Leila Toubel, la grande voix de l’Apocalypse

Par Gilles Arsène Tchedji

Auteure, actrice, comédienne et dramaturge, Leila Toubel est l’une des grandes figures du théâtre tunisien. Son dernier texte, The End, mis en scène par son compatriote Ezzeddine Gannoun, témoigne une fois encore de la grandeur de son talent. Portrait d’une femme vouée au théâtre et d’une plume engagée.

Leila Toubel est l’auteur de la pièce de théâtre The End, qui a été présentée au public ouagalais vendredi 5 novembre à l’occasion des Récréâtrales 2010. “J’ai commencé très jeune à faire ce métier, raconte cette comédienne aussi singulière que son écriture. À 13 ans, je faisais mes premières scènes dans le théâtre scolaire.” C’est en 1990 qu’elle débute véritablement, aux côtés du metteur en scène tunisien Ezzedine Gannoun. “J’ai débarqué au Centre de formation internationale arabo-africain El Hamra, à la suite d’une audition ouverte aux comédiens. J’ai réussi le test, et cela a abouti à cette rencontre avec Ezzedine Gannoun. Notre aventure commune dure depuis vingt ans maintenant.” Leila Toubel décide en effet d’intégrer le Centre arabo-africain El Hamra, trouvant là  “un terrain fertile”.

Amoureuse du théâtre jusqu’au bout des ongles, la comédienne ne vit que pour les planches. “J’étais déjà fascinée par la magie de cet art, raconte-t-elle avec enthousiasme. J’avais envie d’en faire mon métier. J’ai l’amour du théâtre: être sur scène, écrire, diriger des comédiens, des metteurs en scène, des dramaturges… En dehors de cela, je me plais à aller à la rencontre de jeunes artistes.”

Ezzeddine Gannoun.

Ezzeddine Gannoun.

Ezzedine Gannoun, avec qui elle collabore depuis deux décennies, lui a beaucoup apporté. “Travailler avec  lui, cela donne des ailes. J‘ai toujours écrit, depuis mon plus jeune âge: des poèmes, des nouvelles… Lorsque j’ai commencé à travailler avec Ezzedine Gannoun, il a vu mes qualités de plume, et c’est lui qui m’a orientée vers l’écriture dramaturgique. Ce passage s’est fait simplement, car le fait d’être comédienne m’a aidée. Quand j’écris, je me mets à la place des personnages et j’écris pour eux. J’écris pour le personnage, en essayant de m’effacer en tant qu’auteure. La chose la plus importante pour moi, c’est que face à un acteur sur scène, on ne sente pas qu’il y a le texte de l’auteur derrière, mais seulement un personnage qui parle.” Pour Ezzedine Gannoun, présent pour la première fois aux Récréâtrales de Ouaga, “Leila a du talent et nous sommes complémentaires. Elle écrit et je fais vivre son écriture. J’espère que nous offrirons encore beaucoup de plaisir aux spectateurs.”

“Le théâtre doit s’adresser à une intelligence, à une sensibilité”, indique la dramaturge tunisienne, précisant qu’à son avis, “l’ère du théâtre-voix du peuple est bien derrière nous”. Selon elle, le 4e art est désormais expérimental. Un défi qu’elle a parfaitement relevé avec The End, une pièce qui nous touche par la tendresse et l’humour qui enveloppent chaque personnage, mais qui fait aussi vibrer notre intellect, nous faisant frémir à l’idée de devoir, nous aussi, “partir un jour”, et de songer à notre “dernière heure”.

Certes, les spectateurs pourront être intrigués et perturbés par l’évocation, à chaque bout de phrase, de “l’envie de mourir”. Mais les personnages sont si attachants, avec leurs maladresses et leurs faux-pas, que l’on en oublie par moments que la pièce se confond avec une longue réflexion autour de la mort. D’ailleurs, dès la première scène, l’histoire captive sans qu’il y ait vraiment d’intrigue. Tour à tour, les personnages souffrent, explosent, racontent leurs joies et leurs peines dans ce monde moderne où il est devenu si compliqué de vivre. Peu à peu, ils tomberont le masque pour parler à cœur ouvert, sans crainte. Débarrassés des contraintes qu’ils s’étaient fixées, ils pourront redevenir pleinement eux-mêmes, pour le meilleur ou pour le pire…

En somme, Leila Toubel nous offre une belle écriture et un théâtre exceptionnel, avec la complicité de son metteur en scène. À la fin de la pièce, le spectateur continue de rechercher ce qui a inspiré l’écriture de The End. Leila Toubel l’explique avec conviction: “Je veux susciter la réflexion, éveiller les consciences sur le thème de la mort.” Mais, précise aussitôt celle qui est par ailleurs l’administratrice du Centre de recherche et de formation arabo-africain El Hamra de Tunis, “je veux juste toucher l’intelligence et la sensibilité. Je ne me mets pas dans une posture de donneuse de leçons.”

Si Leila Toubel se veut humble dans ses déclarations (“Je ne me considère pas pour autant comme représentative du théâtre tunisien”), elle reste l’une des grandes figures du théâtre en langue arabe. Elle le sait assurément, bien que ne partageant pas toujours l’idée de l’existence d’un théâtre tunisien qui serait différent du théâtre burkinabè ou sénégalais. Interrogée sur le regard qu’elle porte sur le 4e art dans les pays arabes, la comédienne ne cache pas sa déception: “Il y a beaucoup de commercial dans le théâtre arabe. Les gens cherchent la facilité, et à faire rire. C’est un fléau incroyable; on ne fait que copier-coller les humoristes français, et cela fait de mauvaises copies”, dénonce l’actrice, qui estime également que “l’ère du théâtre qui se veut voix du peuple – une manière de regarder et d’observer ce qui se passe autour de la société et d’en parler – est bien révolue”.

En novembre 2009, The End, sa dernière création, interprétée par des comédiens d’El Hamra tels que Bahri Rahali, Rym Hamrouni, Bahram Aloui ou Ousama Kochkar, faisait sensation lors des Journées théâtrales de Carthage. Aujourd’hui encore, aux Récréâtrales 2010, à Ouagadougou, cette même pièce, jouée par les mêmes acteurs, n’a laissé aucun spectateur indifférent. N’est ce pas là la plus belle preuve que Leila Toubel  est une valeur sûre du théâtre maghrébin. Et une des voix les plus autorisées du théâtre africain!

Tags: , , , , , ,

18/11/2010 récréatrales

2 commentaires to Leila Toubel, la grande voix de l’Apocalypse

  1. [...] plus de 20 ans il abrite les créations du duo Toubel (Leïla,

  2.    Théâtre : Le théâtre El Hamra de Tunis présente « The End  | «Ustaza le 09/11/2011
  3. En tant que jeune artiste comedien burkinabé,aimant ce que je fait je suis très heureux pour des initiatives comme ça, soutenu par des braves Hommes qui ont l’amour de l’art et qui pensent à l’avenir des jeunnes artistes.longue vie a vous et au theatre el hamra enfin qu’on puisse tous profiter

  4.    zongo dramane le 06/02/2015

Laisser un commentaire

 

novembre 2018
L Ma Me J V S D
« oct    
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
2627282930  
Découvrez notre galerie photo 3D du
Festival du Théâtre des Réalités de Bamako

Catégories

RSS À propos du Festival des Récréâtrales

  • Une erreur est survenue ; le flux est probablement indisponible. Veuillez réessayer plus tard.