Théâtre

EDITO: Théâtre et Musique, un mélange de genre dangereux ?

On savait déjà que le théâtre était le carrefour des arts en ce sens qu’il peut faire appel à la plupart de ceux-ci. Mais la 8è édition des Récréâtrales aura permis de constater la liberté que s’est donnée la majorité des metteurs en scène en ce qui concerne la musique.

Que ce soit dans « l’Odeur des arbres » d’Isabelle Pousseur ou « la Malice des hommes » de Paul Zoungranapour ne citer que ces spectacles, on s’interroge forcément sur la nécessité de cette présence systématique de la musique.

Pour la réussite du jeu ? De l’avis de certains, c’est une piste à explorer pour comprendre cette intrusion. La musique ferait partie intégrante de la mise en scène. Elle permettrait de rendre fluide le jeu et de faciliter ainsi la compréhension du spectacle. Elle révèlerait enfin la pluralité des talents de comédiens.

Mais l’utilisation abusive de la musique ne sert plus le théâtre. Comme ce fut le cas de certaines représentations lors de cette édition des Récréâtrales. On voit clairement que la musique sert surtout à cacher ou minimiser les tares de certains acteurs sur scène. Et c’est là qu’il revient à s’interroger sur l’innocence de la présence de la musique au théâtre. Est-ce finalement une échappatoire pour les metteurs en scène et comédiens en manque de créativité ?

Certes, l’absence de la musique dans certains spectacles laisserait ces derniers sans goût mais une présence trop accrue les desservirait tout autant. Le juste milieu devra être trouvé pour que la musique ne serve pas de béquille à des mises en scène claudicantes.

Eustache Agboton ( Bénin)

Tags: , , , ,

L’Odeur des arbres: Récit d’une portée universelle

Antole Koama (Naba); Halimat Nikiéma (Chaïne)

De G à dr: Antole Koama (Naba); Halimat Nikiéma (Chaïne)

Un père est assassiné par sa fille cadette au motif qu’il constituait un frein à la construction d’une route bitumée. C’est l’idée force de L’odeur des arbres, un texte dramatique de l’Ivoirien Koffi Kwahulé mis en scène par la Française Isabelle Pousseur. Ce drame familial est une photographie de notre société capitaliste.

Flash back. Shaïne, sœur aînée revient dans sa ville Loropéni après 20 ans. Son objectif : se recueillir sur la tombe de son père déclaré mort en son absence. Son ex petit ami agité ne trouve pas les mots pour lui répondre. Elle apprend finalement de leur frère SJ que leur sœur cadette a exécuté leur père en complicité avec Naba le bourgmestre, son amant.

Des personnages désintégrés

La pièce a été jouée par six personnages. Seulement deux se tiennent droit dans leurs bottes. Il s’agit du balayeur très occupé à sa tâche et Shaïna malgré sa démarche boiteuse (et son départ qu’on lui reproche) tient un discours plus moraliste. Les plus tordus sont trois et forment un triangle de criminels. Zineké, la sœur cadette dans ses tenues élégantes et derrière son air imperturbable, est une manipulatrice. Elle va de crime en crime. Elle séduit le petit ami de sa sœur puis l’implique dans l’assassinat de leur père. Ayant assisté au meurtre de ce dernier, le frère cadet a perdu la tête au point de vouloir devenir Miss Loropéni ! Le bourgmestre dans sa fonction de chef – Naba en référence au nom du chef dans l’ethnie Mossi – n’est qu’un pantin aux ordres de sa maîtresse Zineké. Quant à l’enfant né de l’union de Zineké et du Naba, sans identité, traverse la pièce en courant…

L’intérêt au dessus de la morale

Safoura Kaboré ( Zinké)

Safoura Kaboré ( Zineké)

L’héroïne de cette pièce affichée est Zineké, l’air suffisant, véritable personnage faustien prêt à tout pour arriver à ses fins. En réalité, elle se réjouit de la construction de la voie grâce à laquelle les conditions de vie de ses concitoyens se sont améliorées. C’est pour cela qu’elle a autorisé l’exploitation de l’espace d’un lac asséché. Elle n’a aucun remord. Au contraire, elle pense qu’elle fait beaucoup de bien à sa communauté. Donc elle ne tolèrerait pas un quelconque reproche. SJ, comptant sur la promesse de Zineké de remporter la couronne de Miss Loropéni, accepte de tuer Shaïne. C’en était fini des obstacles.

Une photocopie de la société capitaliste

Ce texte de Koffi Kwahulé est une représentation assez fidèle de l’état du monde. Avec la mondialisation, les multinationales ont des pratiques dénuées d’éthique. Pour la construction d’infrastructures, on déplace des populations parfois sans dédommagement. Pour alimenter l’industrie alimentaire et cosmétique d’huile de palme, on détruit l’environnement et des espèces animales. Pour fournir l’industrie de l’informatique et de la technologie en cobalt des milliers d’enfants meurent dans les mines d’exploitation au Congo Kinshasa. Toute cette activité humaine a abouti à des catastrophes naturelles qui ont fait d’importants dégâts et beaucoup de victimes. Dans un environnement micro, on entend parfois qu’un individu a dû sacrifier l’un de ses parents pour faire fortune. Au nom d’intérêt soi-disant général, on tord de plus en plus le cou à la morale et à l’éthique.

La pièce semble faire la part belle au triomphe du capitalisme, du matérialisme, de la cupidité en somme. En même temps, elle évoque cette Afrique oisive, pleine de potentialités mais incapable de les développer. Spectacle hautement politique, le metteur en scène nous fait découvrir un monde du désenchantement, de la désillusion, et l’abdication de l’esprit du bon sens devant l’extension effrénée du matérialisme. Ne peut-on rien faire pour cette société qui court à grandes foulées vers le chaos ?

Hortense Atifufu (Togo/Burkina Faso)

Tags: , ,

L’Odeur des arbres: La succulente tragédie des Récréâtrales

Halimata Nikiéma (Chaïne), Urbain K. Guiguimdé (S.J)

Halimata Nikiéma (Chaïne), Urbain K. Guiguimdé (S.J)

Quelle pourrait-être « L’Odeur des arbres » ? Cette question taraude l’esprit quand on entre chez la famille Ouango où doit se tenir la représentation de cette pièce mise en scène par Isabelle Pousseur.

Ici, il y a quelques arbustes sur la cour. On ne sent forcement pas leurs odeurs. Mais lorsque la pièce commence avec l’arrivée de l’actrice Zinké sur scène, on comprend très vite les choses. « …Quand elle m’est apparue de l’autre côté du lac et qu’elle n’était alors qu’un point, je savais que c’était elle. Maintenant que la poussière s’est comme prosternée à ses pieds je la découvre. Une femme ». Shaine sa sœur est de retour à Lorépeni. L’histoire tourne en réalité autour du retour d’une sœur aînée partie des années plus tôt et qui vient enquêter sur la disparition suspecte de son père. Obtiendra-t-elle la vérité ? S’en sortira-t-elle vivante ?

