Ouagadougou

“Un homme de culture ne peut pas mourir”

Parrain à titre posthume de la 7e édition des Récréâtrales , Jean-Pierre Guingané, le baobab de la culture burkinabè, se dresse au milieu du festival.

À l’état-civil, il est décédé en 2011. Mais dans le coeur des gens de théâtre, il est toujours vivant. Dans le cadre des 7e Récréâtrales, son ombre plane à chaque coin de rue. Son visage apparaît sur l’affiche officielle. Une journée spéciale lui est dédiée. Et l’une de ses pièces, La Danseuse de l’eau, est représentée. “Jean Pierre Guingané est encore parmi nous, car un homme de culture ne peut pas mourir”, témoigne le Burkinabè Issa Sinaré, de la compagnie Marbayassa. Assis à la buvette du Cartel, le siège du Festival, M. Sinar, chargé des relations avec le quartier, est lui aussi convaincu qu’un homme de culture est immortel. “ Durant ce festival, le nom, l’image et les écrits de Jean-Pierre Guingané circulent, témoignant de sa présence. ”

Ce professeur d’art dramatique a formé la plupart des responsables du Cartel, la structure organisatrice du festival. Il a créé la troupe du Théâtre de la Fraternité, ainsi que le Centre de formation et de recherche en arts vivants (Cefrav). Il est encore l’initiateur du Festival international de théâtre et de marionnettes de Ouagadougou (Fitmo). Son curriculum vitæ résonne comme une ode aux arts de la scène.

Sur l’affiche placardée à l’entrée comme à la sortie du village, son regard oblique et serein semble veiller sur le festival. Pour le metteur en scène et comédien Athanase Kabré, par ailleurs chef du quartier où se tient le festival, le professeur Guingané, chantre de la culture burkinabé et pionnier du renouveau théâtral au Pays des hommes intègres, est bel et bien présent lors de cette manifestation culturelle. “Il est encore là. Il nous accompagne, il nous parle et nous guide toujours”, confie cet homme de culture, lui-même formé à son l’école.

Du point de vue de la programmation, la présentation de sa pièce La Danseuse de l’eau, chez les Nikiéma, perpétue son oeuvre. Sur le plan de la réflexion, la journée d’hommage qui lui est dédiée est l’occasion d’un colloque intitulé “État des lieux du théâtre au Burkina”, qui se tiendra mardi 6 novembre à l’Espace culturel Gambidi, qu’il avait créé. Par ses oeuvres, ses créations, ses initiatives ou ses enseignements, l’éclaireur Jean-Pierre Guingané a balisé le chemin du développement de la culture au Burkina. Pour le metteur en scène Dani Kouyaté, “Guingané a su se battre à mort pour rester en vie dans cet immense champ de bataille que sont l’art et la culture, où il a fertilisé les chantiers futurs”.

Ousmane Mbengue

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Un festival dans les nuages

C’est par une parade que l’édition 2012 des Récréâtrales a été lancée officiellement vendredi 2 novembre à Ouagadougou, la capitale burkinabè. À l’occasion de cette 7e édition, le quartier Gounghin Nord, où est érigé le village du festival, a vibré aux rythmes des fanfares qui ont accompagné la procession inaugurale d’un évènement riche en couleurs, où un travail scénographique original suggère l’envol des éléments terrestres vers les cieux.

Vendredi 2 novembre 2012 en fin d’après-midi, la chaleur suffocante qui enveloppe Ouaga commence à s’estomper. Une parade marque l’ouverture officielle de la plateforme festival de la 7e édition des Récréâtrales. Une folle ambiance, rythmée par le vrombissement des vélomoteurs, règne à Bougsemtenga, le fief de la fédération du Cartel, organisatrice de l’événement.

À peine franchi le seuil du village du festival, une représentation scénographique étonnante, concoctée abattue par l’équipe de Patrick Janvier, de l’Académie régionale des arts scénographiques, nous plonge dans un univers céleste. Une équipe d’une quarantaine de scénographes a travaillé d’arrache-pied pendant plusieurs semaines pour suspendre divers éléments terrestres au-dessus des têtes des festivaliers.

Sur la route poussiéreuse en latérite qui dessert les différents lieux de représentations, des tubes de fer ronds couverts de tissus de différentes couleurs s’élancent vers le ciel. Ils abritent des lampes qui diffuseront une lumière soigneusement tamisée à la tombée de la nuit. À l’une des deux entrée du village, près du complexe scolaire Saint-Pierre de Kouka, des fenêtres en bois sont suspendues en l’air, accrochées à des cordes qui traversent la rue déjà en parade. Ce sont les répliques des vraies fenêtres de l’établissement. Un collège d’étude et de recherche a longuement concocté ce théâtre en mouvement, voué à « occuper l’espace» et à « dessiner des circulations ».

Un peu plus loin, avant d’arriver au premier carrefour à l’intérieur du village, des poissons, des oiseaux et des papillons en carton, mais aussi des pendrions, des perches ou des gradins sont suspendus à d’autres cordes. Au carrefour, une réplique de bateau fabriqué avec des tôles et une carcasse de voiture vient compléter le dispositif scénographique.

