ildevert méda

Du théâtre dans le théâtre

Il arrive que le théâtre se mette lui-même en scène. Aux Récréâtrales 2012, deux pièces ont ainsi recours à la mise en abime.

Martin Ambara.

Martin Ambara.

Dans la pièce Al Moustapha, des comédiens montent sur scène dans l’intention d’interpréter Le Prophète, de Khalil Gibran. Mais le personnage principal abandonne le texte initialement prévu pour lui substituer une autre partition. Une parabole satirique qui permet d’évoquer les relations parfois tumultueuses entre comédiens et metteurs en scène. “J’aime casser les codes. C’est mon style, je n’y peux rien”, se justifie le metteur en scène Martin Ambara.

À l’Institut français de Ouagadougou, Dandin in Afrika offre une autre illustration de la mise en abime. Des comédiens africains attendent leur metteur en scène européen pour entamer la répétition de Georges Dandin, de Molière. Mais à l’heure de commencer la répétition, une grande discussion s’amorce. Entre les préjugés du Nord et les réalités du Sud, le cocktail s’avère plus épicé que du gingembre, ancré sur la relation ambivalente qui lie depuis les indépendances descendants de colonisateurs et de colonisés.

"Dandin in Afrika".

"Dandin in Afrika".

La mise en abime est un procédé consistant à représenter une oeuvre dans une oeuvre du même type. Au théâtre, elle peut fonctionner ainsi : à l’intérieur de la pièce de théâtre A est jouée une autre pièce de théâtre B, une sorte de fragment en miniature qui fonctionne comme un miroir : c’est du théâtre dans le théâtre. Selon Luca Fusi, metteur en scène et comédien italien qui vit au Burkina-Faso, la mise en scène du niveau 3 qu’est la mise en scène personnalisée permet cela. “C’est une option de mise en scène dans laquelle le metteur en scène investit dans son travail sa lecture personnelle de la pièce et de son activité d’homme de théâtre”, explique-t-il.

Dans un cours de mise en scène le professeur Prosper Kompaoré note que “la mise en scène personnalisée recherche des images métaphorique renfermant la portée essentielle de l’oeuvre. Ce travail de métaphorisation peut se faire à partir d’un ensemble de signes scéniques ou d’élément de détail : diction, lumières, couleurs, mouvement, attitudes ou gestuelles des acteurs, costumes, masques, décors, ou autres effets scéniques.”

Ildevrt Meda.

Ildevert Meda.

Pour Martin Ambara, qui assume pleinement son parti-pris artistique, “le théâtre peut tout intégrer aujourd’hui. Et moi je suis du genre à faire du théâtre de tout, donc j’explore toutes les possibilités qui me sont offertes. Cette méthode n’a pas commencé avec moi. Depuis l’époque antique, nombre d’auteurs et de metteurs en scène ont eu à expérimenter cette technique.” À l’inverse, le metteur en scène burkinabè Ildevert Méda se montre circonspect devant ce procédé. “Une pièce doit garder son originalité et sa texture première. Ce mélange des genres tue petit à petit le théâtre et cela ne me plaît pas trop.”

Hervé Hessou

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Récréâtrales 2012: ramener le théâtre à sa base

Événement artistique d’envergure internationale, les Récréâtrales ont démarré ce vendredi 2 novembre 2012 dans une rue du quartier Gounghin Nord, à Ouagadougou. Pour ses organisateurs, cette manifestation innovante est porteuse d’une vision : ramener le théâtre à sa base, à sa dimension originelle d’espace de discussion sociale. C’est ainsi que cinq cours familiales accueillent les spectacles programmés…

Une scène des Récréâtrales 2012, installée dans une concession familiale...

Une scène des Récréâtrales 2012, installée dans une concession familiale…

L’édition 2012 des Récréâtrales investit les familles. Dans le quartier Gounghin, les espaces de vie des familles Bazié, Nadembéga, Nombré et Zaré, Bationo et Nikiéma se transforment en lieu de représentation des spectacles programmés. Dans la rue où est basée la fédération du Cartel, à l’origine des Récréâtrales, les cours des concessions occupées par ces familles ont été aménagées en salles de théâtre pouvant accueillir entre 150 et 300 spectateurs.

