Étienne Minoungou

Inauguration en fanfare pour les Récréâtrales 2012

Le premier ministre burkinabè Luc Adolphe Tiao a fait le déplacement pour l’inauguration de la plateforme festival des 7e Récréâtrales.

Un peu avant 20 heures, ce vendredi 2 novembre, les festivaliers se pressent dans les salles de spectacles installées dans la concession de quelques familles du quartier (Chez les Nikiema, Chez les Bationo et Nadembega…) pour suivre les premiers spectacles programmés dans le cadre de la soirée inaugurale des Récréatrâles 2012 : La Danseuse de l’eau, Songe d’une nuit d’été ou encore Al Mustapha. De leur côté, les organisateurs sont toujours dans l’attente de l’arrivée du premier ministre burkinabè, initialement prévue deux heures plus tôt. Alignées à l’entrée Sud du quartier Bougsemtenga, à Gounghin (Ouagadougou), elles sont une dizaine de personnes, autour d’Étienne Minoungou, le directeur du festival, à se tenir prêtes pour accueillir Luc Adolphe Tiao.

Le premier ministre Luc Adolphe Tiao et Étienne Minoungou au Cartel, le QG du festival.

Enfin, le cortège du chef du gouvernement vient s’immobiliser à l’entrée du quartier. Ses gardes du corps se précipitent pour lui ouvrir la portière. Après avoir sacrifié aux salutations d’usage, le premier ministre marque un arrêt devant le panneau géant où trône l’affiche de feu le Jean-Pierre Guigané, parrain à titre posthume de la 7e édition du festival. Il s’engage ensuite dans la rue en latérite, en direction de l’endroit retenu pour l’ouverture officielle de la cérémonie. Tout près de lui, journalistes et photographes se bousculent pour immortaliser l’événement.

La fanfare de l’armée exécute l’hymne national en l’honneur du chef du gouvernement. Puis Étienne Minoungou l’invite à écouter un poème récité par un enfant de 12 ans, qui met l’accent sur les maux de la société tels que la discrimination et la pauvreté. C’est ensuite au tour du directeur des Récréâtrales de prendre la parole. Après un mot de bienvenue à son hôte de marque, il exhorte les festivaliers à vivre pleinement cette semaine placée sous le signe du théâtre, saluant “le courage des acteurs et la beauté de leurs œuvres”. Alors qu’on s’attend à un discours officiel, Luc Adolphe Tiao reste muet. Le premier ministre est là comme témoin officiel mais il n’est pas un acteur venu dire des discours”, explique un membre du comité d’organisation du festival.

Vers 21 heures, les spectateurs commencent à sortir des premières représentations et à se répandre dans la foule. À l’espace Feeren, la pièce Et si je les tuais tous, Madame a été retardée à dessein. Luc Adolphe Tiao et ses collaborateurs prennent place. Le spectacle peut commencer. Une heure plus tard, le cortège officiel ressort. Face aux journalistes qui lui tendent leur micro, Luc Adolphe Tiao se montre laconique : Les acteurs que nous avons vus sur scène sont extraordinaires, on pourrait exporter cette pièce partout. Cette manifestation est unique au Burkina Faso. Cette année les Récréatrales sont dédiées à la mémoire de Jean-Pierre Guingané, qui était un très grand metteur en scène, un très grand homme de parole, et qui, malheureusement, nous a quittés brutalement. Aujourd’hui je suis heureux de voir que sa mémoire se perpétue à travers les Récréâtrales. Il restera dans l’histoire comme quelqu’un qui a apporté énormément au théâtre burkinabè.”

Tandis que le chef du gouvernement regagne son véhicule, la fièvre festivalière se répand dans Bougsemtenga.

Michaël Pacodi

Le reportage radio de Jim Moumouni Ouattara sur l’inauguration du festival.
(01’57”)

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Pendant le festival, les affaires continuent

Outre leur dimension artistique, les Récréâtrales génèrent aussi des retombées financières appréciables. Pour cette septième édition, artistes et opérateurs économiques se frottent les mains.

Issa Nacanabo, le directeur général de l’hôtel Avenir, à Gounghin (Ouagadougou), ne cache pas sa joie. La tenue de la 7e édition des Récréâtrales constitue pour lui une véritable aubaine. Depuis la fin du mois d’octobre, les clients ne cessent d’affluer vers son hôtel, situé non loin du village du festival. “Les Récréâtrales nous apportent beaucoup de bonnes choses. L’hôtel a accueilli de nombreux clients. La restauration marche et le bar vend bien.”

