critique de théâtre

L’Odeur des arbres: La succulente tragédie des Récréâtrales

Halimata Nikiéma (Chaïne), Urbain K. Guiguimdé (S.J)

Halimata Nikiéma (Chaïne), Urbain K. Guiguimdé (S.J)

Quelle pourrait-être « L’Odeur des arbres » ? Cette question taraude l’esprit quand on entre chez la famille Ouango où doit se tenir la représentation de cette pièce mise en scène par Isabelle Pousseur.

Ici, il y a quelques arbustes sur la cour. On ne sent forcement pas leurs odeurs. Mais lorsque la pièce commence avec l’arrivée de l’actrice Zinké sur scène, on comprend très vite les choses. « …Quand elle m’est apparue de l’autre côté du lac et qu’elle n’était alors qu’un point, je savais que c’était elle. Maintenant que la poussière s’est comme prosternée à ses pieds je la découvre. Une femme ». Shaine sa sœur est de retour à Lorépeni. L’histoire tourne en réalité autour du retour d’une sœur aînée partie des années plus tôt et qui vient enquêter sur la disparition suspecte de son père. Obtiendra-t-elle la vérité ? S’en sortira-t-elle vivante ?

L’exceptionnelle mise en scène d’Isabelle Pousseur, offre à voir un beau spectacle d’un texte né d’une commande passée à Koffi Kwahulé. Ce texte qui « conjugue avec brio poésie du quotidien et petite acidité ordinaire » est réellement «une œuvre inter artistique qui témoigne d’un processus de recherche riche et rigoureux». Ce qui fait en réalité le charme de ce spectacle présenté aux Recréâtrâtrales de Ouaga, c’est l’intrigue savamment managé par la mise en scène, et qui pousse le spectateur à rester jusqu’au bout de la représentation, pour surtout voir comment se terminera cette histoire tragique.

En effet, à chaque fin d’acte le suspense demeure. L’auteur du texte comme le metteur en scène ont tous deux su jouer sur le désir du public d’aller jusqu’au bout du récit ou de la représentation. L’on se demande, comment Shaïne réussira-t-elle à obtenir la vérité sur le décès de son géniteur ?

Et elle qui croyait pouvoir se recueillir sur la tombe de son père, est d’abord déchantée par l’attitude de son beau-frère, puis ensuite celle de son propre frère. Le premier, lui cache la vérité et se défausse sur son épouse, tandis que le second (son frère), un travesti qui bien que connaissant la vérité sur la mort de leur père, est plus préoccupé par sa probable élection à Miss monde. Il finira toutefois par avouer le meurtre commis par leur unique sœur, avec la complicité de son époux.

Safoura Kaboré (Zinké)

Safoura Kaboré (Zinké)

Révoltée, Shaïne décide d’en faire une affaire de justice. Elle n’y parviendra pas. Sa sœur Zinké, plus machiavélique, réussit à pousser son « attardé » de frère à mettre un terme à la vie de Shaïne. Elle meurt comme son père, étouffée, devant une sœur Zinké et son époux, devenus doublement meurtriers.

Même si l’on peut noter trop de vide entre les dialogues des acteurs, du fait de la longueur des textes, le spectateur suit avec plaisir à travers cette représentation, une poésie des mots qui s’enchaîne, dans un mouvement de création, dont seul a le secret, les grands dramaturges.

A la fin de la représentation, beaucoup de questions restent en suspens : Pourquoi jouer une musique triste pendant qu’un acteur joue du ballon et saute partout sur scène ? Pourquoi avoir pris le pari de bouger tous les spectateurs d’un décor vers un autre en plein spectacle ? C’est surement tout cela qui fait la beauté de la mise en scène qui a permis de renifler la bonne « odeur des arbres ».

Par Gilles Arsène TCHEDJI (Sénégal)

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Bourou, un maître de la mise en scéno !

Odile Sankar, Seydou Bourou et Alain Héma

De gauche à droite: Odile Sankara, Seydou Boro et Alain Héma

Le défunt metteur en scène burkinabé Amadou Bourou était exigent pour que l’acteur fasse « entendre et vivre le texte le plus concrètement possible » aux spectateurs. Pour lui rendre hommage quatre ans après son décès, ces poulains ont (re) joué hier à l’espace Fereen sa pièce « Sarzan ». Une représentation qui remet au goût du jour le talent de ce génie du quatrième art africain.

