Sarzan

Amadou BOUROU n’est pas mort

Faire un pas, peu importe lequel a été l’un des crédos de Achile Amadou Bourou. Décédé en janvier 2010, ce grand homme du théâtre et du cinéma burkinabé reste encore présent sur scène, à travers ce spectacle et ceux qu’il a formés.

La pièce théâtrale ‘’ Sarzan ‘’ est l’adaptation d’une nouvelle de Birago Diop, auteur sénégalais. Présentée à un public de tout âge, par la compagnie Feeren, jeudi 23 octobre 2014, en hommage à Amadou BOUROU, fondateur de ladite compagnie, par ailleurs metteur en scène de cette pièce. Cadre de la représentation : la compagnie Feeren qu’il a crée en 1990, alors de retour de France où il s’était rendu pour des études. La pièce théâtrale ‘’ Sarzan ‘’ qui du reste garde le nom du personnage principal, dans le texte original de Birago Diop, a été crée en 1994 ; elle a été jouée cette même année, puis en 2004. Aussi, a-t-elle été jouée, hier, par les mêmes acteurs d’il y a vingt (20) ans.

Dans ‘’ Sarzan ‘’, le metteur en scène nous plonge dans la vie du sergent Thiémoko Kéïta, tirailleur sénégalais enrôlé dans l’armée coloniale, revenu dans son pays et devant faire face au changement opérée dans son Sénégal natal dans la période d’après les indépendances.

Deux acteurs, formés par l’illustre disparu, Seydou Boro et Alain Héma, ont campé les rôles respectifs de Thiémoko Kéïta (ancien combattant démobilisé) et le triple rôle de commandant de cercle dans l’administration coloniale, de conteur et d’ami du sergent Kéïta.

La citation de Amadou Bourou à l'entrée de son théâtre

A cette représentation, il a été donné entre autres au public, de se rendre compte de la présence de Achille Amadou Bourou. Cette présence est marquée par la dextérité avec laquelle s’expriment sur scène et même en dehors de celle-ci, ceux qu’il a formés au sein de la compagnie Feeren ; ces acteurs et disciples pluridisciplinaires qui ont su garder les consignes du Maître et mettre en application ses enseignements.

Il reste vivant parmi les siens et parmi ses pairs, tous ceux qui l’ont côtoyé, de longues années durant et qui ne manquent pas d’éloges à son égard. Amadou Bourou le battant, le rigoureux, le rassembleur, l’humain, le patient, peut-on attendre témoigner, ceux qui l’ont connu et fréquenté.

Transmettre son savoir et son savoir-faire aux autres, en leur tenant la main ; c’est ce qu’a fait le metteur en scène Achile Amadou Bourou à qui l’on rend un hommage mérité au cours de la 8ème édition des Récréâtrales. Amadou Bourou a fait un pas, un pas pour la postérité. Et c’est bien un pas de Maître. C’est bien lui qui disait à juste titre : « Un pas reste un pas. Ni de fourmi, ni d’éléphant. Mais un pas d’homme engagé dans le monde ». Il s’est engagé pour révolutionner le théâtre au Burkina Faso et il a mené le bon combat, cela se justifie par le travail de ses disciples que l’on peut retrouver dans bien de régions du monde, par les acclamations interminables des spectateurs à la fin de cette représentation, mais aussi et surtout par ces applaudissements nourris à sa dépouille mortelle au cimetière, à l’occasion de son inhumation en 2010.

La représentation de ‘’ Sarzan ‘’ a vu la participation de ses anciens étudiants et disciples, certains venus des États-Unis d’Amérique et d’Europe notamment, lui dire leur reconnaissance et revivre en sa présence. Une façon pour eux de lui dire « Bravo Maître Amadou Bourou, merci pour ton œuvre ! »

Serge Adam’s Diakité

(Côte d’Ivoire)

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Théâtre à l’imprimante 3D

La Compagnie (Cie)Feeren n’a pas essayé de démentir hier le dicton selon lequel on ne serait mieux servi que par soi-même. Dans la soirée des hommages à Amadou Bourou, son ex-directeur décédé en janvier 2010, la Cie Feeren a porté de nouveau sur la scène, Sarzan, une nouvelle de Birago Diop. Mise en scène par Amadou Bourou lui-même.

La pièce était jouée en 1994 par Amadou Bourou. Et elle fut encore portée sur la scène une décennie plus tard en 2004. Il s’agit de la dernière partie des Contes d’Amadou Koumbade l’écrivain sénégalais Birago Diop, mais contrairement au reste de l’oeuvre, ceci relève plutôt du genre de la nouvelle. Elle porte sur l’aliénation culturelle, les rapports à la tradition et les conflits entre modernité et tradition. De retour dans son village natal, le tirailleur Thiémoko Keïta, après avoir traîné sa bosse au Soudan français, au Sénégal, au Maroc, en France, au Liban et en Syrie, entreprend de civiliser le village de Dougouba par les réformes des croyances jugées désuètes. Sa mission civilisatrice échoue, le sergent Thiémoko sombre dans un délire sans fin et devient Sarzan-le-fou.

Le spectacle est plein de rythmes et d’une grande intensité ; la démence du sergent missionnaire joué par un Seydou Boro imposant sur scène, reste le clou de cette pièce avec cette déclamation captivante du poème “Les morts ne sont pas morts“.

L’objectif du spectacle de ce 23 octobre était de montrer au public le travail et, pourquoi pas, les qualités de metteur en scène d’Amadou Bourou en reproduisant sa mise en scène de l’époque, avec les mêmes acteurs (Alain Hema et Seydou Boro). Un espace presque dépouillé, une malle - qui servait de bagage charrie toute la truculente histoire aventurière de Thiémoko Keita et sa culture occidentale, et un escabeau mettaient en relief un environnement assez pauvre et la déchéance matérielle du sergent.

Néanmoins, la reproduction exacte, prétendument dans les mêmes formes, d’une mise en scène réalisée il y a 20 ans, laisse quelque peu dubitatif le spectateur. Si les acteurs ont pris vingt ans d’âge, on veut convaincre de la jeunesse de la mise en scène, que le même rythme, le même jeu d’acteur et la même esthétique, gouvernent encore cette disposition scénique.

Le théâtre n’est ni la télé, ni le cinéma ; et même si l’actualité du texte est indéniable, il n’en demeure pas moins que le regard du metteur en scène 20 ans plus tard, ne peut demeurer le même. Amadou Bourou aurait-il repris ce spectacle sans y apporter du nouveau ? Il est permis d’en douter.Il en est également du jeu des acteurs qui pourrait évoluer. Le théâtre se vit dans l’instantané des plaisirs des sens et se prolonge dans l’imaginaire du spectateur en dehors de la salle. On ne peut pas le refaire avec une imprimante 3D.

L’intérêt du spectacle Sarzan est donc vraisemblablement ailleurs que sur la scène de cette maison familiale. Il est à chercher dans la vanité des humains de restaurer la place d’un mort, de le faire revivre, dans l’illusion d’honorer sa mémoire. Les hommages ne sont en réalité que le fait des vivants ;ils concernent très peu les morts. Hier, la Cie Feeren aurait dû nous montrer une mise en scène qui nous prouve que les héritiers d’Amadou Bourou ont tout simplement dépassé le maître. Cela aurait été le plus bel hommage qu’ils lui eussent rendu.

Tony FEDA (TOGO)

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