Ouematou, l’homme-théâtre de Ouaga

Par Gilles Arsène Tchedji

Son portrait est gravé sur l’affiche des Recréâtrales 2010. S’il ne se produit pas sur les planches du festival ouagalais, Ouematou Alamyona est en lui-même un personnage de théâtre…

Au Burkina Faso, la campagne électorale présidentielle bat son plein. Et pourtant, sur les murs de la capitale, Ouagadougou, les affiches assurant la promotion de la plateforme festival des Recreâtrales semblent avoir pris le pas sur celles des différents candidats en lice. Dessus, un personnage atypique aiguise la curiosité et capte l’attention. L’air farceur, équipé de lunettes noires, de larges bretelles et d’une cravate kilométrique qui lui descend jusqu’aux genoux, il tient une canne massive à la main gauche et semble entamer un étrange pas de danse.

Dans la rue du Cartel, au soir de l’ouverture des Recréâtrales, un homme qui lui ressemble étrangement est assis à une table du maquis La Cour des miracles. Coiffé cette fois d’un chapeau à rayures aussi original que le reste de son accoutrement, il tient à la main sa surprenante canne, ornée et colorée. Autour de son cou, nouée sans grand soin, sa cravate démesurée nous confirme qu’il s’agit bien du curieux personnage de l’affiche des Récréâtrales.

Je m’appelle Ouematou Alamyona, lance-t-il au curieux qui s’approche pour faire sa connaissance. Je suis né le 17 octobre 1949, j’ai donc 61 ans.” Qu’est-ce qui explique sa présence sur les posters qui jonchent la ville, alors qu’il n’est pas un homme de scène? “Je suis un homme de culture!, rectifie-t-il d’emblée. Tout le monde sait à Ouaga que je suis le plus grand sapeur de tous les temps et le plus grand danseur de toute l’histoire du Burkina. Mon image est nationale. Ma sape plaît à tout le monde dans le pays!” poursuit-il sans s’embarrasser de modestie. La raison de sa présence aux Récréâtrales devient plus claire: Ouematou est en fait le théâtre personnifié. Dans la vie de tous les jours, il joue sa pièce sans artifices, sans décor, sans se soucier des règles ou des codes…

À la Cour des miracles, sa présence au milieu d’illustres professionnels du théâtre venus des quatre coins du monde ne passe pas inaperçue. On le prend en photo, comme s’il était lui-même une star ou un monument. On vient le saluer avec déférence, on lui offre un verre, bien qu’il soit attablé devant une bouteille de whisky à moitié pleine, ou un plat de viande grillée… Mais Ouematou, qui, avant de poser son chapeau de cow-boy sur la table, crache à l’intérieur “pour chasser les mauvais esprits”, reste imperturbable. Il décline poliment la nourriture qu’on lui offre, acceptant par contre les boissons. Insaisissable…

En réalité, Ouematou fait partie du décor culturel des Ouagalais. Le représenter sur l’affiche des Récréâtrales était une idée ingénieuse, que le dramaturge et comédien Ildevert Meda approuve: “C’est un personnage exceptionnel et fantaisiste. Il est lui-même une fantaisie.  Même s’il ne trouve pas à manger chaque jour, il distille une joie débordante partout où il passe. Mettre son image sur l’affiche des Récréâtrales revient à évoquer le sens même du théâtre, qui est fantaisie.”

Son complice Étienne Minougou, directeur des Récréâtrales, justifie lui aussi la présence de ce personnage haut en couleur sur l’affiche officielle du festival: “Ouematou a son point de vue sur le monde. Il a sa manière de raconter le monde et de voir les choses. Or le théâtre est une vision du monde, une manière propre de présenter le monde et les choses. Vous comprendrez donc pourquoi il était intéressant de représenter ce personnage, très connu du public burkinabè, sur ces affiches.

Ouematou garde sa part de mystère. De sa vie, nous n’apprendrons pas grand-chose, si ce n’est que son père a 110 ans et qu’il vit toujours. L’homme nous désigne l’un de ses “meilleurs amis”, le réalisateur burkinabè Abdoulaye Pathon Dao. Ce dernier, quoiqu’un peu gêné d’être présenté ainsi, ne nie pas pour autant leur relation amicale: “ J’éprouve toujours une fierté quand je rencontre Ouematou. Il est un personnage à part, anti-conventionnel à souhait: il est plein de générosité et traduit l’image de l’homme intègre…”

Au terme d’une représentation théâtrale, il reste toujours un questionnement. C’est aussi le cas avec Ouematou, “l’homme-théâtre de Ouaga”, adopté comme emblème par les Récréâtrales 2010. RIen d’étonnant à cela. Ne dit-on pas que “les vrais artistes ne sont pas d’ici, de cette terre, de notre quotidienneté”?

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28/11/2010 récréatrales

Un commentaire to Ouematou, l’homme-théâtre de Ouaga

  1. bjr à vous, plus vraiment la peine pour moi de faire un comment sur l’affiche,simplement ça été déjà bien fait. j’ai un souci est-ce que je peux avoir le contact des promoteur du site culturafrique.net du moin celui qui réalise sa mise à jour.merci

  2.    banataki du cameroun, le 19/01/2011

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