L’exceptionnelle mise en scène d’Isabelle Pousseur, offre à voir un beau spectacle d’un texte né d’une commande passée à Koffi Kwahulé. Ce texte qui « conjugue avec brio poésie du quotidien et petite acidité ordinaire » est réellement «une œuvre inter artistique qui témoigne d’un processus de recherche riche et rigoureux». Ce qui fait en réalité le charme de ce spectacle présenté aux Recréâtrâtrales de Ouaga, c’est l’intrigue savamment managé par la mise en scène, et qui pousse le spectateur à rester jusqu’au bout de la représentation, pour surtout voir comment se terminera cette histoire tragique.

En effet, à chaque fin d’acte le suspense demeure. L’auteur du texte comme le metteur en scène ont tous deux su jouer sur le désir du public d’aller jusqu’au bout du récit ou de la représentation. L’on se demande, comment Shaïne réussira-t-elle à obtenir la vérité sur le décès de son géniteur ?

Et elle qui croyait pouvoir se recueillir sur la tombe de son père, est d’abord déchantée par l’attitude de son beau-frère, puis ensuite celle de son propre frère. Le premier, lui cache la vérité et se défausse sur son épouse, tandis que le second (son frère), un travesti qui bien que connaissant la vérité sur la mort de leur père, est plus préoccupé par sa probable élection à Miss monde. Il finira toutefois par avouer le meurtre commis par leur unique sœur, avec la complicité de son époux.

Safoura Kaboré (Zinké)

Safoura Kaboré (Zinké)

Révoltée, Shaïne décide d’en faire une affaire de justice. Elle n’y parviendra pas. Sa sœur Zinké, plus machiavélique, réussit à pousser son « attardé » de frère à mettre un terme à la vie de Shaïne. Elle meurt comme son père, étouffée, devant une sœur Zinké et son époux, devenus doublement meurtriers.

Même si l’on peut noter trop de vide entre les dialogues des acteurs, du fait de la longueur des textes, le spectateur suit avec plaisir à travers cette représentation, une poésie des mots qui s’enchaîne, dans un mouvement de création, dont seul a le secret, les grands dramaturges.

A la fin de la représentation, beaucoup de questions restent en suspens : Pourquoi jouer une musique triste pendant qu’un acteur joue du ballon et saute partout sur scène ? Pourquoi avoir pris le pari de bouger tous les spectateurs d’un décor vers un autre en plein spectacle ? C’est surement tout cela qui fait la beauté de la mise en scène qui a permis de renifler la bonne « odeur des arbres ».

Par Gilles Arsène TCHEDJI (Sénégal)

Tags: , , ,

EDITO : La révolution par le théâtre ?

Le Burkina Faso se retrouve encore une fois en plein soubresauts démocratiques. Les Gavroches sont à nouveau dans les rues, prêts à en découdre pour une hypothétique révolution et les lendemains qui chantent.

Ces convulsions populaires se sont transportées sur les scènes des Récréâtrales. Nuit blanche à Ouaga et La malice des hommes résonnent des bruits et fureurs de l’actualité. Ces spectacles sont transparents et laissent entrevoir la révolte.

Se posent alors la question du rapport entre théâtre et politique et celle toute aussi légitime et récurrente de l’engagement d’une œuvre. Le théâtre est par essence politique, car de tous les genres artistiques, il est celui qui a directement prise avec la réalité dans sa banalité la plus crasse, la plus triviale.

Cette édition des Récréâtrales en portent d’ailleurs les stigmates en s’invitant chez l’habitant, violant son intimité, mettant les pieds dans la gadoue de la périphérie en l’éclaboussant sur la scène. Le rôle politique et social du théâtre est alors évident et noble quand il porte ainsi “le fardeau d’une conscience collective qui émerge à peine dans la conscience collective du monde“, selon l’expression de l’écrivain togolais Sami Tchak.

Mais n’est-ce pas là le danger qui guette une œuvre théâtrale quand elle s’ancre un peu trop dans la temporalité d’une cause, d’une fonctionnalité qui occulte l’exigence esthétique, celle indépassable qui donne à une œuvre son caractère intemporel pour témoigner de la condition humaine tout simplement ?
En se focalisant sur une réalité burkinabé plus que complexe, les metteurs en scène des spectacles ci-dessus cités ne prennent-ils pas le risque de voir la portée de leur œuvre se réduire au cadre étroit du seul Burkina ?

Tony FEDA (TOGO)

Tags: , ,

Sam Bapès, l’ombre qui éclaire les scènes

Sam Bapès, éclairagiste et conseiller lumière des Récréâtrales

Pour beaucoup de spectateurs, le théâtre se résume à un auteur, un metteur en scène et un comédien. Pour ceux-là, l’éclairage est présent juste pour permettre de voir jouer le comédien. Mais “c’est bien plus que cela”, selon le Camerounais Sam Bapès, conseiller lumière et régisseur invité à ces Récréâtrales 2014.

« L’éclairagiste est un artiste » affirme Sam Bapèssur qui il suffit deposer les yeux pour s’en rendre compte. Son travail s’intègre dans celui de l’équipe de création. Objectif, transformer des intensités lumineuses, des angles d’éclairage, des couleurs, en langage directement relié et en parfaite corrélation avec les intentions de l’auteur et les partis pris du metteur en scène.Vu sous cet angle, le spectacle prend une dimension de plus et la vraie beauté de la lumière est dans cet équilibre, “voir et dire”.

Le vrai travail de l’éclairagiste n’est donc pas de faire joujou avec des projecteurs mais de faire exister sur le plateau, un monde dont la lumière sera aussi essentielle au comédien que le soleil l’est à l’homme dans la vie de tous les jours.La lumière, à travers le créateur lumière, ne doit jamais être sous-évaluée. Car elle contribue, comme le jeu du comédien, comme le choix des décors et/ou des costumes, à la qualité finale du spectacle.Ainsi Sam Bapès, concepteur d’éclairage utilise savamment toute la puissance et la subtilité de cet extraordinaire médium qu’est la lumière.

Réglage de lumière sur la petite scène de l'Inafac

“Si à la base, l’éclairage au théâtre avait pour fonction de rendre les acteurs et le décor visibles aux yeux du public, il peut aussi servir à créer des atmosphères, indiquer le lieu et l’heure, déplacer l’intérêt d’un lieu à l’autre sur la scène, donner à la production son style, faire paraître les objets plats ou tridimensionnels, fondre tous les éléments visuels en un tout unifié » explique-t-il.

