Cinéma

Entre scène et écran: Deux approches narratives différentes

De gauche à droite Odile Sankara, Seydou Boro et Alain Héma

De gauche à droite Odile Sankara, Seydou Boro et Alain Héma

La nouvelle de l’écrivain sénégalais Birago Diop Sarzan inspire plus d’un créateur africain. Après l’œuvre cinématographique de feu El Hadji Momar Thiam réalisée en 1963, le metteur en scène Burkinabé Amadou Achille Bourou disparu en 2010 a lui aussi proposé une lecture beaucoup plus libre par rapport au texte en 1994.

La pièce Sarzan mise en scène par Amadou Achille Bourou et - représentée jeudi 23 octobre 2014 dans le cadre des Récréâtrales en hommage à l’auteur sur la scène de la compagnie Feeren à Gounghin - revient sur cette confrontation entre le moderne et le traditionnel en Afrique. A travers le personnage du tirailleur Thiémoko Keita, qui de retour de la Grande guerre rentre dans son village avec l’ambition de bouleverser les choses établies par la tradition.

Cette nouvelle de l’écrivain sénégalais Birago Diop adaptée aussi au cinéma par son compatriote El Hadji Momar Thiam, diffère dans le traitement artistique au théâtre et à l’écran. Les deux créateurs Bourou et Thiam ont eu chacun une manière particulière de mettre en scène ce texte qui reflète aussi une part de leur vécu. Amadou Bourou a choisi de raconter l’histoire sur une scène épurée où il y a simplement la vieille malle en fer blanc très symbolique dans nos villages africains qui sert aussi d’écran pour projeter les temps forts de la participation du sergent Keita dans ce conflit mondial. Le tabouret et le porte-manteau complètent le décor. Thiam a, lui, carrément fait jouer l’action dans le milieu naturel du village. Les deux approches aboutissent à camper le sujet dans son contexte.

De la scène à l’écran, la nouvelle de Birago Diop subit forcément des altérations et des accommodements mais il semble que le théâtre ait la possibilité de prendre plus de libertés par rapport au texte que le cinéma qui lui ne peut s’affranchir du réalisme du récit.

Car si Bourou a choisi deux personnages pour raconter toute l’histoire, Thiam en a eu plusieurs. La pièce théâtrale explique la folie du sergent Keita après l’acte en donnant la parole au deuxième personnage qui revient sur les raisons de cette démence de Keita, Thiam a de façon linéaire déroulé le récit. Il montre la confrontation du tirailleur Keita avec son père et les vieux du village qui voulaient égorger un poulet blanc afin de remercier les esprits du retour de leur fils, le saccage de l’endroit sacré où se font les sacrifices à l’insu de tous, etc. Et ce, de manière successive avant d’aboutir à la folie, conséquence de
tous ces actes.

Portrait d'Amadou Bourou dans la rue des Récréâtrales

Les deux créations agrémentées par des actes et séquences d’humours et de drames, montrent si bien qu’il est difficile en Afrique de transformer les choses établies. Thiam et Bourou partagent une trajectoire semblable ; ils ont tous deux vécu en France pour les études et sont rentrés dans leur pays respectif pour mettre leur savoir à la disposition des leurs. Aujourd’hui, la mort les réunit à nouveau (Amadou Achille Bourou décédé le 8 janvier 2010 et El Hadji Momar Thiam le 19 août 2014) et comme il est dit dans la pièce et dans le film, «Ceux qui sont morts ne sont jamais partis/ Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire/ Et dans l’ombre qui s’épaissit. Les Morts ne sont pas sous la Terre/ Ils sont dans l’Arbre qui frémit/ Ils sont dans le Bois qui gémit/ Ils sont dans l’Eau qui coule/ Ils sont dans l’Eau qui dort/ Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule/ Les Morts ne sont pas morts… ». Eux aussi sont parmi les leurs à travers leur création respective.

Fatou Kiné SENE (Sénégal)

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En harmonie

Par Fatou Kiné Sène

À Bamako, à l’occasion du Festival “Théâtre des réalités”, le chanteur et guitariste sénégalais Seydina Insa Wade rythme les “suspensions d’audience” dans la pièce “Elf, la pompe Afrique”, de Nicolas Lambert. L’ancien contrebassiste de Rio Sextet est aussi acteur et auteur de musiques de films. Entre ces trois passions, qu’il exerce à Paris, le guitariste ne voit qu’une harmonie de l’art.

Aux Quartiers d'Orange, à Bamako, lors d'une “interruption d'audience” de la pièce de Nicolas Lambert.

En 1966, au Festival des Arts de Dakar, Seydina Insa Wade avait imposé un style controversé: le folk chanté en wolof. Depuis, il a fait voyager ses sonorités acoustiques sur la scène musicale mondiale. Dans le cadre de la Caravane des Réalités et du festival de théâtre éponyme, qui se tient à Bamako du 1er au 7 décembre 2008, l’ancien chanteur-guitariste du groupe Xalam épaule le comédien Nicolas Lambert dans le cadre de la pièce Elf, la pompe Afrique. Guitare en bandoulière, son éternel chapeau noir vissé sur la tête le musicien sénégalais joue sur scène lors des suspensions d’audience.

À travers ses notes de folk, il dénonce en wolof les relations biaisées entre la France et l’Afrique. Dans cette pièce engagée il instruit en musique le procès de la société pétrolière française, qui pompe l’or noir africain comme le moustique aspire le sang. Elf, la pompe Afrique, c’est, pour Seydina Insa Wade, la “bombe Africa”: “C’est une bombe pour le continent qui a débuté avec le Général de Gaulle, s’est poursuivie sous François Mitterrand et continue actuellement avec Nicolas Sarkozy”, constate-t-il. › Lire la suite

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