Patrick Joseph expérimente “Incessants”

Par Christian Koné

La compagnie haïtienne Theatron, invitée pour la première fois aux Récréâtrales 2010, présentait “Incessants”, une tragédie écrite par Guy-Junior Régis, mise en scène par Patrick Joseph et interprétée par Iramène Destin…

Le spectateur qui prend place à l’Inafac pour la représentation d’Incessant est tout de suite frappé par la scénographie. Surpris par le décor, fait de vieilles planches de bois disposées de manière désordonnée, comme les débris d’une maison en bois après un séisme. Au milieu, un “jeune homme” au regard vide. Pensif, souffrant, il est sur un lit d’hôpital et tient à dérouler le fil de sa vie, pour lui-même. Car dans son interprétation, Iramène Destin oublie le public. La comédienne installe ce qu’on appelle “le quatrième mur” entre la scène et le public, comme si elle était seule et que le public n’existait pas. Mais ses pensées sont extériorisées. On apprendra que le jeune homme est accusé de meurtre, qu’il tente de quitter son île (Haïti?) clandestinement par la mer, en direction des États-Unis voisins. Pas de chance: il sera pris puis incarcéré à Guantanamo. En tentant de s’enfuir, il se fait tirer dessus. Il finira par être extradé vers son pays. Malade, sur son lit d’hôpital, il fait le récit de sa triste vie dans cet univers de planches désordonnées, comme son parcours.

Le metteur en scène Patrick Joseph et la scénographe Géraldine Trubert se sont accordés pour une recherche sur l’intime et l’ailleurs. Cloué sur un lit d’hôpital, le personnage rêve, en vain, d’aller voir la mer, synonyme de liberté. La mise en scène joue sur le contraste entre cette envie d’être ailleurs et l’impossibilité de la satisfaire, que la scène traduit par son espace ouvert et les échappées qu’il permet. Le spectateur perçoit ces possibilités quand la comédienne occupe toute la cour, puis disparaît dans ses endroits non éclairés, dans son dos. La démarche adoptée pour la mise en scène et la scénographie tend à rester fidèle à l’œuvre de Guy Junior Régis. L’équipe de création a ainsi voulu conserver la dimension onirique et l’esprit de voyage, en restant en corrélation avec le texte, en le soutenant, en le mettant en exergue, en créant des images pour donner aux spectateurs cette impression d’égarement.

Pari tenu pour Patrick Joseph et la comédienne Iramène Destin. La comédienne incarne un personnage masculin. Sa tenue (jeans, chemise, tennis) et son physique s’y prêtent, et elle sait trouver le timbre de voix qu’il faut, mélancolique, désespéré… Elle parvient à donner de la vie à cet espace scénique, captivant les spectateurs silencieux, attentionnés et soucieux, qui ressentent avec émotion la frayeur qu’inspirent Guantanamo et l’hôpital général de l’État, où les infirmiers sont vus comme des bourreaux. Grâce à son inspiration personnelle, l’écrit de Guy-Junior Régis acquiert une dimension supérieure dans son rendu oral.

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21/11/2010 récréatrales

Un commentaire to Patrick Joseph expérimente “Incessants”

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