D’autres hôtels et auberges de la capitale burkinabè ont assisté à une augmentation conséquente de leur fréquentation à la faveur de la tenue des Recréâtrales, mais aussi du Salon international de l’artisanat de Ouagadougou, qui a pris fin le 4 novembre. Selon Étienne Minoungou, le directeur du festival, la fréquentation quotidienne des Recréâtrales tourne autour de 2 000 à 3 000 festivaliers. Ce petit monde composé de nationaux, d’expatriés et de professionnels venus d’Afrique ou d’Europe constitue une source potentielle de recettes. “Un vivier économique” qui permet à la population, comme le résume Étienne Minoungou, de “capter des opportunités”.

Dans la restauration, le constat est identique. “On gagne un peu vraiment, témoigne Virginie Kaboré, qui gère un maquis dans le village du festival. Les gens viennent manger ici, c’est une bonne chose pour nous.” Selon elle, la 7e édition des Récréâtrales est plus intéressante que la précédente, en 2010. “On sent une nette amélioration sur le plan commercial”, constate-t-elle. Philibert Dayana, restaurateur spécialisé dans la vente de viande de porc, affirme réaliser 100% de bénéfice. Pendant le festival, il vend près d’une dizaine de porcs par jour, un rendement sans commune mesure avec le reste de l’année. Grâce aux bénéfices qu’il engrange chaque soir, il envisage même d’ouvrir une nouvelle boutique de grillade de poulets dans une autre partie de la ville. Étienne Kaboré, un jeune tailleur burkinabè, se montre lui aussi satisfait. “Ce festival est une bonne chose. Il nous permet de faire connaître nos produits par les étrangers de passage. Notre savoir-faire peut ainsi s’exporter.”

Financé grâce à divers partenaires, le budget des Récréâtrales tourne autour de 150 millions de FCFA, selon des sources proches du comité d’organisation. Selon Étienne Minoungou, tout le monde en sort gagnant : “Les compagnies repartent avec leurs spectacles en tournée, les populations locales font des recettes, les professionnels reçoivent salaire et per diem, les techniciens captent des opportunités professionnelles. Au total, nous avons signé près de 800 contrats avec divers opérateurs économiques. C’est de l’argent qui est versé sur-le-champ pour permettre à ces gens de vivre normalement.”

Mamadou Faye

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Au Carrefour du festival

Les Récréâtrales, ce n’est pas seulement les spectacles de théâtre et de musique. C’est aussi un espace de rencontre et d’échange entre professionnels. Le Cartel, quartier général du festival, est un lieu carrefour où s’élaborent les collaborations de demain.

Face à la scène musicale, coincé entre le maquis La Cour des miracles et la concession familiale des Nombré et Zaré, des festivaliers entrent et sortent du Cartel, le quartier général des Récréâtrales. À gauche en entrant, une modeste buvette autour de laquelle gravitent des professionnels venus de tous horizons. À droite, en plein air, une espace convivial faisant office de lieu de rencontre et d’échanges.

Le comédien et metteur en scène Athanase Kabré, chef du quartier, nous y accueille avant de nous désigner quelques-unes des figures marquantes du festival. “Vous connaissez Tim Winsey ? C’est un grand musicien Burkinabè. Avec lui, c’est Patrick Janvier, notre scénographe général…” Pendant le festival, le Cartel permet aux professionnels de faire connaissance et de discuter de leurs projets respectifs. “Beaucoup de professionnel passent ici, avec ou sans rendez-vous, poursuit Athanase Kabré. Ils se découvrent autour d’un verre pour parler de leurs oeuvres, de leurs projets et tisser des relations de partenariat.”

Le musicien Tim Winsey nous indique qu’il a rencontré jusque-là cinq professionnels ainsi qu’un promoteur intéressé par son projet de tournée africaine : “C’est Patrick Janvier, le scénographe général des Récréâtrales. Il me conseille de bien mûrir mon projet, qu’il est prêt à accompagner.” Ce multi-instrumentiste de talent, déjà reconnu au Burkina, aimerait en effet organiser une tournée africaine de son groupe, le Wassamana, afin de faire connaître hors de son pays ses deux albums, Zessa et Femme.