Pour réaliser ses innombrables effets, l’éclairagiste jouesur les quatre propriétés de la lumière que sont l’intensité, la couleur, la distribution et le mouvement. De fait, l’éclairage de scène peut varier en intensité d’une lueur quasi imperceptible à une luminosité aveuglante. Une simple lampe de poche allumée sur une scène obscure semblera très claire, tandis qu’un projecteur ultra-puissant qui s’allume sur une scène déjà fortement éclairée semblera n’avoir que peu d’intensité.

Pour ce qui est de la couleur d’un objet sur scène, elle est déterminée tant par sa couleur réelle que par la couleur de la lumière qui l’éclaire. « En appliquant des filtres ou gélatines devant les projecteurs, il devient possible d’appliquer aux comédiens des couleurs plus flatteuses, de baigner tout un décor dans une chaude lumière ou de faire mieux ressortir les couleurs du décor et des costumes ».

Il y a plusieurs façons de distribuer la lumière sur une scène. On peut en faire varier la forme depuis une lueur douce, sans définition particulière, jusqu’à un rayon aux contours nets qui produira des ombres. On peut aussi faire passer le rayon lumineux à travers une plaque de métal trouée et créer ainsi des formes et des intermittences, un peu comme si la lumière traversait un feuillage.

Avec le mouvement, la dernière propriété, l’intensité, la couleur et la distribution de la lumière peuvent être modifiées aussi vite ou aussi lentement que le concepteur et le metteur en scène le désirent. , “une scène qui débute dans la lumière rose de l’aurore peut se terminer dans la lumière dorée d’un soleil déjà haut dans le ciel”, conclut cet homme de l’ombre qui, joignant l’acte à la parole poussa les curseurs de sa console et… fiat lux sur la petite scène de l’INAFAC.

Sandrine Sawadogo (Burkina Faso) / Eustache Agbotgon (Bénin)

Tags: , , , ,

Amadou BOUROU n’est pas mort

Faire un pas, peu importe lequel a été l’un des crédos de Achile Amadou Bourou. Décédé en janvier 2010, ce grand homme du théâtre et du cinéma burkinabé reste encore présent sur scène, à travers ce spectacle et ceux qu’il a formés.

La pièce théâtrale ‘’ Sarzan ‘’ est l’adaptation d’une nouvelle de Birago Diop, auteur sénégalais. Présentée à un public de tout âge, par la compagnie Feeren, jeudi 23 octobre 2014, en hommage à Amadou BOUROU, fondateur de ladite compagnie, par ailleurs metteur en scène de cette pièce. Cadre de la représentation : la compagnie Feeren qu’il a crée en 1990, alors de retour de France où il s’était rendu pour des études. La pièce théâtrale ‘’ Sarzan ‘’ qui du reste garde le nom du personnage principal, dans le texte original de Birago Diop, a été crée en 1994 ; elle a été jouée cette même année, puis en 2004. Aussi, a-t-elle été jouée, hier, par les mêmes acteurs d’il y a vingt (20) ans.

Dans ‘’ Sarzan ‘’, le metteur en scène nous plonge dans la vie du sergent Thiémoko Kéïta, tirailleur sénégalais enrôlé dans l’armée coloniale, revenu dans son pays et devant faire face au changement opérée dans son Sénégal natal dans la période d’après les indépendances.

Deux acteurs, formés par l’illustre disparu, Seydou Boro et Alain Héma, ont campé les rôles respectifs de Thiémoko Kéïta (ancien combattant démobilisé) et le triple rôle de commandant de cercle dans l’administration coloniale, de conteur et d’ami du sergent Kéïta.

La citation de Amadou Bourou à l'entrée de son théâtre

A cette représentation, il a été donné entre autres au public, de se rendre compte de la présence de Achille Amadou Bourou. Cette présence est marquée par la dextérité avec laquelle s’expriment sur scène et même en dehors de celle-ci, ceux qu’il a formés au sein de la compagnie Feeren ; ces acteurs et disciples pluridisciplinaires qui ont su garder les consignes du Maître et mettre en application ses enseignements.

Il reste vivant parmi les siens et parmi ses pairs, tous ceux qui l’ont côtoyé, de longues années durant et qui ne manquent pas d’éloges à son égard. Amadou Bourou le battant, le rigoureux, le rassembleur, l’humain, le patient, peut-on attendre témoigner, ceux qui l’ont connu et fréquenté.

Transmettre son savoir et son savoir-faire aux autres, en leur tenant la main ; c’est ce qu’a fait le metteur en scène Achile Amadou Bourou à qui l’on rend un hommage mérité au cours de la 8ème édition des Récréâtrales. Amadou Bourou a fait un pas, un pas pour la postérité. Et c’est bien un pas de Maître. C’est bien lui qui disait à juste titre : « Un pas reste un pas. Ni de fourmi, ni d’éléphant. Mais un pas d’homme engagé dans le monde ». Il s’est engagé pour révolutionner le théâtre au Burkina Faso et il a mené le bon combat, cela se justifie par le travail de ses disciples que l’on peut retrouver dans bien de régions du monde, par les acclamations interminables des spectateurs à la fin de cette représentation, mais aussi et surtout par ces applaudissements nourris à sa dépouille mortelle au cimetière, à l’occasion de son inhumation en 2010.

La représentation de ‘’ Sarzan ‘’ a vu la participation de ses anciens étudiants et disciples, certains venus des États-Unis d’Amérique et d’Europe notamment, lui dire leur reconnaissance et revivre en sa présence. Une façon pour eux de lui dire « Bravo Maître Amadou Bourou, merci pour ton œuvre ! »

Serge Adam’s Diakité

(Côte d’Ivoire)

Tags: , ,

Entre scène et écran: Deux approches narratives différentes

De gauche à droite Odile Sankara, Seydou Boro et Alain Héma

De gauche à droite Odile Sankara, Seydou Boro et Alain Héma

La nouvelle de l’écrivain sénégalais Birago Diop Sarzan inspire plus d’un créateur africain. Après l’œuvre cinématographique de feu El Hadji Momar Thiam réalisée en 1963, le metteur en scène Burkinabé Amadou Achille Bourou disparu en 2010 a lui aussi proposé une lecture beaucoup plus libre par rapport au texte en 1994.

La pièce Sarzan mise en scène par Amadou Achille Bourou et - représentée jeudi 23 octobre 2014 dans le cadre des Récréâtrales en hommage à l’auteur sur la scène de la compagnie Feeren à Gounghin - revient sur cette confrontation entre le moderne et le traditionnel en Afrique. A travers le personnage du tirailleur Thiémoko Keita, qui de retour de la Grande guerre rentre dans son village avec l’ambition de bouleverser les choses établies par la tradition.