Au loin, sur la terre ferme, le son des fanfares se fait entendre. Les enfants trépignent et sautent de joie. Deux fanfares, l’une civile, l’autre militaire, rythment la procession des « Grands Hommes » de Boromo (une ville située à près de 200 km de Ougadougou). Il s’agit d’imposantes marionnettes habillées en vieillots, habitées par des manipulateurs qui éprouvent quelques difficultés à se mouvoir dans le fatras de cordes suspendues au-dessus de la rue. Des enfants cavaliers les suivent, ainsi que des motocyclistes qui soulèvent sur leur passage un épais nuage de poussière.

Le public exulte. La nuit commence tombe brutalement, et avec elle le village semble se métamorphoser. Le dispositif scénographique, dans la pénombre, se renouvelle et laisse apparaître différents jeux de lumières. L’ambiance est conviviale et festive. Venus de tous horizons, les festivaliers sirotent sodas et bières autour d’une assiette de brochettes. Entre deux espaces de représentation, les maquis débordent de monde. À La Cour des Miracles, à la Cave Couraogo, Chez Nabiga, passionnés de théâtre et habitants du quartier partagent boissons et « mangement » en attendant l’heure du concert inaugural, où le rappeur Smokey doit enflammer la rue.

Le village du festival est comme suspendu entre ciel et terre et dans l’air, dans une ambiance riche en sons, en lumières et en couleurs.

Mamadou FAYE

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Récréâtrales 2012: ramener le théâtre à sa base

Événement artistique d’envergure internationale, les Récréâtrales ont démarré ce vendredi 2 novembre 2012 dans une rue du quartier Gounghin Nord, à Ouagadougou. Pour ses organisateurs, cette manifestation innovante est porteuse d’une vision : ramener le théâtre à sa base, à sa dimension originelle d’espace de discussion sociale. C’est ainsi que cinq cours familiales accueillent les spectacles programmés…

Une scène des Récréâtrales 2012, installée dans une concession familiale...

Une scène des Récréâtrales 2012, installée dans une concession familiale…

L’édition 2012 des Récréâtrales investit les familles. Dans le quartier Gounghin, les espaces de vie des familles Bazié, Nadembéga, Nombré et Zaré, Bationo et Nikiéma se transforment en lieu de représentation des spectacles programmés. Dans la rue où est basée la fédération du Cartel, à l’origine des Récréâtrales, les cours des concessions occupées par ces familles ont été aménagées en salles de théâtre pouvant accueillir entre 150 et 300 spectateurs.

« La motivation première c’est que nous avons besoin de ce peuple là pour consommer ce que nous produisons, afin que nous puissions en vivre, précise le metteur en scène Ildevert Méda, l’un des initiateurs de cet événement. Il s’agit de conquérir notre premier public : celui qui vit avec nous, qui nous connaît et que nous connaissons. Ensuite, le public du quartier, de la ville et du pays. » Pour formaliser ce dispositif, les organisateurs et les populations ont mis en place des comités de quartier. Bruno Bazié se réjouit d’apporter sa contribution à ce concept original : « Je fais partie de ceux qui ont été sollicités lors de l’édition précédente. Cela nous permet de participer et de nous impliquer activement ».

Cette participation des populations est-elle bénévole ou fait-elle l’objet de subsides ? « Nous nous familiarisons avec le théâtre à travers les échanges, le partage, la solidarité et la communion avec d’autres personnes, et je puis vous affirmer que nous n’avons rien demandé en contrepartie, assure le sergent-chef Bationo, dont la concession abrite la pièce Al Mustapha. Nous sommes tous dans une dynamique de promotion du théâtre au Burkina Faso ! » M. Nazé Nikéma, dont la famille héberge le spectacle La Danseuse de l’eau, abonde dans le même sens. « Nous n’avons rien demandé en contrepartie car nous estimons tous que nous avons un devoir citoyen. Si c’était à refaire, je n’hésiterais pas à mettre la cour de ma concession à la disposition des Récréâtrales. » Une adhésion partagée par les trois autres familles impliquées : « C’est une bonne chose que le festival vienne à nous. C’est une démarche originale. »

Cette approche, si elle se généralisait, serait-elle susceptible de contribuer à la promotion du théâtre à l’échelle sous-régionale ? Pour le comédien malien Lamine Diarra, c’est une évidence : « La question fondamentale du théâtre, c’est le public. Et dans nos pays, le théâtre est circonscrit aux Instituts français, avec des implications financières qui le tiennent à l’écart les populations. Celles-ci ont du mal à débourser le prix du billet dans une situation de crise récurrente. On ne peut pas continuer d’imiter le théâtre occidental. Nous nous devons d’exceller dans une forme de théâtre qui se monte et se démonte partout. Moi je suis convaincu de la portée positive de cette démarche en Afrique. »

Youssoufou Diallo

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Théâtre chez l’habitant

Entretien avec Étienne Minoungou, directeur des Récréâtrales

C’est l’une des singularités notables des Récréâtrales, le festival de théâtre qui se tient tous les deux ans à Ouagadougou. La majeure partie des représentations artistiques s’y fait loin des salles de théâtre conventionnelles, chez les habitants du quartier Bougsemtenga, à Gounghin Nord. Dans le cadre de ce festival atypique, les familles Nikiéma, Nombré, Zaré, Bourou et Bationo accueillent les spectacles dans la cour de leur maison. Directeur général des Récréâtrales, Étienne Minoungou y voit « une manière de restituer le théâtre aux populations ».

