dani kouyaté

“Ombre d’espoir”, une mise en scène du contraste

Dans une pièce théâtrale, l’usage du contraste évite de livrer des réponses toute faites au public. Dani Kouyaté, metteur en scène de la pièce Ombre d’espoir, présenté samedi 3 novembre à l’Atelier théâtre burkinabè (ATB), dans le cadre des 7e Récréâtrales, privilégie ce style.

Le metteur en scène Dani Kouyaté.

Ombre d’espoir. Le titre en lui-même est un paradoxe: une ombre peut-elle être porteuse d’espoir? La couleur de l’espoir n’est-elle pas, le plus souvent, le vert ou le blanc? L’ombre suggère le noir, qu’on n’associe pas à l’espoir. Dani Kouyaté, le metteur en scène de cette pièce écrite par le Congolais Wilfried N’Sondé, le sait du reste fort bien et semble vouloir choquer ou attirer l’attention du spectateur par sa prédilection pour le contraste. D’entrée de jeu, le décor laisse percevoir deux choses contraires: la lumière projetée dans un anneau et l’obscurité qui règne autour de cet anneau.

La première scène s’ouvre sur un couple mixte, celui de Moussa, ingénieur africain, et de Brigitte, l’Allemande, qui filent en Europe le parfait amour. Pas pour longtemps: le bonheur n’est jamais éternel. Le contraste apparaît avec l’arrivée de Fatou, la sœur de Moussa. Elle est tout le contraire de son grand frère: sans mari, sans domicile fixe, sans papiers, elle est loin d’être heureuse. Fatou a peur. Peur d’être chassée. “Si je retourne en l’état en Afrique, quelle honte pour moi! lance-t-elle à son frère. Mes amis, mes propres parents se moqueront de moi car je n’aurai rien à ramener au pays.” Il faut trouver une solution. Mais laquelle? Nouvel élément de contraste: devant son épouse allemande, effarée, Moussa envisage d’épouser sa sœur Fatou pour lui épargner un rapatriement.

Ce geste pourrait sauver Fatou. Mais Brigitte a des doutes. Le regard de Moussa lui semble de plus en plus fuyant. Elle s’efforce de lui remémorer le début de leur rencontre, lorsque tout était parfait. Pour cette scène, l’auteur accorde une place de choix à la musique. Baignés par la lumière d’un projecteur, les deux amoureux dansent. Ils se rappellent les moments de bonheur de leur relation. Pendant ce temps, tapie dans l’obscurité, Fatou observe la scène. Le metteur en scène joue sur l’opposition des sentiments, des lumières, des jeux. Lorsque Brigitte finit par accepter l’idée du mariage entre son mari et sa belle-sœur, elle demande à son amie Karin d’en être le témoin. Celle-ci accepte sans bien comprendre, mais découvre le subterfuge. Son enthousiasme initial se transforme en perplexité: comment peut-on être le témoin du mariage de la rivale de sa meilleure amie avec le mari de celle-ci?

L'auteur de la pièce, Wilfried N'Sondé.

Autre contraste: alors que la parfaite entente entre Fatou et Moussa devient permanente, l’ombre du désespoir plane dans la vie de Brigitte, qui trouve dans l’obscurité de l’anneau un refuge pour méditer sur son sort. La musique redouble d’intensité pour accompagner ces moments de tristesse. La pièce se termine par une scène où Brigitte est placée en hauteur, sur une des planches dont s’est servi le metteur en scène, tandis que son mari se tient juste derrière elle et Fatou, beaucoup plus en retrait, craintive, comme si elle redoutait que l’Allemande parvienne à dissuader Moussa de célébrer son mariage avec elle.

Comment envisager la vie à trois? interroge Brigitte, debout face au public. Qu’est-ce que je t’ai fait, Moussa, pour que tu penses à ce mariage ?” Questions sans réponses adressées à un mari prostré qui semble se retrouver face à un dilemme, écartelé entre deux logiques contradictoires: celle de l’Occident, qui lui demande de penser d’abord et avant tout à son foyer, et celle de l’Afrique traditionnelle, qui lui impose le devoir d’aider une sœur en difficulté. Y a-t-il un choix possible? Le metteur en scène se garde bien d’apporter des réponses. Il laisse au public, resté silencieux et attentif tout au long du spectacle, le soin d’y répondre.

Michaël Pacodi

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“Un homme de culture ne peut pas mourir”

Parrain à titre posthume de la 7e édition des Récréâtrales , Jean-Pierre Guingané, le baobab de la culture burkinabè, se dresse au milieu du festival.

À l’état-civil, il est décédé en 2011. Mais dans le coeur des gens de théâtre, il est toujours vivant. Dans le cadre des 7e Récréâtrales, son ombre plane à chaque coin de rue. Son visage apparaît sur l’affiche officielle. Une journée spéciale lui est dédiée. Et l’une de ses pièces, La Danseuse de l’eau, est représentée. “Jean Pierre Guingané est encore parmi nous, car un homme de culture ne peut pas mourir”, témoigne le Burkinabè Issa Sinaré, de la compagnie Marbayassa. Assis à la buvette du Cartel, le siège du Festival, M. Sinar, chargé des relations avec le quartier, est lui aussi convaincu qu’un homme de culture est immortel. “ Durant ce festival, le nom, l’image et les écrits de Jean-Pierre Guingané circulent, témoignant de sa présence. ”

Ce professeur d’art dramatique a formé la plupart des responsables du Cartel, la structure organisatrice du festival. Il a créé la troupe du Théâtre de la Fraternité, ainsi que le Centre de formation et de recherche en arts vivants (Cefrav). Il est encore l’initiateur du Festival international de théâtre et de marionnettes de Ouagadougou (Fitmo). Son curriculum vitæ résonne comme une ode aux arts de la scène.

Sur l’affiche placardée à l’entrée comme à la sortie du village, son regard oblique et serein semble veiller sur le festival. Pour le metteur en scène et comédien Athanase Kabré, par ailleurs chef du quartier où se tient le festival, le professeur Guingané, chantre de la culture burkinabé et pionnier du renouveau théâtral au Pays des hommes intègres, est bel et bien présent lors de cette manifestation culturelle. “Il est encore là. Il nous accompagne, il nous parle et nous guide toujours”, confie cet homme de culture, lui-même formé à son l’école.

Du point de vue de la programmation, la présentation de sa pièce La Danseuse de l’eau, chez les Nikiéma, perpétue son oeuvre. Sur le plan de la réflexion, la journée d’hommage qui lui est dédiée est l’occasion d’un colloque intitulé “État des lieux du théâtre au Burkina”, qui se tiendra mardi 6 novembre à l’Espace culturel Gambidi, qu’il avait créé. Par ses oeuvres, ses créations, ses initiatives ou ses enseignements, l’éclaireur Jean-Pierre Guingané a balisé le chemin du développement de la culture au Burkina. Pour le metteur en scène Dani Kouyaté, “Guingané a su se battre à mort pour rester en vie dans cet immense champ de bataille que sont l’art et la culture, où il a fertilisé les chantiers futurs”.

Ousmane Mbengue

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