« La motivation première c’est que nous avons besoin de ce peuple là pour consommer ce que nous produisons, afin que nous puissions en vivre, précise le metteur en scène Ildevert Méda, l’un des initiateurs de cet événement. Il s’agit de conquérir notre premier public : celui qui vit avec nous, qui nous connaît et que nous connaissons. Ensuite, le public du quartier, de la ville et du pays. » Pour formaliser ce dispositif, les organisateurs et les populations ont mis en place des comités de quartier. Bruno Bazié se réjouit d’apporter sa contribution à ce concept original : « Je fais partie de ceux qui ont été sollicités lors de l’édition précédente. Cela nous permet de participer et de nous impliquer activement ».

Cette participation des populations est-elle bénévole ou fait-elle l’objet de subsides ? « Nous nous familiarisons avec le théâtre à travers les échanges, le partage, la solidarité et la communion avec d’autres personnes, et je puis vous affirmer que nous n’avons rien demandé en contrepartie, assure le sergent-chef Bationo, dont la concession abrite la pièce Al Mustapha. Nous sommes tous dans une dynamique de promotion du théâtre au Burkina Faso ! » M. Nazé Nikéma, dont la famille héberge le spectacle La Danseuse de l’eau, abonde dans le même sens. « Nous n’avons rien demandé en contrepartie car nous estimons tous que nous avons un devoir citoyen. Si c’était à refaire, je n’hésiterais pas à mettre la cour de ma concession à la disposition des Récréâtrales. » Une adhésion partagée par les trois autres familles impliquées : « C’est une bonne chose que le festival vienne à nous. C’est une démarche originale. »

Cette approche, si elle se généralisait, serait-elle susceptible de contribuer à la promotion du théâtre à l’échelle sous-régionale ? Pour le comédien malien Lamine Diarra, c’est une évidence : « La question fondamentale du théâtre, c’est le public. Et dans nos pays, le théâtre est circonscrit aux Instituts français, avec des implications financières qui le tiennent à l’écart les populations. Celles-ci ont du mal à débourser le prix du billet dans une situation de crise récurrente. On ne peut pas continuer d’imiter le théâtre occidental. Nous nous devons d’exceller dans une forme de théâtre qui se monte et se démonte partout. Moi je suis convaincu de la portée positive de cette démarche en Afrique. »

Youssoufou Diallo

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Ouematou, l’homme-théâtre de Ouaga

Par Gilles Arsène Tchedji

Son portrait est gravé sur l’affiche des Recréâtrales 2010. S’il ne se produit pas sur les planches du festival ouagalais, Ouematou Alamyona est en lui-même un personnage de théâtre…

Au Burkina Faso, la campagne électorale présidentielle bat son plein. Et pourtant, sur les murs de la capitale, Ouagadougou, les affiches assurant la promotion de la plateforme festival des Recreâtrales semblent avoir pris le pas sur celles des différents candidats en lice. Dessus, un personnage atypique aiguise la curiosité et capte l’attention. L’air farceur, équipé de lunettes noires, de larges bretelles et d’une cravate kilométrique qui lui descend jusqu’aux genoux, il tient une canne massive à la main gauche et semble entamer un étrange pas de danse.

Dans la rue du Cartel, au soir de l’ouverture des Recréâtrales, un homme qui lui ressemble étrangement est assis à une table du maquis La Cour des miracles. Coiffé cette fois d’un chapeau à rayures aussi original que le reste de son accoutrement, il tient à la main sa surprenante canne, ornée et colorée. Autour de son cou, nouée sans grand soin, sa cravate démesurée nous confirme qu’il s’agit bien du curieux personnage de l’affiche des Récréâtrales. › Lire la suite

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Récréâtrales 2010: des festivaliers conquis

Par Kpénahi Traoré

Transporter le théâtre au sein des familles, faire du village du festival un vaste chantier scénographique… Ce sont les deux principales innovations qui ont attiré l’attention des festivaliers à l’occasion des Récréâtrales 2010.

