussa. Malgré le rappel par Moussa des liens de sang qui les unissent et des expériences endurées en commun lors de leur circoncision, Mor ne veut rien entendre. Il refuse de partager sa natte avec ce frère, allant jusqu’à dissuader Oumou de lui servir de l’eau ou même de lui sourire. Plutôt mourir que de partager son os! Awa aura beau tout tenter pour sauver son mari, celui-ci, seulement guidé par son avarice, préférera aller jusqu’au bout.

Au-delà de cette morale universelle, Issaka Sawadogo nous offre un regard ironique sur les tiraillements vécus de nos jours entre les adeptes des différentes religions. Musulmans, catholiques ou animistes, tous veulent prier par rapport à leur croyance. Ces rigidités identitaires éclairent peut-être les raisons qui ont amené la guerre dans les villages que ces réfugiés ont dû abandonner derrière eux…

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Un commentaire to La mort dans Lam

  1. Merci mes chers compatriotes des planches. Je suis tres ravi de votre article sur le spectacles.Et je voudrais vous courages et merci.

  2.    Issaka Sawadogo le 27/09/2009

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