Un peu plus loin, le réalisateur Dani Kouyaté, qui a mis en scène la pièce Ombres d’espoir, de Wilfried N’Sonde, évoque son projet de coproduction avec le réalisateur du film Kinyarwanda, projeté dans le cadre de cette 7e édition. “C’est l’objet de notre discussion actuellement mais rien n’est encore ficelé. Nous devons nous revoir en présence de notre médiateur et conseiller, Étienne Minoungou.”

Ce lieu carrefour est à l’image du festival : convivial, intimiste et métissé. Selon le chef de quartier, pas moins de 150 professionnels se retrouvent chaque jour dans ce lieu. Venus des quatre coins du monde, représentant toutes les disciplines des arts de la scène, ils nouent de fructueuses relations qui initieront les collaborations et coproductions de demain.

Ousmane Mbengue

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Shakespeare à la sauce africaine

“Le Songe d’une nuit d’été”, de Shakespeare, interprété par des comédiens burkinabè et nigérien: c’est le pari audacieux qu’a tenté la metteur en scène belge Isabelle Pousseur.

Le roi des fées, Oberon, en pleine concertation avec son acolyte Puck.

Le roi des fées, Oberon, en pleine concertation avec son acolyte Puck.

Bagarre entre prétendants rivaux. Dans la peau de Lysandre et Démétrius, les comédiens burkinabè Gérard Ouédraogo et Hyacinthe Kabré se battent pour demander la main de la belle Hermia (Safourata Kaboré). Egée, le père de Hermia (joué par le comédien Serge Henri) prend à témoin le duc d’Athènes, Thésée (interprété par Sidiki Yougbaré). Egée explique au duc que sa fille refuse d’épouser Démétrius, qu’il a pourtant choisi pour elle, car elle est amoureuse de Lysandre. Egée demande au duc qu’on applique à sa fille, si elle persiste dans son refus, l’ancien privilège d’Athènes : “C’est ou de subir la mort, ou d’abjurer pour toujours la société des hommes”. Devant un tel dilemme, les amants décident de s’enfuir dans la forêt.

Survient alors Héléna (Aminata Abdoulaye), amoureuse de Démétrius. Ayant entendu le projet des amoureux, elle le raconte à son tour à Démétrius, qui décide aussitôt de rejoindre la belle Hermia dans la forêt. Dans l’impossibilité de vivre sans Démétrius, Héléna s’enfonce à leur suite, suivie peu à près d’une troupe de comédiens amateurs préparant une pièce pour le mariage du duc Thésée. S’en suit un chassé-croisé où le roi des Elfes, Oberon (Sidiki Yougbaré) et Puck (Anatole Koama), un esprit malicieux et coquin à sa solde, prennent tour à tour en main la destinée des différents protagonistes. Telle est l’histoire, relativement complexe, de cette pièce jouée en français par des comédiens qui n’hésitent pas, parfois, à lancer des interjections et des mots en mooré, l’une des langues nationales du Burkina.

Lysandre, l’amant d'Hermia, déclare sa flamme à la belle Héléna...

Lysandre, l’amant Hermia, déclare sa flamme à la belle Héléna.

Cette adaptation à l’africaine de la pièce de William Shakespeare, la metteur en scène belge la doit aux artistes majoritairement burkinabè. Elle a laissé à ces comédiens la liberté de faire redécouvrir ce classique à travers leur culture et leur réalité : “J’aimerais, à travers ces acteurs, grâce à eux, rendre à ce texte de Shakespeare ce mélange d’étrangeté et de ‘pas inconnu’ Ils nous font entrevoir qu’une autre réalité existe, fuyante, mystérieuse et pourtant bien présente en nous. Comme si l’on sentait confusément la présence en nous – je le dis malgré le cliché – de l’Afrique, qui est le berceau du monde.”

Tout au long de la pièce, cette touche africaine est présente. Les comédiens arborent parfois des vêtements à base de feuilles. Ils chantent en langues nationales (en bissa et en san), exécutant des pas de danse au rythme d’un tam-tam africain… La forêt est constituée d’arbustes choisis parmi les espèces les plus répandues dans le pays (manguiers, neem, faux sapin, eucalyptus). On s’éclaire à la lampe torche ou avec la lumière d’un téléphone portable On est bien loin de l’univers originel de Shakespeare!