Dieudonné Niangouna, comédien et metteur en scène

J’ai trouvé l’organisation de ces Récréatrales très intéressante, avec une très forte administration. Au niveau du public, le résultat est incroyable. Et le fait qu’on ait localisé le festival dans un quartier populaire permet de rendre accessibles l’art, la culture, et notamment le théâtre et ses composants. On a l’habitude de dire que tout le monde à le droit à la culture, mais en réalité ce droit n’est jamais assez appliqué. Les Récréâtrales 2010 sont une belle illustration de cette devise. Par rapport à cela, je trouve que c’est une vraie réussite. Concernant les créations théâtrales, elles ont été d’une force assez intéressante dans leur majorité. Mais il y en a d’autres qu’il faut retravailler. N’oublions pas que c’est un festival de théâtre, donc la primeur sera d’abord faite aux œuvres d’excellence. › Lire la suite

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Financer le théâtre en Afrique de l’Ouest : une gageure

Par Sessi Tonoukuin

À travers l’Afrique de l’Ouest d’expression francophone, plusieurs festivals de théâtre annuels ou biennaux réunissent des professionnels venus d’Afrique ou d’Occident. C’est notamment le cas du Festival “Théâtre des Réalités” (FTR), qui a tenu sa neuvième édition au Mali du 1er au 7 décembre 2008. Pourtant l’organisation de tels événements culturels dans nos contrées n’est pas une sinécure. Budgets non bouclés, ardoises de dettes, démission des pouvoirs publics reviennent comme un refrain sur les lèvres des promoteurs de tels festivals. Décryptage.

Adama Traoré, le directeur du FTR, en discussion avec Dorine Rurashitse, coordinatrice artistique d'Africalia Belgium pour l'Afrique de l'Ouest.

À la page 32 du programme de l’édition 2008 du Festival “Théâtre des Réalités” (FTR), en conclusion du paragraphe énumérant les partenaires ayant soutenu cet événement, quelques mots en lettres capitales et caractères grossis attirent l’attention du lecteur: “SANS LE SOUTIEN DU MINISTÈRE DE LA CULTURE DU MALI”. Par ce pied de nez, le fondateur et directeur artistique du FTR, Adama Traoré, entend bien relancer le débat sur le maigre soutien accordé par la plupart des gouvernements d’Afrique de l’Ouest aux manifestations culturelles, et plus précisément aux festivals de théâtre.

Interrogé par Cultur’Afrique, Adama Traoré confirme que depuis la création de son festival (neuf éditions en douze années d’existence), il n’a bénéficié d’aucun soutien financier de la part de l’État malien. “Jusqu’à aujourd’hui, le ministère de la Culture du Mali n’a jamais soutenu financièrement le Festival du Théâtre des Réalités. Pire: les salles qui lui appartiennent nous sont louées à chaque édition!”, s’indigne-t-il. Selon lui, cet état de fait déplorable persiste à cause de l’inexistence d’une véritable politique culturelle au Mali. En effet, une telle politique impliquerait la mise en œuvre de mécanismes d’aide à la création, à la diffusion et au fonctionnement de certaines structures culturelles non étatiques.

Conséquence directe de cette carence: Adama Traoré a beaucoup de mal à financer son entreprise, et cette situation suscite la méfiance des institutions bancaires: “Je n’ai pas totalement bouclé le budget du Festival et je suis déficitaire. Je crains que la relation avec ma banque, avec qui je travaille depuis la création de l’association Acte 7, en pâtisse. Cette banque a du mal aujourd’hui à me consentir des avances de trésorerie.” Calvaire! › Lire la suite

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Rencontre avec Adama Traoré

À la veille de la clôture de la neuvième édition du Festival “Théâtre des Réalités”, CulturAfrique a reçu le fondateur de ce rendez-vous désormais biennal. Homme de théâtre, citoyen engagé, le Malien Adama Traoré ne s’embarrasse pas de langue de bois: aux côtés du comédien et metteur en scène burkinabè Ildevert Méda, lors d’une émission de radio enregistrée samedi 6 décembre dans les conditions du direct, il tire le bilan de ce festival inauguré en 1996, évoque les difficultés rencontrées pour faire financer les spectacles culturels en Afrique, analyse combien le rôle des médias est important pour permettre aux créateurs africains de trouver leur public…

Émission animée par Hortense Atifufu
Réalisation: Mohamed Lamine Sawadogo
(72’15”)

Emission_Traore_Meda.mp3

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