Tous embarqués dans le vertige de la science

Par Médard Gandonou

Programmée lors des Récréâtrales 2010, à Ouagadougou, la pièce “Les Convives de la maison Sapézo”, de la troupe ivoirienne Le Cresas d’Abidjan, expose le problème de l’existence humaine face à une science sans limite.

À l’entrée de l’espace de représentation, le spectateur a l’impression que la science l’y attend. Ce samedi 6 novembre 2010, on l’accueille au seuil de cette maison étrange comme s’il était, lui aussi, l’un des Convives de la maison Sapézo. À l’occasion des Récréâtrales 2010, la deuxième représentation de cette pièce mise en scène par l’Ivoirien Obou de Sales Vagba a lieu dans la concession Chez Nadembega Bationo, une famille du quartier Gounghin, dans la capitale burkinabè. L’assistante du Dr Sapézo, un scientifique exalté par sa dernière expérience, l’introduit ce soir-là dans un monde insolite marqué par l’omniprésence d’inventions scientifiques. Tout respire la science, depuis l’espace scénique jusqu’au public, où se tient un “robot humain”. Debout, tout de blanc vêtu, l’allure mécanique, cet être bizarre qui se tient sur les bancs du public, est l’une des créations du Dr Sapézo.

Obsédé par la recherche scientifique, ce dernier est parvenu à réaliser une transplantation de cerveau humain. Aussi a-t-il invité ses pairs, d’éminents chercheurs, à célébrer avec lui le succès de cette expérience inédite. Mais voilà que le monstre ainsi créé devient une menace pour l’espèce humaine. Le créateur s’affole devant sa créature et se mélange les pédales. Débandade sur scène…

A travers une comédie ayant comme toile de fond la science-fiction, le metteur en scène ivoirien Obou de Sales Vagba  pose le problème de l’existence humaine face à l’évolution de la science. Entre l’homme et la science, qui contrôle qui? Les progrès scientifiques immenses réalisés par l’homme finiront-ils par prendre l’ascendant sur lui? L’esclave établira-t-il sa suprématie sur son maître? À défaut de donner des réponses figées à ces questions, Obou de Sales Vagba, qui a à son actif plusieurs mises en scènes dont L’œil du cyclone, de Luis Marquès, et La Légende de Santiago, une adaptation de L’Alchimiste, de Paulo Coelho, a cherché à les faire partager à travers une mise en scène soucieuse d’impliquer le public.

Une complicité… agressive
Dans cette pièce, Obou de Sales Vagba explore toute la gamme des procédés comiques afin de susciter le rire. Le rire, dont l’une des fonctions sociales est de rapprocher les hommes, devient ainsi un instrument d’union entre les comédiens et le public, pour aboutir à un questionnement sur l’existence humaine. Chaque personnage devient une source d’humour, de dérision. La simple vision du Dr Sapézo déclenche l’hilarité générale. Bossu, bruyant, Quasimodo étrange venu d’on ne sait où, il est, avec le Professeur Eco, l’un des convives, singulier et amusant avec sa démarche caricaturale, l’expression même du comique de caractère. Et quand on écoute le Professeur Maximilien, avec sa façon particulière de prononcer les mots et d’employer des tournures idiomatiques, on ne peut s’empêcher de rire.  Gestes et propos des personnages, quelque peu bouffons, suscitent rires et interrogations. Et l’on a la sensation que la communion entre les comédiens et le public s’accentue au fil des scènes, notamment lorsque le Dr Maximilien pointe sa canne vers les spectateurs en les interpellant: “Je veux savoir si l’un d’entre vous n’est pas, par hasard, cette créature!”

La configuration de l’espace scénique, que le metteur en scène et le scénographe Jocelyn Koné ont voulu circulaire, se confondant avec le public, participe de ces choix esthétiques. “Elle traduit notre volonté de traiter avec le public une question grave qui n’épargne aucun homme, et de le faire comme en Afrique, assis en cercle”, explique Obou de Sales Vagba. L’occupation de la scène exprime cette complicité. Comme s’ils étaient en manque d’espace, les acteurs se retrouvent sur les sièges des spectateurs, qu’ils n’hésitent pas, du reste, à “brutaliser”. De ce fait, la complicité souhaitée devient agressive, et les spectateurs doivent faire preuve de vigilance pour ne pas recevoir les bouteilles d’eau que les comédiens se jettent violemment. Le metteur en scène a beau se justifier - “Si le public accepte d’être mouillé, alors il peut s’oublier un moment pour poser les vrais problèmes qui touchent à son existence même” –, il effacera difficilement l’impression d’exagération dans le jeu ressentie par le public. Un bémol qui, cependant, n’enlève rien à la beauté des Convives de la maison Sapézo.

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16/11/2010 récréatrales

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