Tim Winsey

Au Carrefour du festival

Les Récréâtrales, ce n’est pas seulement les spectacles de théâtre et de musique. C’est aussi un espace de rencontre et d’échange entre professionnels. Le Cartel, quartier général du festival, est un lieu carrefour où s’élaborent les collaborations de demain.

Face à la scène musicale, coincé entre le maquis La Cour des miracles et la concession familiale des Nombré et Zaré, des festivaliers entrent et sortent du Cartel, le quartier général des Récréâtrales. À gauche en entrant, une modeste buvette autour de laquelle gravitent des professionnels venus de tous horizons. À droite, en plein air, une espace convivial faisant office de lieu de rencontre et d’échanges.

Le comédien et metteur en scène Athanase Kabré, chef du quartier, nous y accueille avant de nous désigner quelques-unes des figures marquantes du festival. “Vous connaissez Tim Winsey ? C’est un grand musicien Burkinabè. Avec lui, c’est Patrick Janvier, notre scénographe général…” Pendant le festival, le Cartel permet aux professionnels de faire connaissance et de discuter de leurs projets respectifs. “Beaucoup de professionnel passent ici, avec ou sans rendez-vous, poursuit Athanase Kabré. Ils se découvrent autour d’un verre pour parler de leurs oeuvres, de leurs projets et tisser des relations de partenariat.”

Le musicien Tim Winsey nous indique qu’il a rencontré jusque-là cinq professionnels ainsi qu’un promoteur intéressé par son projet de tournée africaine : “C’est Patrick Janvier, le scénographe général des Récréâtrales. Il me conseille de bien mûrir mon projet, qu’il est prêt à accompagner.” Ce multi-instrumentiste de talent, déjà reconnu au Burkina, aimerait en effet organiser une tournée africaine de son groupe, le Wassamana, afin de faire connaître hors de son pays ses deux albums, Zessa et Femme.

Un peu plus loin, le réalisateur Dani Kouyaté, qui a mis en scène la pièce Ombres d’espoir, de Wilfried N’Sonde, évoque son projet de coproduction avec le réalisateur du film Kinyarwanda, projeté dans le cadre de cette 7e édition. “C’est l’objet de notre discussion actuellement mais rien n’est encore ficelé. Nous devons nous revoir en présence de notre médiateur et conseiller, Étienne Minoungou.”

Ce lieu carrefour est à l’image du festival : convivial, intimiste et métissé. Selon le chef de quartier, pas moins de 150 professionnels se retrouvent chaque jour dans ce lieu. Venus des quatre coins du monde, représentant toutes les disciplines des arts de la scène, ils nouent de fructueuses relations qui initieront les collaborations et coproductions de demain.

Ousmane Mbengue

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Tim Winsey, le génie créateur du Wassamana Groove

 Créateur du Wassana groove, Tim Winsey est un musicien “tradi-moderne”. Ce multi-instrumentiste, qui manie en virtuose l’arc-à-bouche comme la kora, a su puiser dans le vaste répertoire de son terroir afin de créer sa propre identité musicale. Un mélange de sonorités traditionnelles samo et de rock, aux sonorités envoutantes, qu’il a offertes au public des Récréâtrales 2012.

Ce samedi 3 novembre, des sonorités atypiques s’échappent de l’espace Feeren, l’une des salles de spectacle des Récréâtrales. L’homme qui en est à l’origine est assis sur une chaise, le micro ajusté à sa position. Tim Winsey manie de main de maître son arc-à-bouche face à une centaine de spectateurs béats. Ses doigts manipulent avec dextérité les bouts de bois qui composent l’instrument, tandis que ses pieds battent la mesure. L’homme semble faire corps avec son outil, dont il caresse la corde de manière amoureuse. Les projecteurs braqués sur lui font perler quelques gouttes de sueur qu’il n’essaye même pas d’essuyer, de peur d’interrompre le rêve dans lequel il a plongé ses spectateurs.

Âgé de 39 ans, Tim Winsey pratique l’arc-à-bouche depuis sa plus tendre enfance. Musicien virtuose, il entraîne les spectateurs dans un voyage à travers les richesses musicales africaines, combinant harmonieusement rythmes lents et d’autres plus soutenus. Les intonations de sa voix, tantôt aiguë, tantôt aussi faible que le murmure du vent, ajoutent à la magie sonore. Ce n’est pas pour rien qu’Étienne Minoungou, acteur, metteur en scène, directeur des productions Falinga et des Résidences panafricaines d’écriture, de création et de diffusion théâtrale, l’a reconnu comme “le virtuose incontesté de cet instrument immémorial, aux vibrations envoûtantes”.

Le public est sous son emprise. À sa demande, il bat des mains ou reprend les refrains, avant de replonger dans le silence lorsque Tim Winsey reprend le rythme ensorceleur de cet instrument de musique typique du peuple samo, dont l’origine, relève d’un mythe. La légende prétend que c’est pour mettre un terme à un conflit entre chasseurs et animaux qu’un chasseur samo a un jour décidé de transformer son arc et de briser sa flèche pour en faire un instrument de musique. Outre l’arc-à-bouche, l’artiste s’est aussi approprié la kora, dont il a appris les bases auprès du grand maître malien Toumani Diabaté. “La kora était en train de disparaître petit à petit et j’ai voulu la rencontrer et la ramener dans notre patrimoine culturel”, explique-t-il.

À ses yeux, les instruments de musique offrent une opportunité formidable aux artistes. Lui-même fait bénéficier de son talent différents spectacles de danse ou de théâtre. Il a notamment collaboré dès 1997 avec quelques grands noms de la danse, comme les chorégraphes burkinabè Salia Sanou et Seydou Boro. Cette étape marque un tournant décisif dans sa carrière. L’année suivante, il reçoit le 2e prix du concours chorégraphique interafricain à Luanda (Angola) pour la musique de la pièce Figninto, de la compagnie de danse contemporaine française de Mathilde Monnier, qui sera présentée sur de nombreuses scènes en Afrique, en Europe, aux États-Unis et en Asie. En 2001, la pièce Vin Nem, dont il a composé la musique, gagne à son tour un prix au Concours chorégraphique interafricain de Tananarive (Madagascar).

L’année 2004 voit la naissance de son premier album, Zessa. Deux ans plus tard, il rejoint le chorégraphe Serge Aimé Coulibaly pour travailler sur diverses créations. Riche de toutes ces expériences, Tim Winsey développe sa propre recherche vocale et musicale, inspirée de qui existe dans sa région natale. Il crée alors un style qui lui est propre, le Wassamana Groove, une fusion de rythmes samo et de sonorités rock caractérisée par des rythmes lents, d’autres plus saccadés, des pas de danses endiablés, un mélange d’instruments modernes et traditionnels. Tim Winsey s’entoure des meilleurs instrumentistes de Ouagadougou: Alain Nyame (basse), Ablo Zon (batterie), Seydou Sangare (guitares), Ben Kporha (claviers) et Simon Winsé (percussions).

Aujourd’hui, il est vénéré par la jeune génération d’artistes burkinabè. En témoigne le musicien Bonsa, qui voit en lui un exemple à suivre. “Il a choisi la route la plus difficile pour faire de la musique, à travers les instruments traditionnels, mais c’est la meilleure qui soit et c’est pour cela que j’ai beaucoup de respect envers lui”.

Elza Sandrine Sawadogo

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05/11/2012 Musique traditionnelle, récréatrales Comments Off

 

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