Cette nouvelle de l’écrivain sénégalais Birago Diop adaptée aussi au cinéma par son compatriote El Hadji Momar Thiam, diffère dans le traitement artistique au théâtre et à l’écran. Les deux créateurs Bourou et Thiam ont eu chacun une manière particulière de mettre en scène ce texte qui reflète aussi une part de leur vécu. Amadou Bourou a choisi de raconter l’histoire sur une scène épurée où il y a simplement la vieille malle en fer blanc très symbolique dans nos villages africains qui sert aussi d’écran pour projeter les temps forts de la participation du sergent Keita dans ce conflit mondial. Le tabouret et le porte-manteau complètent le décor. Thiam a, lui, carrément fait jouer l’action dans le milieu naturel du village. Les deux approches aboutissent à camper le sujet dans son contexte.

De la scène à l’écran, la nouvelle de Birago Diop subit forcément des altérations et des accommodements mais il semble que le théâtre ait la possibilité de prendre plus de libertés par rapport au texte que le cinéma qui lui ne peut s’affranchir du réalisme du récit.

Car si Bourou a choisi deux personnages pour raconter toute l’histoire, Thiam en a eu plusieurs. La pièce théâtrale explique la folie du sergent Keita après l’acte en donnant la parole au deuxième personnage qui revient sur les raisons de cette démence de Keita, Thiam a de façon linéaire déroulé le récit. Il montre la confrontation du tirailleur Keita avec son père et les vieux du village qui voulaient égorger un poulet blanc afin de remercier les esprits du retour de leur fils, le saccage de l’endroit sacré où se font les sacrifices à l’insu de tous, etc. Et ce, de manière successive avant d’aboutir à la folie, conséquence de
tous ces actes.

Portrait d'Amadou Bourou dans la rue des Récréâtrales

Les deux créations agrémentées par des actes et séquences d’humours et de drames, montrent si bien qu’il est difficile en Afrique de transformer les choses établies. Thiam et Bourou partagent une trajectoire semblable ; ils ont tous deux vécu en France pour les études et sont rentrés dans leur pays respectif pour mettre leur savoir à la disposition des leurs. Aujourd’hui, la mort les réunit à nouveau (Amadou Achille Bourou décédé le 8 janvier 2010 et El Hadji Momar Thiam le 19 août 2014) et comme il est dit dans la pièce et dans le film, «Ceux qui sont morts ne sont jamais partis/ Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire/ Et dans l’ombre qui s’épaissit. Les Morts ne sont pas sous la Terre/ Ils sont dans l’Arbre qui frémit/ Ils sont dans le Bois qui gémit/ Ils sont dans l’Eau qui coule/ Ils sont dans l’Eau qui dort/ Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule/ Les Morts ne sont pas morts… ». Eux aussi sont parmi les leurs à travers leur création respective.

Fatou Kiné SENE (Sénégal)

Tags: , , , ,

Amadou Bourou, la folie en héritage

Pendant la journée d’hommage à Amadou Bourou (14 novembre 1951 - 8 janvier 2010) ce 23 octobre 2014 à Ouagadougou, la compagnie Feeren a présenté le spectacle “Sarzan”, une mise en scène de l’illustre disparu.

On croyait presque voir jouer sur scène, la vie et les combats du comédien, cinéaste et metteur en scène burkinabé, Amadou Bourou. D’abord, la mise en scène. Même si le spectacle créé par Amadou Bourou en 1994 a été retouché par ses « héritiers », c’est bien l’illustre disparu qui signe la mise en scène.

Et certaines de ces instructions en ce qui concerne la direction d’acteurs sont restées. D’ailleurs, ce sont les acteurs originels, Seydou Boro et Alain Héma, mis en scène par Amadou Bourou qui ont acceptévolontiersde remonter sur les planches pour cet hommage.

Ensuite, le texte. Tiré d’une œuvre de Birago Diop, Sarzan raconte l’histoire et les déboires d’un tirailleur de retour dans son village natal. Sergent, Sarzan Kéita a fait le Soudan français, le Sénégal, le Maroc, la France, le Liban, la Syrie.

De retour à Dougouba, son village, et animé d’une fougue à faire évoluer sa société vers la modernité, il a entrepris de détruire les fétiches et autres mânes de ses ancêtres, se heurtant ainsi à la tradition. Il bascule dans un délire sans fin, et devient Sarzan-le-fou.

S’il n’était pas tirailleur, Amadou Bourou a bien été pris pour un fou ; lui qui, de retour en 1989 de la France où il avait étudié le Théâtre, décide de se consacrer entièrement à cette passion qui l’avait détourné de ses études de Lettres modernes à Paris VIII alors qu’il était en année de D.E.A.

« A mon retour de la France, j’ai retrouvé des amis, à plusieurs niveaux de l’administration, qui me demandent ce que je fais. Je leur réponds que je fais du théâtre. Et au fil de nos discussions, on me dit ceci : « Tu fais quoi d’autre ?». Je rétorque « toujours du théâtre » . Cela a duré des années. A peine, si ces gens ne veulent pas te prendre pour un fou. C’est au fil du temps que certains ont compris », confiait,en mars 2008, Amadou Bourou, « lors d’échanges fortuits » avec le journaliste et critique de cinéma Cyr Payim Ouédraogo.

Comme Sarzan qui ambitionnait changer l’ordre établi par la tradition, Amadou Bourourêvait de professionnaliser le théâtre burkinabé. Un choix qu’il assumera jusqu’au bout.Une folie que recevront en héritage ses disciples  qui perpétuent aujourd’hui son œuvre. C’est d’ailleurs tout le sens que revêt cet hommage initié par la compagnie Feeren qu’il a créé en 1990 pour matérialiser cet engagement en faveur du théâtre.

Unanime hommage donc pour Amadou Bourouqui, tout au long de sa carrière aura montré que le chemin du succès passe par un grain de folie. Odile Sankara, Seydou Boro, feu Bienvenu Bonkian ou encore HamadoTiemtoré, quelques-uns de ses anciens collaborateurs ne penseront certainement pas le contraire.

Eustache Agboton(Bénin)

Tags: , ,

Théâtre: La fièvre du coltan instable

Les comédiens débouchant du container

Les comédiens débouchant du container

Cette pièce de théâtre écrite à plusieurs mains et jouée par quatre comédiens africains et européens traduit l’urgence de réduire les conséquences liées au trafic du cobalt. Cependant la première de ce spectacle n’a pas été aussi retentissante comme on l’aurait voulu.

Lorsque quelques minutes avant l’entame de la représentation, Etienne Minoungou, directeur des Récréâtrales annonçait que cette pièce est une collaboration entre artistes africains et européens, le public, sûr d’assister dans l’heure qui suit à une œuvre majeure, ne se faisait pas prier pour éteindre ses portables et prêta toute son attention à la scène.