Servies par un jeu de lumières mélangeant pénombre, lumières tamisées et lumières vives, les différentes scènes de cette pièce à rebondissements sont autant de péripéties qui s’achèvent par trois mariages heureux. Une fin en douceur qui pousse le lutin Puck à s’adresser aux spectateurs par ces mots: “Ombres que nous sommes, si nous avons déplu, figurez-vous seulement que vous n’avez fait qu’un mauvais somme.”

Elza Sandrine Sawadogo

 

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Récréâtrales 2012: ramener le théâtre à sa base

Événement artistique d’envergure internationale, les Récréâtrales ont démarré ce vendredi 2 novembre 2012 dans une rue du quartier Gounghin Nord, à Ouagadougou. Pour ses organisateurs, cette manifestation innovante est porteuse d’une vision : ramener le théâtre à sa base, à sa dimension originelle d’espace de discussion sociale. C’est ainsi que cinq cours familiales accueillent les spectacles programmés…

Une scène des Récréâtrales 2012, installée dans une concession familiale...

Une scène des Récréâtrales 2012, installée dans une concession familiale…

L’édition 2012 des Récréâtrales investit les familles. Dans le quartier Gounghin, les espaces de vie des familles Bazié, Nadembéga, Nombré et Zaré, Bationo et Nikiéma se transforment en lieu de représentation des spectacles programmés. Dans la rue où est basée la fédération du Cartel, à l’origine des Récréâtrales, les cours des concessions occupées par ces familles ont été aménagées en salles de théâtre pouvant accueillir entre 150 et 300 spectateurs.

« La motivation première c’est que nous avons besoin de ce peuple là pour consommer ce que nous produisons, afin que nous puissions en vivre, précise le metteur en scène Ildevert Méda, l’un des initiateurs de cet événement. Il s’agit de conquérir notre premier public : celui qui vit avec nous, qui nous connaît et que nous connaissons. Ensuite, le public du quartier, de la ville et du pays. » Pour formaliser ce dispositif, les organisateurs et les populations ont mis en place des comités de quartier. Bruno Bazié se réjouit d’apporter sa contribution à ce concept original : « Je fais partie de ceux qui ont été sollicités lors de l’édition précédente. Cela nous permet de participer et de nous impliquer activement ».

Cette participation des populations est-elle bénévole ou fait-elle l’objet de subsides ? « Nous nous familiarisons avec le théâtre à travers les échanges, le partage, la solidarité et la communion avec d’autres personnes, et je puis vous affirmer que nous n’avons rien demandé en contrepartie, assure le sergent-chef Bationo, dont la concession abrite la pièce Al Mustapha. Nous sommes tous dans une dynamique de promotion du théâtre au Burkina Faso ! » M. Nazé Nikéma, dont la famille héberge le spectacle La Danseuse de l’eau, abonde dans le même sens. « Nous n’avons rien demandé en contrepartie car nous estimons tous que nous avons un devoir citoyen. Si c’était à refaire, je n’hésiterais pas à mettre la cour de ma concession à la disposition des Récréâtrales. » Une adhésion partagée par les trois autres familles impliquées : « C’est une bonne chose que le festival vienne à nous. C’est une démarche originale. »

Cette approche, si elle se généralisait, serait-elle susceptible de contribuer à la promotion du théâtre à l’échelle sous-régionale ? Pour le comédien malien Lamine Diarra, c’est une évidence : « La question fondamentale du théâtre, c’est le public. Et dans nos pays, le théâtre est circonscrit aux Instituts français, avec des implications financières qui le tiennent à l’écart les populations. Celles-ci ont du mal à débourser le prix du billet dans une situation de crise récurrente. On ne peut pas continuer d’imiter le théâtre occidental. Nous nous devons d’exceller dans une forme de théâtre qui se monte et se démonte partout. Moi je suis convaincu de la portée positive de cette démarche en Afrique. »

Youssoufou Diallo

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Théâtre chez l’habitant

Entretien avec Étienne Minoungou, directeur des Récréâtrales

C’est l’une des singularités notables des Récréâtrales, le festival de théâtre qui se tient tous les deux ans à Ouagadougou. La majeure partie des représentations artistiques s’y fait loin des salles de théâtre conventionnelles, chez les habitants du quartier Bougsemtenga, à Gounghin Nord. Dans le cadre de ce festival atypique, les familles Nikiéma, Nombré, Zaré, Bourou et Bationo accueillent les spectacles dans la cour de leur maison. Directeur général des Récréâtrales, Étienne Minoungou y voit « une manière de restituer le théâtre aux populations ».