Goughin, rue de l’INAFAC( institut national de formation artistique et culturelle). Il est 21 heures passées. Une foule s’amasse devant une demeure devenue par la force des choses mythique. Ici, l’on annonce la représentation de Sarzan. Une œuvre de Birago Diop mise en scène par le défunt homme de culture Amadou Bourou. C’est justement pour lui rendre hommage que ces « poulains » ont choisi de (re)servir cette représentation théâtrale au public. A l’intérieur de la cour aménagée pour la circonstance, une tente et des banquettes qui accueillent déjà du monde. Puis, une scène assez sobre. Dans la pénombre, deux silhouettes. L’une debout, tient en main un carnet et l’autre assise sur une malle. Ces silhouettes, a priori deux hommes (au regard de leur accoutrement) sont statiques.

Le public est prêt. La régie aussi. Une petite musique lance le spectacle. Puis, une lumière éclaire la scène. Tout est désormais visible. C’est bien deux hommes qui sont sur les planches pour jouer Sarzan. Cette œuvre retrace les déboires d’un ancien combattant entré en conflit avec la tradition de son terroir. Revenu d’une guerre, et animé d’une fougue à faire évoluer sa société vers la modernité, cet ancien soldat, Sarzan Kéita, a entrepris de détruire les fétiches et autres mânes de ses ancêtres. Se heurtant à la tradition, il devint fou et fut banni, jusqu’à sa mort. La mise en scène de Amadou Bourou propose un univers à la fois théâtrale et cinématographique.

Un espace multiple dans un même décor

En tout les cas, pour réussir la mise en scène de cette pièce de théâtre Amadou Bourou a fait dérouler les actions dans un espace multiple : en calèche, sur la route, sur une place publique… Et, ce metteur en scène par l’excellent jeu des acteurs réussit à susciter l’imaginaire du public qui tout en étant sur place se replace rapidement dans le contexte de l’action mimée. Cette mise en scène pousse donc le spectateur à créer son propre rêve autour de ce qu’il voit et entend. N’est-ce pas d’ailleurs cette volonté de titiller le regard de son public qui pousse Amadou Bourou, sur la séquence de la malle ouverte servant de boîte à images, à offrir une belle rétrospective d’images de guerre, histoire de rappeler l’odyssée de nos anciens soldats? Tout semble le faire croire. Dans cette représentation, il faut le noter également, les unités de lieu se sont résumées à la scène. Car cette scène a pu être modulable en fonction des actions. Tantôt la malle est déplacée sans gène, tantôt elle sert de refuge, se transformant pour laisser voir les diverses faces manœuvrées par les comédiens.

Aussi remarque-t-on sur toute la durée de la représentation que jamais, l’un des acteurs n’a poursuivi son jeu hors du décor. Ceci a rendu le jeu des comédiens dynamique. Bien que l’on peut regretter quelque part qu’Alain Hema (qui jouait le rôle de narrateur de l’histoire mimée), s’est un peu trop concentré sur la récitation de son texte. Et que dire de la lumière? Elle fut colorée et assez légère, sans jamais rendre pénible la vue ou la visibilité du public. En somme, presque rien de trop et rien de moins dans cette scénographie de Amadou Bourou. 20 ans après la première représentation (1994), la version Sarzan de ce célèbre metteur en scène ne souffre d’aucune ride. Ne dit-on pas qu’une belle scénographie, c’est celle qui favorise « l’écoute par les yeux »? S’il est vrai, alors Amadou Bourou a bel et bien réussi la scénographie de cette pièce théâtrale. Et Odile Sankara, son poulain a bien raison de dire que Sarzan est un « spectacle de destiné » et qu’il sera joué dix années encore avant d’être rangées au placard. Mais n’est-il pas mieux que cette remarquable scénographie théâtrale soit enregistrée de bout en bout pour devenir une belle captation? Ceci est d’autant plus plausible que la disposition de la scène, de la régie et des lumières du spectacle offre bien la possibilité à un réalisateur d’intégrer des effets de « cadrage » de manière à zoomer sur les comédiens, sur le décor… afin d’obtenir au final un théâtre filmé.

Gilles Arsène TCHEDJI (Sénégal)

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