Container du récit

Si l’on s’en tient au titre La fièvre du coltan, cette pièce théâtrale présageait une tension, une montée de température. Tout d’abord, le sujet à lui seul suffit : le coltan, minerai noir ou brun-rouge indispensable composant de nos bijoux technologiques, dont le trafic en République démocratique du Congo alimente également des conflits armés dans la région des Grands Lacs depuis la fin des années 1990. Dans la pièce, métaphoriquement, l’histoire tragique de cette partie d’Afrique centrale est charriée par un container. Ce caisson métallique utilisé dans le transport maritime et terrestre traduit l’effort de proximité du collectif d’artistes. Cette caisse est destinée au transport du minerai, mais aussi des armes, et pourquoi pas des fameux portables ; elle est aussi à l’origine de l’exploitation des enfants dans les mines, des enfants-soldats, et de toutes les horreurs de la guerre dans les Grands Lacs.

Sur des vagues agitées

La marionnette du spectacle tenu par un comédien

La marionnette du spectacle tenu par un comédien

Cette résidence collective, encore inachevée, a produit un théâtre où se rencontrent la vidéo, la musique et la marionnette. La vidéo sur la superpuissance du coltan défilait sur une musique assez forte et faisait un fort effet. Cependant le jeu des comédiens tantôt avec le public, tantôt avec le texte donnait un rythme à la pièce où le spectateur ne se retrouvait pas toujours. Ce dernier est partagé entre le sentiment de suivre par moments un sketch de sensibilisation sur le fléau du coltan quand les comédiens reviennent pour expliquer dans un langage plus prosaïque une scène que le public était sensé comprendre. La curiosité, qui peut être aussi une force pour le spectacle, c’est qu’il commence par une invitation stridente d’un personnage et finit par un renvoi agacé du même individu. Est-ce un désir urgent d’évoquer le sujet du cobalt en proie au trafic d’enfants, à la violence et/ou un sujet frustrant qui suscite du rejet, du dégoût ? C’est ainsi que le public est reparti avec des points d’interrogation sautillant dans la tête.

Hortense Atifufu (Togo/Burkina)

Tags: , ,

Un festival dans les nuages

C’est par une parade que l’édition 2012 des Récréâtrales a été lancée officiellement vendredi 2 novembre à Ouagadougou, la capitale burkinabè. À l’occasion de cette 7e édition, le quartier Gounghin Nord, où est érigé le village du festival, a vibré aux rythmes des fanfares qui ont accompagné la procession inaugurale d’un évènement riche en couleurs, où un travail scénographique original suggère l’envol des éléments terrestres vers les cieux.

Vendredi 2 novembre 2012 en fin d’après-midi, la chaleur suffocante qui enveloppe Ouaga commence à s’estomper. Une parade marque l’ouverture officielle de la plateforme festival de la 7e édition des Récréâtrales. Une folle ambiance, rythmée par le vrombissement des vélomoteurs, règne à Bougsemtenga, le fief de la fédération du Cartel, organisatrice de l’événement.

À peine franchi le seuil du village du festival, une représentation scénographique étonnante, concoctée abattue par l’équipe de Patrick Janvier, de l’Académie régionale des arts scénographiques, nous plonge dans un univers céleste. Une équipe d’une quarantaine de scénographes a travaillé d’arrache-pied pendant plusieurs semaines pour suspendre divers éléments terrestres au-dessus des têtes des festivaliers.

Sur la route poussiéreuse en latérite qui dessert les différents lieux de représentations, des tubes de fer ronds couverts de tissus de différentes couleurs s’élancent vers le ciel. Ils abritent des lampes qui diffuseront une lumière soigneusement tamisée à la tombée de la nuit. À l’une des deux entrée du village, près du complexe scolaire Saint-Pierre de Kouka, des fenêtres en bois sont suspendues en l’air, accrochées à des cordes qui traversent la rue déjà en parade. Ce sont les répliques des vraies fenêtres de l’établissement. Un collège d’étude et de recherche a longuement concocté ce théâtre en mouvement, voué à « occuper l’espace» et à « dessiner des circulations ».

Un peu plus loin, avant d’arriver au premier carrefour à l’intérieur du village, des poissons, des oiseaux et des papillons en carton, mais aussi des pendrions, des perches ou des gradins sont suspendus à d’autres cordes. Au carrefour, une réplique de bateau fabriqué avec des tôles et une carcasse de voiture vient compléter le dispositif scénographique.

Au loin, sur la terre ferme, le son des fanfares se fait entendre. Les enfants trépignent et sautent de joie. Deux fanfares, l’une civile, l’autre militaire, rythment la procession des « Grands Hommes » de Boromo (une ville située à près de 200 km de Ougadougou). Il s’agit d’imposantes marionnettes habillées en vieillots, habitées par des manipulateurs qui éprouvent quelques difficultés à se mouvoir dans le fatras de cordes suspendues au-dessus de la rue. Des enfants cavaliers les suivent, ainsi que des motocyclistes qui soulèvent sur leur passage un épais nuage de poussière.

Le public exulte. La nuit commence tombe brutalement, et avec elle le village semble se métamorphoser. Le dispositif scénographique, dans la pénombre, se renouvelle et laisse apparaître différents jeux de lumières. L’ambiance est conviviale et festive. Venus de tous horizons, les festivaliers sirotent sodas et bières autour d’une assiette de brochettes. Entre deux espaces de représentation, les maquis débordent de monde. À La Cour des Miracles, à la Cave Couraogo, Chez Nabiga, passionnés de théâtre et habitants du quartier partagent boissons et « mangement » en attendant l’heure du concert inaugural, où le rappeur Smokey doit enflammer la rue.

Le village du festival est comme suspendu entre ciel et terre et dans l’air, dans une ambiance riche en sons, en lumières et en couleurs.

Mamadou FAYE

Tags: , , ,

Théâtre chez l’habitant

Entretien avec Étienne Minoungou, directeur des Récréâtrales

C’est l’une des singularités notables des Récréâtrales, le festival de théâtre qui se tient tous les deux ans à Ouagadougou. La majeure partie des représentations artistiques s’y fait loin des salles de théâtre conventionnelles, chez les habitants du quartier Bougsemtenga, à Gounghin Nord. Dans le cadre de ce festival atypique, les familles Nikiéma, Nombré, Zaré, Bourou et Bationo accueillent les spectacles dans la cour de leur maison. Directeur général des Récréâtrales, Étienne Minoungou y voit « une manière de restituer le théâtre aux populations ».

Étienne Minoungou, comment en êtes-vous arrivé à donner certaines représentations chez les habitants du quartier de Bougsemtenga?

