Koffi Kwahulé

L’Odeur des arbres: Récit d’une portée universelle

Antole Koama (Naba); Halimat Nikiéma (Chaïne)

De G à dr: Antole Koama (Naba); Halimat Nikiéma (Chaïne)

Un père est assassiné par sa fille cadette au motif qu’il constituait un frein à la construction d’une route bitumée. C’est l’idée force de L’odeur des arbres, un texte dramatique de l’Ivoirien Koffi Kwahulé mis en scène par la Française Isabelle Pousseur. Ce drame familial est une photographie de notre société capitaliste.

Flash back. Shaïne, sœur aînée revient dans sa ville Loropéni après 20 ans. Son objectif : se recueillir sur la tombe de son père déclaré mort en son absence. Son ex petit ami agité ne trouve pas les mots pour lui répondre. Elle apprend finalement de leur frère SJ que leur sœur cadette a exécuté leur père en complicité avec Naba le bourgmestre, son amant.

Des personnages désintégrés

La pièce a été jouée par six personnages. Seulement deux se tiennent droit dans leurs bottes. Il s’agit du balayeur très occupé à sa tâche et Shaïna malgré sa démarche boiteuse (et son départ qu’on lui reproche) tient un discours plus moraliste. Les plus tordus sont trois et forment un triangle de criminels. Zineké, la sœur cadette dans ses tenues élégantes et derrière son air imperturbable, est une manipulatrice. Elle va de crime en crime. Elle séduit le petit ami de sa sœur puis l’implique dans l’assassinat de leur père. Ayant assisté au meurtre de ce dernier, le frère cadet a perdu la tête au point de vouloir devenir Miss Loropéni ! Le bourgmestre dans sa fonction de chef – Naba en référence au nom du chef dans l’ethnie Mossi – n’est qu’un pantin aux ordres de sa maîtresse Zineké. Quant à l’enfant né de l’union de Zineké et du Naba, sans identité, traverse la pièce en courant…

L’intérêt au dessus de la morale

Safoura Kaboré ( Zinké)

Safoura Kaboré ( Zineké)

L’héroïne de cette pièce affichée est Zineké, l’air suffisant, véritable personnage faustien prêt à tout pour arriver à ses fins. En réalité, elle se réjouit de la construction de la voie grâce à laquelle les conditions de vie de ses concitoyens se sont améliorées. C’est pour cela qu’elle a autorisé l’exploitation de l’espace d’un lac asséché. Elle n’a aucun remord. Au contraire, elle pense qu’elle fait beaucoup de bien à sa communauté. Donc elle ne tolèrerait pas un quelconque reproche. SJ, comptant sur la promesse de Zineké de remporter la couronne de Miss Loropéni, accepte de tuer Shaïne. C’en était fini des obstacles.

Une photocopie de la société capitaliste

Ce texte de Koffi Kwahulé est une représentation assez fidèle de l’état du monde. Avec la mondialisation, les multinationales ont des pratiques dénuées d’éthique. Pour la construction d’infrastructures, on déplace des populations parfois sans dédommagement. Pour alimenter l’industrie alimentaire et cosmétique d’huile de palme, on détruit l’environnement et des espèces animales. Pour fournir l’industrie de l’informatique et de la technologie en cobalt des milliers d’enfants meurent dans les mines d’exploitation au Congo Kinshasa. Toute cette activité humaine a abouti à des catastrophes naturelles qui ont fait d’importants dégâts et beaucoup de victimes. Dans un environnement micro, on entend parfois qu’un individu a dû sacrifier l’un de ses parents pour faire fortune. Au nom d’intérêt soi-disant général, on tord de plus en plus le cou à la morale et à l’éthique.

La pièce semble faire la part belle au triomphe du capitalisme, du matérialisme, de la cupidité en somme. En même temps, elle évoque cette Afrique oisive, pleine de potentialités mais incapable de les développer. Spectacle hautement politique, le metteur en scène nous fait découvrir un monde du désenchantement, de la désillusion, et l’abdication de l’esprit du bon sens devant l’extension effrénée du matérialisme. Ne peut-on rien faire pour cette société qui court à grandes foulées vers le chaos ?

