Nathalie Pousseur

L’Odeur des arbres: La succulente tragédie des Récréâtrales

Halimata Nikiéma (Chaïne), Urbain K. Guiguimdé (S.J)

Halimata Nikiéma (Chaïne), Urbain K. Guiguimdé (S.J)

Quelle pourrait-être « L’Odeur des arbres » ? Cette question taraude l’esprit quand on entre chez la famille Ouango où doit se tenir la représentation de cette pièce mise en scène par Isabelle Pousseur.

Ici, il y a quelques arbustes sur la cour. On ne sent forcement pas leurs odeurs. Mais lorsque la pièce commence avec l’arrivée de l’actrice Zinké sur scène, on comprend très vite les choses. « …Quand elle m’est apparue de l’autre côté du lac et qu’elle n’était alors qu’un point, je savais que c’était elle. Maintenant que la poussière s’est comme prosternée à ses pieds je la découvre. Une femme ». Shaine sa sœur est de retour à Lorépeni. L’histoire tourne en réalité autour du retour d’une sœur aînée partie des années plus tôt et qui vient enquêter sur la disparition suspecte de son père. Obtiendra-t-elle la vérité ? S’en sortira-t-elle vivante ?

L’exceptionnelle mise en scène d’Isabelle Pousseur, offre à voir un beau spectacle d’un texte né d’une commande passée à Koffi Kwahulé. Ce texte qui « conjugue avec brio poésie du quotidien et petite acidité ordinaire » est réellement «une œuvre inter artistique qui témoigne d’un processus de recherche riche et rigoureux». Ce qui fait en réalité le charme de ce spectacle présenté aux Recréâtrâtrales de Ouaga, c’est l’intrigue savamment managé par la mise en scène, et qui pousse le spectateur à rester jusqu’au bout de la représentation, pour surtout voir comment se terminera cette histoire tragique.

En effet, à chaque fin d’acte le suspense demeure. L’auteur du texte comme le metteur en scène ont tous deux su jouer sur le désir du public d’aller jusqu’au bout du récit ou de la représentation. L’on se demande, comment Shaïne réussira-t-elle à obtenir la vérité sur le décès de son géniteur ?

Et elle qui croyait pouvoir se recueillir sur la tombe de son père, est d’abord déchantée par l’attitude de son beau-frère, puis ensuite celle de son propre frère. Le premier, lui cache la vérité et se défausse sur son épouse, tandis que le second (son frère), un travesti qui bien que connaissant la vérité sur la mort de leur père, est plus préoccupé par sa probable élection à Miss monde. Il finira toutefois par avouer le meurtre commis par leur unique sœur, avec la complicité de son époux.

Safoura Kaboré (Zinké)

Safoura Kaboré (Zinké)

Révoltée, Shaïne décide d’en faire une affaire de justice. Elle n’y parviendra pas. Sa sœur Zinké, plus machiavélique, réussit à pousser son « attardé » de frère à mettre un terme à la vie de Shaïne. Elle meurt comme son père, étouffée, devant une sœur Zinké et son époux, devenus doublement meurtriers.

Même si l’on peut noter trop de vide entre les dialogues des acteurs, du fait de la longueur des textes, le spectateur suit avec plaisir à travers cette représentation, une poésie des mots qui s’enchaîne, dans un mouvement de création, dont seul a le secret, les grands dramaturges.

A la fin de la représentation, beaucoup de questions restent en suspens : Pourquoi jouer une musique triste pendant qu’un acteur joue du ballon et saute partout sur scène ? Pourquoi avoir pris le pari de bouger tous les spectateurs d’un décor vers un autre en plein spectacle ? C’est surement tout cela qui fait la beauté de la mise en scène qui a permis de renifler la bonne « odeur des arbres ».

Par Gilles Arsène TCHEDJI (Sénégal)

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