Le Festival s’est installé dans ce quartier en douceur, de manière progressive, dans la concertation et l’adhésion la plus totale. Nous avons trouvé des populations très ouvertes et très intéressées par la chose théâtrale. Pour autant, l’ancrage des Récréâtrales dans ce quartier s’est fait dans un cadre formel de dialogue et de concertation entre les promoteurs que nous sommes et les représentants des différentes composantes de la population. Ce cadre, c’est le comité de quartier, dont la mission est de décliner un certain nombre de propositions et d’orientations pour l’enracinement des activités à Bougsemtenga. Les responsabilités mutuelles sont définies de part et d’autre et nous entretenons des relations de confiance avec la population du quartier. Nous avons travaillé pendant plus de six ans pour y installer le festival et toutes les forces vives se sont impliquées activement à nos côtés. Il y a une véritable adhésion des populations à ce que nous faisons. On constate une belle symbiose, une parfaite communion entre la vie des habitants et le projet artistique, parce que c’est ça, la culture. Dans les maisons où se déroule le festival, les femmes, les enfants, les adultes, tous vaquent à leurs occupations. Certains sont tranquillement assis, d’autres poursuivent leurs activités domestiques sans aucune contrainte…

Pourquoi avoir choisi de transformer des espaces de vie en espaces de représentation plutôt que de jouer ces spectacles dans des salles traditionnelles ?

Le théâtre fait partie du débat social. Dès l’origine, il est constitutif de l’espace démocratique. Autrement dit, il appartient au peuple et il constitue un miroir de la société. C’est pourquoi nous devons ramener le théâtre à sa base et à son lieu originel. En tant qu’espace de discussion sociale, nous ne devons pas le confisquer pour l’enfermer dans une affaire réservée aux artistes, aux spécialistes et aux intellectuels. Dérouler les spectacles dans les espaces de vie est justement une manière pour nous de restituer le théâtre aux populations. En nous installant dans ce quartier de Ouaga, nous restons en contact avec les populations, investissant ces espaces intimes pour en faire des espaces publics, des espaces de discussion sociale.

Aujourd’hui, les populations du quartier adhèrent à notre démarche et s’approprient le festival. Elles nous ouvrent les portes de leur maison avec respect, disponibilité et confiance, acceptant de nous confier une grande partie de leur intimité. Vous pouvez constater par vous-même cette mobilisation exceptionnelle qui traduit leur adhésion.

Dans ces espaces de vie transformés en lieux de théâtre, est-ce que le spectacle ne prend pas le risque de perdre sa spécificité ?

Bien au contraire ! Ces spectacles y puisent une forme d’originalité. Les spectacles joués sur des scènes conventionnelles ont la même valeur que ceux qui sont joués là, dans ces espaces de vie. Le théâtre, c’est un public et des comédiens ; il peut se jouer partout. Comme vous allez le découvrir, nous avons aménagé ces maisons en y installant le matériel nécessaire, avec l’implication et le soutien effectif des populations.

Propos recueillis par Ousmane Mbengue

Tags: , , , ,

“Fatma”, seule comme quinze

Par Médard Gandonou

Elle a beau avoir fait le tour de l’Afrique, la pièce théâtrale Fatma, tirée de l’œuvre du dramaturge M’Hamed Benguettaf, suscite toujours l’intérêt du public, comme on a pu le constater aux Récréâtrales 2010, à Ouagadougou. La qualité de la prestation de Diariétou Keïta, l’unique comédienne de ce monologue mis en scène par Christophe Merle, y est pour beaucoup…

Incarner, seule sur scène, une quinzaine de personnages, tel est le tour de force que réussit la comédienne sénégalaise Diariétou Keïta, dans Fatma. Ce vendredi 5 novembre, à l’Espace Feeren, à Ouagadougou, la standing-ovation du public ne laissait pas planer le moindre doute sur l’époustouflante prestation de Diariétou Keïta, qui est parvenue à établir une communication émotionnelle avec le public des Récréâtrales, qui s’est laissé totalement emporter par son récit.

Dans cette pièce, Fatma ressasse les souvenirs d’un rêve inassouvi. Sur sa terrasse, elle rompt la douleur, longtemps intériorisée, de son espoir déçu d’une vie meilleure. Tout en se remémorant ce souvenir mortifère, elle revisite les tares de la société africaine. La condition de la femme, le regard porté par la société sur le célibat, la précarité des conditions de travail, la supériorité sociale de la classe politique, la perte des valeurs sociales, la fratrie en déconfiture… › Lire la suite

Tags: , , , , , ,

Ouematou, l’homme-théâtre de Ouaga

Par Gilles Arsène Tchedji

Son portrait est gravé sur l’affiche des Recréâtrales 2010. S’il ne se produit pas sur les planches du festival ouagalais, Ouematou Alamyona est en lui-même un personnage de théâtre…

Au Burkina Faso, la campagne électorale présidentielle bat son plein. Et pourtant, sur les murs de la capitale, Ouagadougou, les affiches assurant la promotion de la plateforme festival des Recreâtrales semblent avoir pris le pas sur celles des différents candidats en lice. Dessus, un personnage atypique aiguise la curiosité et capte l’attention. L’air farceur, équipé de lunettes noires, de larges bretelles et d’une cravate kilométrique qui lui descend jusqu’aux genoux, il tient une canne massive à la main gauche et semble entamer un étrange pas de danse.

Dans la rue du Cartel, au soir de l’ouverture des Recréâtrales, un homme qui lui ressemble étrangement est assis à une table du maquis La Cour des miracles. Coiffé cette fois d’un chapeau à rayures aussi original que le reste de son accoutrement, il tient à la main sa surprenante canne, ornée et colorée. Autour de son cou, nouée sans grand soin, sa cravate démesurée nous confirme qu’il s’agit bien du curieux personnage de l’affiche des Récréâtrales. › Lire la suite

Tags: , , , , , ,

Récréâtrales 2010: des festivaliers conquis

Par Kpénahi Traoré

Transporter le théâtre au sein des familles, faire du village du festival un vaste chantier scénographique… Ce sont les deux principales innovations qui ont attiré l’attention des festivaliers à l’occasion des Récréâtrales 2010.

Dieudonné Niangouna, comédien et metteur en scène

J’ai trouvé l’organisation de ces Récréatrales très intéressante, avec une très forte administration. Au niveau du public, le résultat est incroyable. Et le fait qu’on ait localisé le festival dans un quartier populaire permet de rendre accessibles l’art, la culture, et notamment le théâtre et ses composants. On a l’habitude de dire que tout le monde à le droit à la culture, mais en réalité ce droit n’est jamais assez appliqué. Les Récréâtrales 2010 sont une belle illustration de cette devise. Par rapport à cela, je trouve que c’est une vraie réussite. Concernant les créations théâtrales, elles ont été d’une force assez intéressante dans leur majorité. Mais il y en a d’autres qu’il faut retravailler. N’oublions pas que c’est un festival de théâtre, donc la primeur sera d’abord faite aux œuvres d’excellence. › Lire la suite

Tags: , , , , , , , ,

Patrick Joseph expérimente “Incessants”

