KPG, fils de forgeron et conteur de talent

Par Issa Mossi

Il s’appelle Kientega Pingdéwindé Gérard. Mais au Burkina, on le connaît sous son nom d’artiste: KPG. À 32 ans, il conquiert le public par sa maîtrise de l’art du conte…

Une cour pas comme les autres. Des arbres sur lesquels sont accrochées des ampoules éclairent une scène faite de deux podiums, nous donnant l’impression d’être au milieu d’une forêt au clair de lune. Deux petits poussins blancs se pavanent tranquillement d’un bout à l’autre de la scène. Tout autour, des spectateurs, oreilles tendues, yeux ouverts, prêts à boire les Paroles du forgeron, un conte théâtralisé écrit par KPG et mis en scène par Emil Abossolo-Mbo.

Sur la scène, deux musiciens et un conteur, qui chantent et dansent. Celui qui raconte l’histoire, c’est Kientega Pingdéwindé Gérard, connu sous le nom de KPG: trois lettres qui sonnent comme le KGB de l’ex-Union Soviétique. Mais KPG, lui, n’est pas un espion: c’est un initié rompu à l’art de la parole, qu’il va rechercher dans les méandres des traditions ancestrales. “Déjà élève, il avait des talents pour réussir dans la vie artistique”, se rappelle Michel Saba, son ancien professeur de français.

L’aventure pour ce jeune homme affable de 32 ans, au teint noir et à la taille moyenne, commence en 1997. C’est en effet cette année-là qu’il fait ses premières armes en travaillant avec des grands noms du théâtre africains tels que Prosper Kompaoré, de l’Atelier Théâtre burkinabé, N’gon, de la compagnie théâtrale Le Roseau, ou encore Marcel Ilboudo, de la compagnie Sagl-Taaba. Ce fils de forgeron, passionné par les valeurs traditionnelles mais ouvert au monde, n’hésite pas à confronter ses connaissances dramatiques avec celles d’artistes venus d’ailleurs. Il collabore ainsi avec Abel Solares (La Réunion), Jean Drez (Belgique), Roland Fichet (France), Morten Krogh (Suède), et tant d’autres. C’est finalement sur le conte, genre traditionnel oral par excellence, qu’il jette son dévolu. KPG peaufine ses connaissances dans ce domaine avec le Franco-Burkinabè Hassane K. Kouyaté, le Libanais Jihad Darwiche, la Française Françoise Diep, le Suisse Pierre Rosat…

Mais comment parler du conte, art théâtral total, sans évoquer la danse? KPG améliore sa pratique de la danse africaine avec Seydou Boro (Burkina Faso), de la compagnie Salia nï Seydo. Ce touche-à-touche se met aussi au cinéma avec Gaston Kaboré, Missa Hebié, Emanuel Sajou, Serge Armel, Dani Kouyaté… “Je voyage beaucoup pour me former, m’informer et apprendre”, affirme, d’une voix fine, cet éternel apprenti.

Année après année, il mûrit, devenant vite un conteur de talent et enchaînant les spectacles. Les spectateurs se souviennent ainsi de ses prestations dans Pablo Escobar, de la Cie Sagl Taaba, dans une mise en scène de Paul Kaborén, Safi au Théâtre, de la compagnie Sagl Taaba, Fifi Brindacier, d’Astrid Lindgren, dans une mise en scène de Nilssen Broyn, Le Musée de la poule poilue, de la compagnie Opus, mis en scène Pascal Rome… Il roule sa bosse de festival en festival, du festival Gatan-Gatan, au Niger, à la Rencontre chorégraphique de l’Afrique-Océan Indien à Paris, en passant par le festival Yéleen, au Burkina Faso.

Une fierté pour le Burkina et pour l’Afrique
Dans ses prestations, l’artiste joint l’utile à l’agréable. “Dans mes contes, j’aborde les thèmes qui parlent de l’environnement, des conditions de vie des enfants, de l’excision, de la stérilité, de la mort, de la politique, de la culture des Mossi et de la caste des forgerons, dit KPG. À travers ces thèmes, je véhicule des messages de justice, d’amour et de respect.”

En 2009, le comédien remporte le 2e prix du Meilleur conteur lors des Jeux de la Francophonie, à Beyrouth? Cette consécration internationale lui ouvre les portes du monde. “Je voyage pour apporter la parole aussi loin que possible, car, comme disent les anciens, la parole appartient pour moitié à celui qui la prononce et pour moitié à celui qui la reçoit”, souligne-t-il. Les spectateurs ne tarissent pas d’éloges à son endroit. “J’aime beaucoup son travail. C’est un très bon conteur. Il fait vraiment la fierté du Burkina et de toute l’Afrique”, se réjouit ainsi Mariama Ouédraogo au sortir de la représentation de Paroles de forgeron.

Pour autant, le succès ne lui monte pas à la tête. KPG reste “simple et extrêmement sympa dans sa façon de travailler, de s’adresser aux autres membres de l’équipe”, témoigne Mariam Sow, qui a assuré la lumière pendant la représentation de Paroles de forgeron. Le metteur en scène de la pièce, le Camerounais Emil Abossolo-Mbo, parle de lui avec respect et rend hommage à sa rigueur professionnelle: “C’est un homme conscient de ses forces et de ses faiblesses, il aime le travail bien fait.” KPG sait qu’il lui reste encore du chemin à parcourir. Sur un ton convaincu, il lance: “Apprendre tout au long de la vie, telle est ma philosophie!”

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15/11/2010 récréatrales

Un commentaire to KPG, fils de forgeron et conteur de talent

  1. Bonjour,
    Je doute obtenir un resultat positif quant à ma demande mais voilà bientôt 7 ans que je chantonne dans ma tête “voilà fifi brindacier ola hé ola ho, hop hop hop, la voilà oui c’est moi..” Impossible de trouver une seule vidéo de cette pièce jouée à Ouaga qui m’a décidément trop marquée. N’avez vous pas des archives, un site, un dvd qui traîne ou je ne sais quoi qui me permettrais de revoir cette pièce. J’ai du venir voir votre piève une bonne dizaine de fois mais depuis son arrét il ya 7 ans, impossible d’oublier ces petits airs qui trottent dans ma tête.. Encore bravo “hisséo hisséo!”

  2.     le 19/03/2011

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