Hortense Atifufu (Togo/Burkina Faso)

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L’Odeur des arbres: La succulente tragédie des Récréâtrales

Halimata Nikiéma (Chaïne), Urbain K. Guiguimdé (S.J)

Halimata Nikiéma (Chaïne), Urbain K. Guiguimdé (S.J)

Quelle pourrait-être « L’Odeur des arbres » ? Cette question taraude l’esprit quand on entre chez la famille Ouango où doit se tenir la représentation de cette pièce mise en scène par Isabelle Pousseur.

Ici, il y a quelques arbustes sur la cour. On ne sent forcement pas leurs odeurs. Mais lorsque la pièce commence avec l’arrivée de l’actrice Zinké sur scène, on comprend très vite les choses. « …Quand elle m’est apparue de l’autre côté du lac et qu’elle n’était alors qu’un point, je savais que c’était elle. Maintenant que la poussière s’est comme prosternée à ses pieds je la découvre. Une femme ». Shaine sa sœur est de retour à Lorépeni. L’histoire tourne en réalité autour du retour d’une sœur aînée partie des années plus tôt et qui vient enquêter sur la disparition suspecte de son père. Obtiendra-t-elle la vérité ? S’en sortira-t-elle vivante ?

L’exceptionnelle mise en scène d’Isabelle Pousseur, offre à voir un beau spectacle d’un texte né d’une commande passée à Koffi Kwahulé. Ce texte qui « conjugue avec brio poésie du quotidien et petite acidité ordinaire » est réellement «une œuvre inter artistique qui témoigne d’un processus de recherche riche et rigoureux». Ce qui fait en réalité le charme de ce spectacle présenté aux Recréâtrâtrales de Ouaga, c’est l’intrigue savamment managé par la mise en scène, et qui pousse le spectateur à rester jusqu’au bout de la représentation, pour surtout voir comment se terminera cette histoire tragique.

En effet, à chaque fin d’acte le suspense demeure. L’auteur du texte comme le metteur en scène ont tous deux su jouer sur le désir du public d’aller jusqu’au bout du récit ou de la représentation. L’on se demande, comment Shaïne réussira-t-elle à obtenir la vérité sur le décès de son géniteur ?

Et elle qui croyait pouvoir se recueillir sur la tombe de son père, est d’abord déchantée par l’attitude de son beau-frère, puis ensuite celle de son propre frère. Le premier, lui cache la vérité et se défausse sur son épouse, tandis que le second (son frère), un travesti qui bien que connaissant la vérité sur la mort de leur père, est plus préoccupé par sa probable élection à Miss monde. Il finira toutefois par avouer le meurtre commis par leur unique sœur, avec la complicité de son époux.

Safoura Kaboré (Zinké)

Safoura Kaboré (Zinké)

Révoltée, Shaïne décide d’en faire une affaire de justice. Elle n’y parviendra pas. Sa sœur Zinké, plus machiavélique, réussit à pousser son « attardé » de frère à mettre un terme à la vie de Shaïne. Elle meurt comme son père, étouffée, devant une sœur Zinké et son époux, devenus doublement meurtriers.

Même si l’on peut noter trop de vide entre les dialogues des acteurs, du fait de la longueur des textes, le spectateur suit avec plaisir à travers cette représentation, une poésie des mots qui s’enchaîne, dans un mouvement de création, dont seul a le secret, les grands dramaturges.

A la fin de la représentation, beaucoup de questions restent en suspens : Pourquoi jouer une musique triste pendant qu’un acteur joue du ballon et saute partout sur scène ? Pourquoi avoir pris le pari de bouger tous les spectateurs d’un décor vers un autre en plein spectacle ? C’est surement tout cela qui fait la beauté de la mise en scène qui a permis de renifler la bonne « odeur des arbres ».

Par Gilles Arsène TCHEDJI (Sénégal)

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