Par Christian Koné

La compagnie haïtienne Theatron, invitée pour la première fois aux Récréâtrales 2010, présentait “Incessants”, une tragédie écrite par Guy-Junior Régis, mise en scène par Patrick Joseph et interprétée par Iramène Destin…

Le spectateur qui prend place à l’Inafac pour la représentation d’Incessant est tout de suite frappé par la scénographie. Surpris par le décor, fait de vieilles planches de bois disposées de manière désordonnée, comme les débris d’une maison en bois après un séisme. Au milieu, un “jeune homme” au regard vide. Pensif, souffrant, il est sur un lit d’hôpital et tient à dérouler le fil de sa vie, pour lui-même. Car dans son interprétation, Iramène Destin oublie le public. La comédienne installe ce qu’on appelle “le quatrième mur” entre la scène et le public, comme si elle était seule et que le public n’existait pas. Mais ses pensées sont extériorisées. On apprendra que le jeune homme est accusé de meurtre, qu’il tente de quitter son île (Haïti?) clandestinement par la mer, en direction des États-Unis voisins. Pas de chance: il sera pris puis incarcéré à Guantanamo. En tentant de s’enfuir, il se fait tirer dessus. Il finira par être extradé vers son pays. Malade, sur son lit d’hôpital, il fait le récit de sa triste vie dans cet univers de planches désordonnées, comme son parcours. › Lire la suite

Tags: , , , , , ,

“Salina”, pièce posthume de Sotigui Kouyaté

Dimanche 7 novembre 2010, le Centre culturel français de Ouagadougou abritait le spectacle Salina, de Laurent Gaudé, mis en scène par Esther Siraba Kouyaté. Une pièce initiée par Sotigui Kouyaté, décédé en avril, à laquelle sa veuve a tenu à donner vie lors des Récréâtrales, comme un hommage posthume…

Par Seydou Koné
Montage et mixage: Mohamed Lamine Sawadogo
(03’13”)

reportage-salina_seydou-kone

Tags: , , , , , ,

Jacques Deck, une vie dédiée à la culture

Par Christian Koné

Lors des Récréâtrales 2010, les festivaliers ont forcément croisé le regard de cet Européen corpulent aux cheveux blanc, la soixantaine bien sonnée, lunettes vissées sur les yeux. Comme si il avait le don d’ubiquité, le Belge Jacques Deck est en effet omniprésent sur le site, accueillant les spectateurs à la porte de chaque salle de spectacle ou presque, du CDC au CCF en passant par la rue piétonne du village du festival. Cet amoureux du théâtre est le bras droit d’Étienne Minoungou, le promoteur de la plus grande  manifestation théâtrale du Burkina.

Jacques Deck est lié depuis de nombreuses années au spectacle vivant. Ce fils de militaire, dernier d’une fratrie de six enfants, a débuté comme instituteur avant d’être amené à s’occuper du bar dans un petit théâtre expérimental. Du comptoir, il passe à la régie, et sa carrière dans le monde des planches se fait plus sérieuse.

Il crée ensuite le Centre dramatique de Liège, avec lequel il expérimentera le théâtre-action, surfant sur la vague de la révolution de mai 68. Imprégné des idées socialistes, Jacques Deck contribue à la création de pièces aux titres évocateurs: Ainsi va le monde, il ne va pas bien, Une jeunesse que l’avenir inquiète, Étranger, qui es-tu (une pièce sur l’immigration visant à dénoncer le racisme de ses compatriotes)… › Lire la suite

Tags: , , , , , , ,

Leila Toubel, la grande voix de l’Apocalypse

Par Gilles Arsène Tchedji

Auteure, actrice, comédienne et dramaturge, Leila Toubel est l’une des grandes figures du théâtre tunisien. Son dernier texte, The End, mis en scène par son compatriote Ezzeddine Gannoun, témoigne une fois encore de la grandeur de son talent. Portrait d’une femme vouée au théâtre et d’une plume engagée.

Leila Toubel est l’auteur de la pièce de théâtre The End, qui a été présentée au public ouagalais vendredi 5 novembre à l’occasion des Récréâtrales 2010. “J’ai commencé très jeune à faire ce métier, raconte cette comédienne aussi singulière que son écriture. À 13 ans, je faisais mes premières scènes dans le théâtre scolaire.” C’est en 1990 qu’elle débute véritablement, aux côtés du metteur en scène tunisien Ezzedine Gannoun. “J’ai débarqué au Centre de formation internationale arabo-africain El Hamra, à la suite d’une audition ouverte aux comédiens. J’ai réussi le test, et cela a abouti à cette rencontre avec Ezzedine Gannoun. Notre aventure commune dure depuis vingt ans maintenant.” Leila Toubel décide en effet d’intégrer le Centre arabo-africain El Hamra, trouvant là  “un terrain fertile”.

Amoureuse du théâtre jusqu’au bout des ongles, la comédienne ne vit que pour les planches. “J’étais déjà fascinée par la magie de cet art, raconte-t-elle avec enthousiasme. J’avais envie d’en faire mon métier. J’ai l’amour du théâtre: être sur scène, écrire, diriger des comédiens, des metteurs en scène, des dramaturges… En dehors de cela, je me plais à aller à la rencontre de jeunes artistes.” › Lire la suite

Tags: , , , , , ,

Entretien avec Obou de Sales Vagba

Propos recueillis par Médard Gandonou

Dans une ambiance de fin de spectacle, à l’occasion des Récréâtrales 2010, l’Ivoirien Obou de Sales Vagba, metteur en scène  de la pièce “Les Convives de la maison Sapézo”, évoque pour nous la thématique de sa dernière création – le rapport entre l’existence humaine et la science – ainsi que le lien entre cette thématique et la configuration scénographique adoptée.

Dans “Les Convives de la maison Sapézo”, quelle a été votre approche théâtrale dans le traitement de la question de l’évolution de la science?

Au-delà de la science, la question de l’existence humaine et de la vie se pose. Quand nous regardons la société actuelle, il apparaît que la technologie évolue très vite, ce qui crée une peur, voire une psychose. Est-ce que demain nous ne finirons pas par être totalement contrôlés par cette technologie? C’est une question grave pour l’homme, et pour la traiter nous avons choisi d’impliquer le public. D’où cette configuration circulaire qui, chez nous, en Afrique, est symbolique des rencontres sous l’arbre à palabres, au cours desquelles on traite des questions urgentes et graves. Avec cette configuration, il n’y a pas de rapport enseignant-enseigné, mais plutôt un rapport circulaire où tout le monde est au même niveau et où l’on en parle. › Lire la suite

Tags: , , , ,

Tous embarqués dans le vertige de la science

Par Médard Gandonou

Programmée lors des Récréâtrales 2010, à Ouagadougou, la pièce “Les Convives de la maison Sapézo”, de la troupe ivoirienne Le Cresas d’Abidjan, expose le problème de l’existence humaine face à une science sans limite.