Étienne Minoungou, comment en êtes-vous arrivé à donner certaines représentations chez les habitants du quartier de Bougsemtenga?

Le Festival s’est installé dans ce quartier en douceur, de manière progressive, dans la concertation et l’adhésion la plus totale. Nous avons trouvé des populations très ouvertes et très intéressées par la chose théâtrale. Pour autant, l’ancrage des Récréâtrales dans ce quartier s’est fait dans un cadre formel de dialogue et de concertation entre les promoteurs que nous sommes et les représentants des différentes composantes de la population. Ce cadre, c’est le comité de quartier, dont la mission est de décliner un certain nombre de propositions et d’orientations pour l’enracinement des activités à Bougsemtenga. Les responsabilités mutuelles sont définies de part et d’autre et nous entretenons des relations de confiance avec la population du quartier. Nous avons travaillé pendant plus de six ans pour y installer le festival et toutes les forces vives se sont impliquées activement à nos côtés. Il y a une véritable adhésion des populations à ce que nous faisons. On constate une belle symbiose, une parfaite communion entre la vie des habitants et le projet artistique, parce que c’est ça, la culture. Dans les maisons où se déroule le festival, les femmes, les enfants, les adultes, tous vaquent à leurs occupations. Certains sont tranquillement assis, d’autres poursuivent leurs activités domestiques sans aucune contrainte…

Pourquoi avoir choisi de transformer des espaces de vie en espaces de représentation plutôt que de jouer ces spectacles dans des salles traditionnelles ?

Le théâtre fait partie du débat social. Dès l’origine, il est constitutif de l’espace démocratique. Autrement dit, il appartient au peuple et il constitue un miroir de la société. C’est pourquoi nous devons ramener le théâtre à sa base et à son lieu originel. En tant qu’espace de discussion sociale, nous ne devons pas le confisquer pour l’enfermer dans une affaire réservée aux artistes, aux spécialistes et aux intellectuels. Dérouler les spectacles dans les espaces de vie est justement une manière pour nous de restituer le théâtre aux populations. En nous installant dans ce quartier de Ouaga, nous restons en contact avec les populations, investissant ces espaces intimes pour en faire des espaces publics, des espaces de discussion sociale.

Aujourd’hui, les populations du quartier adhèrent à notre démarche et s’approprient le festival. Elles nous ouvrent les portes de leur maison avec respect, disponibilité et confiance, acceptant de nous confier une grande partie de leur intimité. Vous pouvez constater par vous-même cette mobilisation exceptionnelle qui traduit leur adhésion.

Dans ces espaces de vie transformés en lieux de théâtre, est-ce que le spectacle ne prend pas le risque de perdre sa spécificité ?

Bien au contraire ! Ces spectacles y puisent une forme d’originalité. Les spectacles joués sur des scènes conventionnelles ont la même valeur que ceux qui sont joués là, dans ces espaces de vie. Le théâtre, c’est un public et des comédiens ; il peut se jouer partout. Comme vous allez le découvrir, nous avons aménagé ces maisons en y installant le matériel nécessaire, avec l’implication et le soutien effectif des populations.

Propos recueillis par Ousmane Mbengue

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Ouematou, l’homme-théâtre de Ouaga

Par Gilles Arsène Tchedji

Son portrait est gravé sur l’affiche des Recréâtrales 2010. S’il ne se produit pas sur les planches du festival ouagalais, Ouematou Alamyona est en lui-même un personnage de théâtre…

Au Burkina Faso, la campagne électorale présidentielle bat son plein. Et pourtant, sur les murs de la capitale, Ouagadougou, les affiches assurant la promotion de la plateforme festival des Recreâtrales semblent avoir pris le pas sur celles des différents candidats en lice. Dessus, un personnage atypique aiguise la curiosité et capte l’attention. L’air farceur, équipé de lunettes noires, de larges bretelles et d’une cravate kilométrique qui lui descend jusqu’aux genoux, il tient une canne massive à la main gauche et semble entamer un étrange pas de danse.