Étienne Minoungou, comment en êtes-vous arrivé à donner certaines représentations chez les habitants du quartier de Bougsemtenga?

Le Festival s’est installé dans ce quartier en douceur, de manière progressive, dans la concertation et l’adhésion la plus totale. Nous avons trouvé des populations très ouvertes et très intéressées par la chose théâtrale. Pour autant, l’ancrage des Récréâtrales dans ce quartier s’est fait dans un cadre formel de dialogue et de concertation entre les promoteurs que nous sommes et les représentants des différentes composantes de la population. Ce cadre, c’est le comité de quartier, dont la mission est de décliner un certain nombre de propositions et d’orientations pour l’enracinement des activités à Bougsemtenga. Les responsabilités mutuelles sont définies de part et d’autre et nous entretenons des relations de confiance avec la population du quartier. Nous avons travaillé pendant plus de six ans pour y installer le festival et toutes les forces vives se sont impliquées activement à nos côtés. Il y a une véritable adhésion des populations à ce que nous faisons. On constate une belle symbiose, une parfaite communion entre la vie des habitants et le projet artistique, parce que c’est ça, la culture. Dans les maisons où se déroule le festival, les femmes, les enfants, les adultes, tous vaquent à leurs occupations. Certains sont tranquillement assis, d’autres poursuivent leurs activités domestiques sans aucune contrainte…

Pourquoi avoir choisi de transformer des espaces de vie en espaces de représentation plutôt que de jouer ces spectacles dans des salles traditionnelles ?

Le théâtre fait partie du débat social. Dès l’origine, il est constitutif de l’espace démocratique. Autrement dit, il appartient au peuple et il constitue un miroir de la société. C’est pourquoi nous devons ramener le théâtre à sa base et à son lieu originel. En tant qu’espace de discussion sociale, nous ne devons pas le confisquer pour l’enfermer dans une affaire réservée aux artistes, aux spécialistes et aux intellectuels. Dérouler les spectacles dans les espaces de vie est justement une manière pour nous de restituer le théâtre aux populations. En nous installant dans ce quartier de Ouaga, nous restons en contact avec les populations, investissant ces espaces intimes pour en faire des espaces publics, des espaces de discussion sociale.

Aujourd’hui, les populations du quartier adhèrent à notre démarche et s’approprient le festival. Elles nous ouvrent les portes de leur maison avec respect, disponibilité et confiance, acceptant de nous confier une grande partie de leur intimité. Vous pouvez constater par vous-même cette mobilisation exceptionnelle qui traduit leur adhésion.

Dans ces espaces de vie transformés en lieux de théâtre, est-ce que le spectacle ne prend pas le risque de perdre sa spécificité ?

Bien au contraire ! Ces spectacles y puisent une forme d’originalité. Les spectacles joués sur des scènes conventionnelles ont la même valeur que ceux qui sont joués là, dans ces espaces de vie. Le théâtre, c’est un public et des comédiens ; il peut se jouer partout. Comme vous allez le découvrir, nous avons aménagé ces maisons en y installant le matériel nécessaire, avec l’implication et le soutien effectif des populations.

Propos recueillis par Ousmane Mbengue

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Ouematou, l’homme-théâtre de Ouaga

Par Gilles Arsène Tchedji

Son portrait est gravé sur l’affiche des Recréâtrales 2010. S’il ne se produit pas sur les planches du festival ouagalais, Ouematou Alamyona est en lui-même un personnage de théâtre…

Au Burkina Faso, la campagne électorale présidentielle bat son plein. Et pourtant, sur les murs de la capitale, Ouagadougou, les affiches assurant la promotion de la plateforme festival des Recreâtrales semblent avoir pris le pas sur celles des différents candidats en lice. Dessus, un personnage atypique aiguise la curiosité et capte l’attention. L’air farceur, équipé de lunettes noires, de larges bretelles et d’une cravate kilométrique qui lui descend jusqu’aux genoux, il tient une canne massive à la main gauche et semble entamer un étrange pas de danse.

Dans la rue du Cartel, au soir de l’ouverture des Recréâtrales, un homme qui lui ressemble étrangement est assis à une table du maquis La Cour des miracles. Coiffé cette fois d’un chapeau à rayures aussi original que le reste de son accoutrement, il tient à la main sa surprenante canne, ornée et colorée. Autour de son cou, nouée sans grand soin, sa cravate démesurée nous confirme qu’il s’agit bien du curieux personnage de l’affiche des Récréâtrales. › Lire la suite

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