À l’entrée de l’espace de représentation, le spectateur a l’impression que la science l’y attend. Ce samedi 6 novembre 2010, on l’accueille au seuil de cette maison étrange comme s’il était, lui aussi, l’un des Convives de la maison Sapézo. À l’occasion des Récréâtrales 2010, la deuxième représentation de cette pièce mise en scène par l’Ivoirien Obou de Sales Vagba a lieu dans la concession Chez Nadembega Bationo, une famille du quartier Gounghin, dans la capitale burkinabè. L’assistante du Dr Sapézo, un scientifique exalté par sa dernière expérience, l’introduit ce soir-là dans un monde insolite marqué par l’omniprésence d’inventions scientifiques. Tout respire la science, depuis l’espace scénique jusqu’au public, où se tient un “robot humain”. Debout, tout de blanc vêtu, l’allure mécanique, cet être bizarre qui se tient sur les bancs du public, est l’une des créations du Dr Sapézo.

Obsédé par la recherche scientifique, ce dernier est parvenu à réaliser une transplantation de cerveau humain. Aussi a-t-il invité ses pairs, d’éminents chercheurs, à célébrer avec lui le succès de cette expérience inédite. Mais voilà que le monstre ainsi créé devient une menace pour l’espèce humaine. Le créateur s’affole devant sa créature et se mélange les pédales. Débandade sur scène… › Lire la suite

Tags: , , , , , ,

One man show dans un “Champs de sons”

Par Christian Koné

Le comédien camerounais Emil Abossolo-Mbo a pris ses quartiers aux Récréâtrales 2010. Samedi 6 novembre, il jouait “Champs de sons” en famille, “Chez les Bazié”. Un large public est venu prendre place sous les manguiers pour suivre ce spectacle programmé à l’improviste. Des instants inoubliables, avec ce monologuiste hors pair, encensé par la critique.

Il est seul sur la scène, habillé d’un jean noir et d’un t-shirt noir recouvert d’une chemise couleur ocre. Seul avec ses instruments de musiques, qui sont autant d’outils pour cultiver, avec sa voix, son Champs de sons, pièce théâtrale qu’Emil Abossolo-Mbo a écrite, mise en scène et dont il est l’unique interprète. Il balaie la salle du regard, inspire puis expire. Face à lui, le public s’est assis sous les “manguiers à palabres” de Chez les  Bazié.

Emil Abossolo-Mbo demande au public de participer avec lui à la “cultivation” du champs de sons. Il crée des mots, leur donne vie dans son texte. Avec lui, c’est le jeu des mots. Il faut tendre l’oreille, garder l’attention car dans son champs, il va vite, s’arrête sans prévenir, tourne, danse, chante et marque des pauses. Champs de sons, c’est d’abord un voyage dans l’enfance de l’auteur, au Cameroun. L’histoire d’un petit garçon qui fait des premiers pas à l’école des blancs, dans une classe radicalement différente de celle de Grand-Père Winkata, auprès de qui il avait appris à entrer en communion avec les esprits du pouvoir naturel. Cette initiation est interrompu par l’exigence d’aller à l’école gouvernementale, à laquelle, visiblement, l’enfant préférait l’école de la vie, dont les enseignements lui étaient transmis par son grand-père. Chez Wintaka on flatte, on berce avec amour et sourires. Mais à l’école publique, les maîtres (tout particulièrement M. Afana) intimident et chicotent. › Lire la suite

Tags: , , , ,

“Paroles de forgeron”, paroles d’initié

Par Moustapha Bello Marka

Avec “Paroles de forgeron”, de KPG, mis en scène par Emil Abossolo-Mbo, le théâtre, par sa magie propre, parvient à rendre accessible une parole au départ hermétique et réservée aux seuls initiés, en abordant les problèmes de notre société…

“Beaucoup pensent que tout ce que nous faisons ici, en Afrique, ce sont des superstitions, des choses qui ne servent à rien. Alors que quand ça vient de l’autre côté, c’est important.” Par ces mots, le comédien-conteur Gérard P. Kientega, plus connu sous le nom de KPG, situe le cadre de son spectacle Paroles de forgeron, un conte théâtralisé qu’il vient d’interpréter dans l’enceinte même de la maison de la famille Bazié, lors de l’ouverture des Récréâtrales 2010. Ce cri de révolte, c’est celui d’un artiste qui entend puiser la substance de son art dans les racines profondes des réalités qui sont les siennes: celles d’une Afrique riche de sa culture, mais qui doit suivre et consommer ce qui vient d’ailleurs. KPG, lui, refuse de se soumettre à “ceux qui veulent étouffer, absorber la culture africaine”. › Lire la suite

Tags: , , , , ,

Théâtre initiatique

Au terme de la première représentation de “Paroles de forgeron”, lors des Récréâtrales 2010, le Camerounais Emil Abossolo-Mbo, qui en a assuré la mise en scène, revient sur les messages transmis par la pièce…

Par Seydou Koné
Montage et mixage: Mohamed Lamine Sawadogo
(04’13”)

interview_emile-abossolo_seydou-kone

Tags: , , , , ,

“Paroles de forgeron”, de KPG

Présenté lors de la soirée inaugurales de la plateforme festival Récréâtrales 2010, Paroles de forgeron, fruit d’un travail commun entre le comédien burkinabè KPG et le Camerounais Emil Abossolo-Mbo, qui en assume la mise en scène, offre au public un voyage dans l’Afrique profonde et mystérieuse…

Par Seydou Koné
Montage et mixage: Mohamed Lamine Sawadogo
(03’17”)

reportage_paroles-de-forgeron_sedou-k

Tags: , , , , ,

“Champs de sons”, d’Emil Abossolo-Mbo

Avec Champs de sons, Emil Abossolo-Mbo retrace le parcours initiatique d’un enfant africain qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Incarnant successivement tous les personnages de ce spectacle déjà rôdé, il a séduit le public des Récréâtrales 2010…

Par Boukary Ouédraogo
Montage et mixage: Mohamed Lamine Sawadogo
(03’14”)

champs-de-sons_boukary-o

Tags: , , ,

 

novembre 2019
L Ma Me J V S D
« oct    
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
252627282930  
Découvrez notre galerie photo 3D du
Festival du Théâtre des Réalités de Bamako

Dorcy Rugamba (“Bloody Niggers!”)Younouss Diallo (“Bloody Niggers!”)“Bloody Niggers!” (Dorcy Rugamba)“Bloody Niggers!” (Younouss DIallo)“Bloody Niggers!”“Bloody Niggers!” “Bloody Niggers!”L'entrée des Quartiers d'Orange“Caterpillar”

Catégories

RSS À propos du Festival des Récréâtrales

  • Une erreur est survenue ; le flux est probablement indisponible. Veuillez réessayer plus tard.