One man show dans un “Champs de sons”

Par Christian Koné

Le comédien camerounais Emil Abossolo-Mbo a pris ses quartiers aux Récréâtrales 2010. Samedi 6 novembre, il jouait “Champs de sons” en famille, “Chez les Bazié”. Un large public est venu prendre place sous les manguiers pour suivre ce spectacle programmé à l’improviste. Des instants inoubliables, avec ce monologuiste hors pair, encensé par la critique.

Il est seul sur la scène, habillé d’un jean noir et d’un t-shirt noir recouvert d’une chemise couleur ocre. Seul avec ses instruments de musiques, qui sont autant d’outils pour cultiver, avec sa voix, son Champs de sons, pièce théâtrale qu’Emil Abossolo-Mbo a écrite, mise en scène et dont il est l’unique interprète. Il balaie la salle du regard, inspire puis expire. Face à lui, le public s’est assis sous les “manguiers à palabres” de Chez les  Bazié.

Emil Abossolo-Mbo demande au public de participer avec lui à la “cultivation” du champs de sons. Il crée des mots, leur donne vie dans son texte. Avec lui, c’est le jeu des mots. Il faut tendre l’oreille, garder l’attention car dans son champs, il va vite, s’arrête sans prévenir, tourne, danse, chante et marque des pauses. Champs de sons, c’est d’abord un voyage dans l’enfance de l’auteur, au Cameroun. L’histoire d’un petit garçon qui fait des premiers pas à l’école des blancs, dans une classe radicalement différente de celle de Grand-Père Winkata, auprès de qui il avait appris à entrer en communion avec les esprits du pouvoir naturel. Cette initiation est interrompu par l’exigence d’aller à l’école gouvernementale, à laquelle, visiblement, l’enfant préférait l’école de la vie, dont les enseignements lui étaient transmis par son grand-père. Chez Wintaka on flatte, on berce avec amour et sourires. Mais à l’école publique, les maîtres (tout particulièrement M. Afana) intimident et chicotent.

Champs de sons, c’est une histoire ordinaire rendue extraordinaire par la prestation du comédien. Car Emil Abossolo-Mbo a une écriture qui ne ressemble à aucune autre, et une manière de jouer tout aussi singulière. Il a le don du conteur, et le talent d’un comédien accompli qui sait emprunter, dans ce monologue, les habits de l’ensemble des personnages rencontrés sur son chemin par le petit garçon: son grand-père, sa grand-mère, sa tante, son oncle, ses sœurs, ses amies (surtout Curiosité), ses enseignants, auxquels il prête autant de voix et d’accents différents, prennent ainsi vie devant nos yeux. Une maîtrise qui fait sentir aux spectateurs la présence sur scène de tous les personnages qui ont cours dans la petite vie d’Emile.

L’histoire est entrecoupée d’interludes musicaux, des rythmes traditionnels camerounais. À travers les sons de son champs, qui se retrouvent dans ses mots – le verbe, comme il dit –, Emil Abossolo-Mbo donne de la vigueur à la tradition orale africaine. Le fait de cumuler les rôles d’auteur, de metteur en scène et de comédien aide cet artiste complet à construire son personnage, aussi bien au niveau de la voix, du regard que des déplacements. Une performance scénique dont le secret se trouve probablement dans le grenier de sa riche carrière cinématographique et théâtrale, puisqu’il a notamment travaillé sous la direction du célèbre metteur en scène britannique Peter Brook. Le théâtre, pour lui, “c’est l’endroit où l’acteur plonge dans son laboratoire intérieur. Il cherche à y bâtir des ponts entre les questions qu’il se pose, les angoisses, les envies et les espoirs qu’il a, les souhaits qu’il formule”*. Donnant le meilleur de lui-même, Emil Abossolo-Mbo arrache au public de continuels éclats de rires, même quand il fait une “overpause” (le mot est de lui) afin de reprendre son souffle.

En racontant cette histoire issue de son enfance, le comédien camerounais compare et oppose deux formes d’éducation: celle de la tradition orale et celle de l’écrit. Champs de sons pose la problématique de la transmission des connaissances à l’enfant. Un spectacle qui réveillera certainement des souvenir chez plus d’un spectateur, car si l’histoire du jeune Baka est singulière, elle aussi universelle. On en ressort en tout cas avec le souhait de connaître la suite de son parcours, depuis le second cycle jusqu’à l’université.

* Entretien avec Olivier Barlet, Africultures.

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15/11/2010 récréatrales

Un commentaire to One man show dans un “Champs de sons”

  1. gourou malgré moi à Besançon je t’avais baptisé Azraël ( celui que Dieu aide )
    Je vois que cela a marché !!
    Est ce que Champs de Sons sera repris ?

  2.    Chloé Biot le 30/03/2015

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