Dans la rue du Cartel, au soir de l’ouverture des Recréâtrales, un homme qui lui ressemble étrangement est assis à une table du maquis La Cour des miracles. Coiffé cette fois d’un chapeau à rayures aussi original que le reste de son accoutrement, il tient à la main sa surprenante canne, ornée et colorée. Autour de son cou, nouée sans grand soin, sa cravate démesurée nous confirme qu’il s’agit bien du curieux personnage de l’affiche des Récréâtrales. › Lire la suite

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Jacques Deck, une vie dédiée à la culture

Par Christian Koné

Lors des Récréâtrales 2010, les festivaliers ont forcément croisé le regard de cet Européen corpulent aux cheveux blanc, la soixantaine bien sonnée, lunettes vissées sur les yeux. Comme si il avait le don d’ubiquité, le Belge Jacques Deck est en effet omniprésent sur le site, accueillant les spectateurs à la porte de chaque salle de spectacle ou presque, du CDC au CCF en passant par la rue piétonne du village du festival. Cet amoureux du théâtre est le bras droit d’Étienne Minoungou, le promoteur de la plus grande  manifestation théâtrale du Burkina.

Jacques Deck est lié depuis de nombreuses années au spectacle vivant. Ce fils de militaire, dernier d’une fratrie de six enfants, a débuté comme instituteur avant d’être amené à s’occuper du bar dans un petit théâtre expérimental. Du comptoir, il passe à la régie, et sa carrière dans le monde des planches se fait plus sérieuse.

Il crée ensuite le Centre dramatique de Liège, avec lequel il expérimentera le théâtre-action, surfant sur la vague de la révolution de mai 68. Imprégné des idées socialistes, Jacques Deck contribue à la création de pièces aux titres évocateurs: Ainsi va le monde, il ne va pas bien, Une jeunesse que l’avenir inquiète, Étranger, qui es-tu (une pièce sur l’immigration visant à dénoncer le racisme de ses compatriotes)… › Lire la suite

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Artistes et intellectuels, l’union sacrée

Par Kpénahi Traoré

Le 3e Forum des artistes et des intellectuels se tenait mercredi 10 novembre 2010 à Ouagadougou, en marge des Récréâtrales. Deux panels ont animé cette rencontre réunissant les acteurs du monde culturel et intellectuel. Co-organisé par le Mouvement des artistes et des intellectuels du Burkina et la Coalition africaine pour la culture, ce forum avait pour thème “Les conditions de la création culturelle et la question de la transmission en Afrique”.

L’artiste est perpétuellement à la recherche d’inspiration pour donner corps à sa créativité et faire naître de son imagination les idées les plus “folles” dans la création artistique. Comme l’artiste, l’intellectuel mène une réflexion permanente qu’on pourrait considérer comme une forme de création. “Ce qui réunit les intellectuels et les artistes, c’est la faculté de créativité”, confirme Étienne Minoungou, directeur des Récréâtrales. Ce point de rencontre entre artistes et intellectuels a conduit les uns et les autres à unir leurs forces pour mener des initiatives communes et décider de leur devenir. › Lire la suite

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Inauguration de la plateforme Festival Récréâtrales 2010

C’est parti pour les Récréâtrales 2010! Pendant près de deux semaines, Ouagadougou devient la capitale du théâtre africain à l’occasion de la plateforme festival Récréâtrales, dont l’inauguration a eu lieu jeudi 4 novembre. 

Par Serge Adam’s Diakité
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Ambiance de carnaval aux Récréâtrales 2010

Par Assane Koné

Ici, quatre cavaliers en mouvement. Là, deux marionnettes géantes et deux échassiers. Avec, autour d’eux, le public immense, debout, en mouvement, hilare, curieux, entraîné par la fanfare de la garde nationale du Burkina Faso… En cet après-midi du 4 novembre 2010, le quartier Gounghin, à Ouagadougou (Burkina Faso), vit au rythme de la cérémonie de lancement de la 6e édition de la plateforme festival des Récréâtrales (Résistances panafricaines d’Écriture, de Création et de Recherche Théâtrale). Ici, pas de discours ni de protocole. “Avec 14 représentations théâtrales en “in” et 7 en “off”, nous avons estimé qu’il y aurait suffisamment de discours pour ne pas ennuyer nos invités avec d’autres discours pendant la cérémonie d’ouverture”, justifie Etienne Minoungou, directeur général des Récréâtrales, pour qui “le discours de l’artiste se donne dans sa prestation sur scène”. › Lire la suite

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